TRACÉ COMPLET DE LA COTE NORD-EST
Le voyage de Gômez fut d’une importance considérable pour la cartographie de l’Amérique septentrionale. En effet, c’est des épures qu’il rapporta que date dans toutes les cartes de l’hydrographie sévillane le tracé d’une côte s’étendant sans solution de continuité, — sauf naturellement pour les estuaires, golfes et embouchures de fleuves, — - depuis la Floride jusqu’au Labrador.
Nous possédons sept cartes originales de cette époque :
i° Le planisphère de Mantoue, contemporain du retour de Estcvâo Gomez, en novembre i5i5.
2° La mappemonde de la Laurentiana, aux armes des Salviati dont un membre de cette famille, Giovanni, fut nonce en Espagne de 1 52.5 à i53o.
3° La cartea nonyme de Weimar, faite par un cosmographo de Su Magestad. Anno M. D. XXVII en Seeilla.
4° La carte, également conservée à Weimar et dressée par Diego Ribcro, Cosmographo de Su Magestad : Aho de 1529.
5° Une autre carte dudit Ribero, sous la même date, mais présentant quelques modifications dans la nomenclature et conservée à la Propagande.
G0 Un beau planisphère de même facture, anonyme et à plus grande échelle, conservé aussi à la Propagande.
7° Wolfenbüttel R, de dimensions moindres.
Toutes ces œuvres de l’hydrographie espagnole, ainsi que leurs dérivés *,
1 C’est à dessein que nous omettons la Mappe dans ses Divers voyages, London, 1382, in-40,
sent iS'i-j from Siuil in Spayne by maister Robert carte sans valeur, particulièrement à l’égard du
Thorne marchaunt to Doctor Ley, et connue seule- présent travail,
ment par la reproduction qu’en donne Haiîluyt
présentent le même tracé et proviennent d’un prototype dont l’auteur a seulement raccordé, par un littoral intermédiaire, la Floride aux Baccalaos, en prenant pour base les renseignements fournis par Gomez. On a même la bonne fortune de posséder une des premières cartes qui furent faites d’après ces données. C’est celle que Baldassare Gastiglione, dit-on1, se procura en Espagne lorsque Clément VII l’envoya auprès de Charles-Quint, et qui se trouve encore dans les archives de sa famille à Mantoue.
Dans le fac-similé que nous en donnons ci-joint le lecteur remarquera la légende : Tierra que clescubrio esteuan Gomez este ciho de 1525 por mandado de su mage st ad : — « Terre qu’a découverte Estevan Gomez en cette année de iD2a, par l’ordre de Sa Majesté » : légende qui fixe la date de la construction de mantoue de la carte. Il notera également que le tracé des pays nouveaux est à peine visible, tandis que les contours de la côte antérieurement connue sont fortement accentués et teintés en vert dans l’original. Nous y voyons l’intention du cartographe de bien marquer le caractère et l’étendue de la découverte.
La forme donnée dans cette carte au littoral de ce que nous appelons les Etats-Unis ne variera plus, en Espagne, en Portugal, en Italie, jusqu’à la fin du xvic siècle.
Nous devons maintenant rappeler l’attention sur certains contours terreneuviens signalés dans notre description de la carte de Conte Ottomanno Fred ucci (. suprà , pageSi).
22. OtTOM. FrEDUCCI, l52I 23. PLANISPHÈRE DE MaNTOUE, I 52 5 24- WeIMAR O U RlIiERO DE , I 5 2 7.
Lorsqu’on la compare avec le planisphère de Mantoue, ce qui frappe
1 En tout cas, Baldassare Castiglione se trouvait à Tolède le 9 décembre i525, et il a pu assister au retour de Gomez. Malheureusement sa correspondance (Padova, 1769-71, 2 vol. in-40)
ne contient aucune allusion soit à cette carte, soit au nouveau monde. C est son bis Emilio qui, selon une tradition de famille, l’aurait apportée à Mantoue lorsqu’il revint d’Espagne après la
PLANISPHÈRE CONSERVÉ A MANTOUE Séville, 1525