‹ Découverte et évolution cartographique de Terre Neuve et des pays circonvoisins 1497-1501-1769;Chapitre 56 sur 258 · LE PASSAGE DU NORD-OUEST · texte numérisé non relu

LE PASSAGE DU NORD-OUEST

Très peu de temps après la découverte de l’Amérique, on s’aperçut que ce n otait pas le Cathay1 2. Colomb, lui-même, finit par s’en rendre compte, bien que cette idée détruisît toutes ses théories. La pensée dominante des navigateurs devint donc de franchir le continent (encore pour eux une île ou une péninsule immense) par un passage qui, de l’Est du nouveau monde, les conduirait à la Chine et au Japon. Jean Cabot, avant tout autre, dès 1499, espéra le découvrir dans les régions septentrionales de l’Amérique 3.

Les Espagnols, mais beaucoup plus tard, crurent aussi à l'existence d’un détroit au Nord-Ouest. Ils le plaçaient aux environs de Terre-Neuve. Peu avant i5ii, Ferdinand d’Aragon fit un contrat avec Juan de Agramonte para ir a saber el secreto de la terra nueva : — « pour aller approfondir le secret de la Terre Neuve ». En loin, ce prince engagea les services de Sébastien Cabot, également dans ce but : sobre la uavegaciou à los Bacallaos 3, pays que celui-ci, avec sa vantardise ordinaire, prétendait avoir découvert.

Ces explorations, néanmoins, restèrent à l’état de projet pendant dix ans. Elles ne furent reprises que dans l’année io24-i525 par Charles-Quint, qui en confia l’exécution à Estevào Gomez, célèbre pilote portugais, venu, avec Magellan, s’établir en Espagne sept années auparavant. La cédule du 21 mai i5a4, récemment découverte, porte que Gomez est nommé : capitan de un galeon que mandamos armar para descubrir toda la costa desde la Florida hasta los Baccalaos'' ; en d’autres termes, jusqu’à Terre-Neuve, mais non à cette île même, laquelle, d’après le traité de Tordes illas et les

1 Discovery, p. io5. 4 José Toribio Medinv, Una expcdicion espa-

2 Ibidem, p. 107. nota a la tierra de los Baccalaos en San-

3 Ms. Collection de Mufsioz ; Jean et Sébastien tiago de Chile, 1896, in-18, p. xxm, note 12.

Cabot, doc. XVI.

tracés de la ligne de démarcation, appartenaitau Portugal. Déjà nous savions, par Pierre Martyr d’Anghiera, que Gomez était parti de La Corogne à la recherche d'un passage « entre la terre de la Floride et les Baccalaos1 ».

L’expédition ne comprenait qu’une petite caravelle de 5o tonneaux. Partie d’Espagne à la fin de 1 5i>4 , elle aborda au nouveau monde dans les premiers mois de i5a5 et revint au port d’attache en novembre suivant. La relation que Gomez fit de son voyage est perdue et les renseignements aujourd’hui connus sont vagues, parfois contradictoires. Ce qui semble ressortir de l'ensemble, c’est que Gomez fit son exploration du Nord au Sud. Si nous en jugeons par la carte qu’Alonso de Santa-Cruz a ajoutée à son Islario , sous le titre de : Tierra que descubrio el piloto Estevan Gomez , ce fut à partir de quelque point indéterminé de la Nouvelle-Écosse. Cependant les commentaires de Santa-Cruz, qui connut Gomez personnellement à Séville de 1020 à i5a4 et pendant l’hiver de 1026, autorisent l’hypothèse que celui-ci a pu explorer l’entrée méridionale du golfe Saint-Laurent. Bien que consignés dans un ouvrage rédigé seulement en i56o, ces détails sont néanmoins très intéressants comme données pour l'histoire cartographique de file du Cap- Breton et des abords méridionaux de Terre-Neuve. En voici le résumé :

Le grand cosmographe dit qu’avant le voyage de Gomez, file (si mystérieuse) de Saint-Jean était placée dans l’intérieur de la baie appelée « des Bretons », mais que ce pilote démontra de visu l’inexactitude de cette position. Selon lui, file n’était pas dans la baie, mais adjacente au continent, et qu’entre les deux, il y avait un chenal de cinq à six lieues de largeur. Ce chenal ne saurait guère être le détroit de Canso. C’est plutôt le passage entre le cap Nord et le cap Bay. On doit aussi voir dans sa baie des Bretons le golfe Saint-Laurent et dans file Saint-Jean file du Cap-Breton, mise à sa véritable place, c’est-à-dire comme partie septentrionale de la Nouvelle- Ecosse. Cela ressort d’ailleurs du passage suivant :

« Passant au delà des îles des Onze Mille Vierges, vers la mer, il y a une grande baie appelée baie des Bretons, parce que chaque année les Bretons se livrent à la pêche dans cette baie et dans cette région. On dit qu’elle renferme beaucoup d’iles toutes inhabitées, particulièrement celle de Saint-Elme, ainsi nommée à cause de ce que racontent des pêcheurs de Bretagne qui, pendant une nuit de tempête, y virent les flammes qu’on appelle Feu Saint-Elme2. »

1 « Ex Clunio discessit, fretum quæsiturus in-

ter Floridam tellurem el Baccalaos. Cataium inde se repertum inquit. » Pierre Martyr d’An-

g 11 ier a , Episl. dccc, p. 474 5 Decad. VI, cap. x, p. 460, Decad. X, cap. x, p. 601 (édit, de 1857). 2 Texte complet dans la Discovery, p- 234.

Planche IX , NORD

DECOUVERTES D'ESTEVAO GOMEZ

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