‹ Découverte et évolution cartographique de Terre Neuve et des pays circonvoisins 1497-1501-1769;Chapitre 7 sur 258 · LES BRETONS · texte numérisé non relu

LES BRETONS

Urta devra qucs a la parte del Norte , hacia la Isla de los Bac calao s 1 ». Et, chose digne de remarque, on impose à Agramonte la condition absolue que deux de ses pilotes seront bretons et qu’il ira les chercher en Bretagne même : Ecebto que dos pilotos que llevaredes seau bretones. .. vos liabeis de ir por los pilotos que cou vos han de ir al die ho viaje a Bretaha 1 2 .

Ce ne sont pas les documents qui manquent pour montrer la continuation de la pêche à Terre-Neuve par les Malouins, au moins pendant toute la seconde moitié du xvC siècle : lettres du roi, ordonnances du gouverneur de Saint-Malo, etc., viennent à l’appui de ce fait 3.

Les Malouins se trouvaient dans une situation exceptionnelle. Ils n’étaient sujets du roi de France que depuis i532. Fiers, indépendants, avec des tendances vers la démocratie, braves guerriers, hardis marins, François 1er comptait avec eux, et on s’explique les privilèges qu’il leur accorda. Son successeur ne semble pas les avoir toujours traités avec la même considération.

Au milieu du xvi° siècle, les Malouins possédaient déjà ce qu’on appelait des « congés pour le voyage aux Terres neuves ». En 1 5 5 7 , un arrêt du Prince , ou embargo sur tous les navires dans les ports du royaume, fut promulgué par l’ordre de Henri II. Les habitants de Saint-Malo protestèrent avec énergie, alléguant qu’en vertu de leur « sauf-conduit [sfc], ils pouvaient aller partout où bon leur semblerait et que le voyage des Terres-neuves [c’est-à-dire la pêche dans les régions terre-neuviennes] n’était nullement réservé par icelluy ».

Le roi, ayant été informé de cette opposition, écrivit au duc d’Etampes, gouverneur de Bretagne, de « deffendre ledit voyage et d’advertir ses sujets d’équipper le plus de navires qu’ils pourraient en guerre, pour courir sus à ses ennemis 4 ».

Cette interdiction n'était que temporaire et motivée par la guerre entre la France et l’Espagne. Il va de soi qu’après la paix de Cateau-Cambrésis

1 Navakrete, Colccciun de litiges, t. III, documents XXXI-II, p. ia3, 124, 127.

2 Coleccion de documentas ineditos de Indias , t. XXXII, p. 393. Rien n’indique cependant que ce projet ait été mis à exécution. Rappelons à ce sujet que deux des bâtiments de l’expédition de Vazquez de Ayllon (i526) étaient nommés, l’un El Breton, l’autre El Breton grande. Il serait

aussi intéressant de savoir dans quel but et à quelle occasion un Breton, nommé Nicolas Don (d’Aunis, dit Brevookt), crut devoir informer l’em-

pereur Charles-Quint, en i526, qu’il se rendait

avec trente marins à la pêcherie des Baccalaos.

3 Archives du Parlement de Bretagne et délibérations municipales citées par MM. de la Bouderie et Joüon des Loncrais, op. cit.

4 Lettre du duc cI’Etampes au sieur de Bouille, 18 avril i557, dans Dom Morice, Mémoires pour servir de preuves h l’histoire de Bretagne , Paris, 1746, fol., t. III, p. 1184. Henri II, d’ailleurs, n’encourageait guère les pêcheries. C est lui qui, par un édit du 8 mars 1 555 ( 1 5 5 6) , leva un droit de ao sols par tonneau de mer.

INT llO DUC T ION

(i559), les congés ou sauf-conduits furent renouvelés et les Malouins reprirent leurs expéditions à Terre-Neuve, désormais sans encombre.

Une preuve du grand développement de la pêche de la morue au xvnp siècle par les Malouins, c’est la délibération de la ville de Saint-Malo, du 10 octobre iGto. On y lit le passage suivant :

Le procureur a remonstré que en l’an dernier, à l’occasion des sauvaiges de Terre neuffve, il y a plusieurs maîtres de navires et mariniers estant à la pesche de moines sont tuez par lesd. sauvaiges pendant qu’ilz sont à fere lad. pesche, et que pour empesclier les d. sauvaiges continuent telles surprises, la communaulté a présenté requeste à la court, à ce qu’il plcust à ladite cour permettre aux habitans de ceste ville d’armer deux navires pour fere la guerre ausd. sauvaiges, et empescher leurs mauvais dessains, à ce que ceux qui seront à lad. pesche soient pendant icelle en plus de seurté de leur personne 1 .

Trois délégués furent envoyés à Paris et, grâce à l’évêque de Saint-Malo, des lettres du roi accordèrent la supplique autorisant la communauté « d'armer, aux frais des propriétaires, des navires qu’ils envoiront à Terreneuffve ». Elles furent présentées pour être vérifiées en février 1611.

Les Malouins continuèrent à expédier chaque année à Terre-Neuve au moins un vaisseau de guerre dans ces conditions. La dépense occasionnée par cet armement devint même l’objet en iG35, d’un curieux procès devant le Parlement, provoqué par le refus de certains pêcheurs d’y participer 2.

La presqu’île du Petit-Nord à Terre-Neuve était l’endroit choisi spécialement par les pêcheurs de Saint-Malo3. « En iGZjo, les contestations et les risques fréquentes qui survenaient entre les Bretons en ce lieu à l’occasion du choix des havres et galets les plus convenables, déterminèrent les principaux négociants de Saint-Malo intéressés dans ces entreprises, à établir des règles de police * », qui furent homologués au Parlement de Rennes, les 26 et 3i mars de cette année.

1 Alfred Ramé, Documents inédits sur le Canada. Deuxième série. Paris, Tross, 1867, in-8°, doc. XXI, p. 84. M. J. des Longrais parle d’un droit de convoi supprimé en 1 5 57 ; mais sans compensation pour les Malouins, qui, à dater de cette époque, se seraient protégés eux-mêmes.

Notons à ce propos , que selon les documents recueillis par Vargas Ponce et publiés par le capt. Duro ( Area de Noé, p. 36g), vers 1 5 5 5 ,

Juan de Erauso, corsaire basque, se serait emparé dans un des ports de Terre-Neuve, de huit navires français, bien que gardés par un grand navire fortement armé et portant le nom de la Grau Francesa de Sannialo, nom qui indique un vaisseau appartenant au port de Saint-Malo.

2 Sauvageau. Recueil des anciens arrêts de Bretagne, 1712, p. 43, cité par M. du Bois de Saint-Séverin. Le vaisseau qui fut armé en 1 5 56, portait un nom singulier : le Saint-Ciel-Gris-de- Lin, Pierre du Clos, sieur de la Vallée, capitaine et armateur. La côte du Petit-Nord posséda seule, paraît-il, le privilège d’avoir un vaisseau de guerre pour protéger ses bateaux de pèche.

3 D ans les Articles accordez par le Roy à la compagnie de la Nouvelle-France (Cie des Cent Associés); La Rochelle (?) , 1628, in-4° ; on y « réserve la pèche des Morues et des Baleines, que S. M. voulait être libre à tous ses sujets ».

1 Du Bois de St-Séverin, op. cil., p. 389 et 467.

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