C. de Bretton
Les contours et la nomenclature, dans ces deux cartes ont été certainement empruntés à un prototype portugais qui, pour la configuration de 1 erre- Neuve, n’accuse pas le progrès que la date de leur construction permettait d’espérer. Ainsi on est frappé du fait qu’en 1029, les hydrographes ignoraient encore la vaste échancrure que 1 île présente par 49°, et la péninsule si caractéristique, ou, tout au moins, la côte qui se prolonge en ligne droite à 1 Est jusqu’au delà de jo°. Les quelques noms nouveaux sont aussi au Sud de cette
LES CARTES FRANCO-ITALIQUES
région. C’est donc surtout depuis la baie de Bonavista jusqu’au cap Race que s’opéraient les explorations, probablement parce que la morue s’y trouvait de bonne heure en assez grande quantité, sans qu’on fût obligé de l’aller chercher dans des latitudes plus septentrionales. D’autre part, l’absence sur Terre-Neuve de noms originairement italiens dans les deux cartes précitées, alors que la côte, depuis la Floride jusqu’à la Nouvelle-Ecosse, en contient un si grand nombre, montre bien que les épures de Verrazano pour le littoral terre-neuvien, s’il l’a véritablement visité, n’ont pas été utilisées.
PREMIER MORCELLEMENT DE TERRE-NEUVE
Les cartographes portugais, espagnols et italiens, en soudant Terre-Neuve à la terre ferme, adoptèrent un type géographique dont ils ne devaient pas se départir pendant quarante années. La cartographie lusitano-germanique resta aussi fidèle à la configuration qu’elle avait adoptée vers 1507. C’est-àdire que dans cette famille de cartes, Terre-Neuve, empruntée au prototype de Cantino , continue à être rejetée au milieu de l’océan Atlantique. Complètement isolée et à une grande distance de la côte de l’Amérique septentrionale, elle affecte en outre à l’Est un profil presque rectiligne dans le sens de la longitude, omettant toutes les grandes péninsules et les baies profondes qui la distinguent.
Dès le début, nous voyons ces contours rudimentaires et inexacts se propager sans changement aucun dans les éditions de Ptolémée faites à Strasbourg et à Bâle, comme dans les globes construits et les traités de géographie composés par des savants alsaciens, suisses, allemands, belges et polonais.
Les globes Ilauslab (circa i oop et i5i5) ; les mappemondes de Glareanus (Bonn, îoio, et 1028 ms.); celle de Stobnicza (Cracovie , 1,312); les planisphères de Waldseemüller (Strasbourg, i5i3, 1,320, iÔ22 ; réduits par Lorenz Friess, 1.32,3, 1327, Lyon, 1 5 3 5 et 1 5 4 1 ) ; les globes de Schôner (Bamberg, loi ) et 1320) ; les fuseaux de Boulengier (Lyon, 1017-18), de Nordenskiôld (circa 1 5 1 8) ; les mappemondes d’Apian (Landshut, 1320, Batisbonne, 1.322, Ingolstadtet Anvers, io3o, 1 54V 1 543) ; de Honter (1346, 1 5 4 8 , i54p), etc., etc. appartiennent tous à la cartographie lusitano-germanique. Ce sont même de simples dérivés d’une seule carte : le prototype de Cantino, dont une réplique fut envoyée de Portugal avant 1307, peut-être par Améric Vespuce lui-même, à René duc de Lorraine, et communiquée par ce prince à Martin Waldsee-
PREMIER MORCELLEMENT DE TERRE-NEUVE
IOI
3i. — Planisphère de Hylacomylus