A NT A CRUZ
Alonso de Santa Cruz, matliematicarum omnium artium peritissimus, né à Séville en i5o6 et le plus célèbre cosmographe espagnol de son siècle, rédigea et dédia à Philippe II un Islario general de todo cl Mundo , resté inédit. Il y mentionne Sébastien Cabot comme étant alors au service de ce prince : « Sébastian Gaboto piloto mayor que oy es de V. Mag1. » L 'Islario est donc du milieu du xvie siècle, et à ce titre il mérite d’être cité avec la carte de Ribeiro et le Padron de Chavès, cosmographes dont Santa Cruz fut d’ailleurs le collègue à la Casa de contratacion et, comme eux, eut l’usage de tous les documents se rapportant à l’hydrographie du nouveau monde. Il a dû même faire partie de la junte de cosmographes chargés d 'élaborer le Padron General de i53G. Voici sa description de l’Amérique septentrionale :
Queremos tractai’ es comunemente dicha tierra de Labrador puesta en controversia de oppiniones si es cortada del continente de Enerobelandia o si es tierra continuada del continente setentrional de Europa...
Zieglero tiene ser esta tierra tôda c-onti-
nuada desde Escondia... Se frequente de yngleses que van alla por pescados que toman muchos las de la tierra que afirmen ser de las mismas costumbres que los de la Polonia provincia en Escondia... liai— lanse a la parte oriental de esta tierra muchas yslas v con nombres las siguientes : La primera se llama Ysla de la Eortuna laquai esta en el braço de mar o estrecho que passa entre esta tierra de los Bacalaos y la ysla del Labrador. Llamose de la Fortuna por que junto a ella liuvo un gran fortuna de mar una armada de Portugal que ail f lue quando fueron los Cortès Reales. Y otra \ysla\ Sanct Joan; a la boca de un gran rio otra de Sanct
Pedro. Fueren les puestos estos nombres por se baver descubiertas en dias de estos bien aventurados apostoles. Son desiertas y al rrededor délias se pescan muchos pescados.
Nous nous proposons de traiter de ce qu’on appelle communément la terre de Labrador , objet d’opinions diverses sur la question de savoir si elle est séparée du continent de V Engrobelandia [le Groenland], ou si c’est une continuation du continent septentrional de l’Europe. Ziegler 1 maintient que cette terre est entièrement une suite de la Escondia [Scandinavie]... Elle est fréquentée par les Anglais qui vont y pêcher des poissons que les indigènes |?] prennent en grand nombre. On affirme que ces indigènes [ ?] ont les mêmes mœurs que ceux de la province de Pologne en Scandinavie...
11 y a à la partie orientale de cette terre [des Baccalaos] beaucoup d’iles, nommées de la manière suivante : La première s’appelle Vile de la Mauvaise Fortune, laquelle est située dans un bras de mer ou détroit qui passe entre la terre des Baccalaos et Vile du Labrador. On l’appelle Pile de la Mauvaise Fortune parce qu’une expédition portugaise essuya un grand désastre maritime dans ses parages quand s’y rendirent les Corte-Real. L’autre est Vile [ Saint- Jean . A l’embouchure d’un grand fleuve
1 Ziegler : Opéra varia; Argentorati, i53î, in-fol. Voirie chapitre de Schondia, f° xcii.
L’ HYDROGRAPHIE LUS ITANO-ESP AGNO LE
Mas al medio dia estan otras dos otras yslas altas llamada de Av es porque al pria cipio dieron en ellas muchas aves como unos que aca llaman Rubiahorcados, y no hay otra cosa de provecho en ellas.
Al medio dia estan otras llamadas de los Patos y otras aves de agua. Son yslas 11anas y aranosas y de poco provecho. Al occidcnte de estas por quatorze léguas esta una Ysleta baxa y llena de baxos a la redonda de aquella llamaron por esta cosa Ys/a Baxa.
Al austro de la tierra de los Baccalaos y junto a un cabo llamado Espéra, estan très yslas la mayor de las quales ser de hasta très o quatro léguas, deshabitades, y mas al occidente de estas y dentro de una baxa que se dize de Sancta Maria, que es luego passado la baya, estan luego très yslas como un triangulo de hasta... léguas de largo, cada uno con otros ysleos a la redonda, lasquales se llaman Las Onze mill Virgines, todas despobladas y sin ningun provecho.
Al rededor de esta tierra y costa hay muy grande abundancia de pescados, por la quai causa vienen cada anno muchos Bretones e Yrlandesses a pescar délias por el Rio y llevan cargados sus navios dellos. Los pescados que mas comunemente se hallan aqui, son bacalaos que son unos pescados que saladan se observan mucho y se lleva en los naos por bastimentos y se gasta en toda la costa de Flandres y aun de Galizia.
A medio dia de esta tierra de bacalaos y de la baya de Sancta Maria par cinquenta léguas esta una ysla llamada Joan Estevez , laquai se dixo assi por un piloto que la descubriô assi llamado, veniendo a pescar aqui. Y tanbien se han descubierto otras que estan al poniente de esta assi a coso andai do pescando por este mar, pero todos son deshabitades y de poco
s’en trouve encore une, l 'lie Saint-Pierre. Elles furent ainsi nommées pour avoir été découvertes le jour des bienheureux apôtres. Elles sont désertes et aux alentours on pêche beaucoup de poissons.
Plus au Midi, il y a deux îles hautes appelées Iles des Oiseaux , parce que dans les commencements elles lournirent quan.
tité d’oiseaux du genre qu’en Espagne nous appelons Rubia horcados [?]. Et on n’y trouve rien d’autre qui vaille.
Au Sud sont des îles appelées Isles des Pingouins et d’autres oiseaux de mer.
Elles sont basses, sablonneuses et de peu de valeur. A l’Ouest de ces dernières, à quatorze lieues, est un ilôt peu élevé, entouré de nombreux bas-fonds et que pour cette raison on appela Vile basse.
Au Sud de la terre des Baccalaos, adjacentes à un cap dit Y Espoir, se trouvent trois îles, dont la plus grande a de trois à quatre lieues et elles sont inhabitées. Plus loin à l’Ouest et au milieu d’un bas-fond appelé Sainte-Marie qui est après qu’on a passé la baie, se trouvent immédiatement trois îles formant un triangle d’environ ..... lieues d’étendue. Chacune d’elles ainsi que les îlots autour, s’appellent Les Onze mille Vierges. Elles sont toutes inhabitées et sans valeur aucune.
Autour de cette terre et côte il y a une grande abondance de poissons ; ce qui amène chaque année de nombreux Bretons et Irlandais pour les pêcher, et ils conduisent par la rivière [?] leurs navires qui en sont chargés. Le poisson que généralement on trouve là-bas est la morue, poisson qui salé se garde longtemps, qu’on transporte dans les navires comme provisions de vivres, et est consommé sur toute la côte des Flandres, voire en Galice.
Au Sud de cette terre des Bacalaos et de la baie Sainte-Marie, à une distance de
provecho. Estan en altura de quarenta y seis grades, y las que arriba diximos estar juntos a la Costa del continente desde quarenta y nueve o cinquenta y en el clima noveno, y su mayor dia de diez y seys horas y un quarto.
Passadas las yslas de las onze mil virgines liazia la mar una grand enselia 11amada Baya de los Bretones. En esta erenad [sic pro ensenada ?] dizen baver muchas yslas y todas despobladas. Principalmente ay una dicha de Sancta Elmo a la quai depusieron el tal nombre ciertos pescadores bretones que por una noche tomando les sobre elles un tormenta diezen que bieron en la ysla muchas candelas ardientes aquellos llaman Sanct Elmo que dizen que viene en tal figura.
Passada la dicha baya mas al occidente y junto a una punta llamada Cabo breton comiença a prolongarse a una ysla levante poniente dicho de Sanct Joan que tiene de largo cinquenta y seis léguas y por lo mas ancho veinte. Esta ysla dixieron algunos pilotos que no estava en esta parte de mar sino metedo en la baya que diximos llamarse de los bretones. Y en muchas cartas de navegar a los principio a quando esta tierra se començo a descubrir se puso assi asta que Estévan Gomez piloto estrupo esta relaçion algo discrepante de la quai se ténia estar esta ysla no en la baya do dezian que estava sino junto a esta tierra do agora esta de la quai no hay uso que contrar [s/c pro contar?] sea salvo que el dicho Estevan Gomez piloto dize que a la pasada por ella vido muchos humos en ella y senales de ser habitada.
1 Ce nom n’est pas imaginaire, bien que souvent déformé dans les cartes. Santa Cruz, dans sa mappemonde de i54a, habilement reproduite et commentée par Dahlgren (Stockholm, 1892), inscrit sur la côte du Brésil un « Rio de Juan Stevez ».
2 Le lecteur n’ignore pas que les anciens géo-
cinquante lieues, se trouve une île nommée Juan Esterez1 , d’après un pilote de ce nom qui la découvrit en allant pêcher dans ces parages. De même on a découvert d’autres îles situées à l’Ouest de celle-ci également en se rendant dans cette mer pour s’y livrer à la pêche, mais elles sont toutes inhabitées et sans grande valeur. Elles se trouvent par 46° de latitude et celles que nous avons dit être adjacentes h la côte continentale sont par 49° ou 5o° et dans le neuvième climat2, où le plus long jour est de seize heures un quart.
AP rès les iles des Onze mille Vierges la mer forme un grand golfe appelé la Baie des Bretons. On dit que dans cette baie il y a beaucoup d’iles, toutes inhabitées. 11 s’en trouve une notamment appelée de Saint-Elme1 ainsi nommée par certains pêcheurs bretons qui disent que par une nuit orageuse ils virent dans l’ile beaucoup de lueurs ardentes appelées Saint-Elme que l’on dit apparaître sous cette forme.
Passant ladite baie plus à l’Ouest et adjacente à une pointe appelée Cap-Breton commence à se prolonger une île Est et Ouest dite Saint- Jean, qui a cinquantesix lieues de longueur et au plus vingt de large. Certains pilotes disent que cette ile n’est pas dans cette partie de la mer, mais bien à l’intérieur de la baie que nous avons dit s’appeler des Bretons. Et dans beaucoup de cartes marines, au début, lorsqu’on commença à découvrir ce pays, on la plaça ainsi, jusqu’à ce que le pilote Esteban Gomez corrigea cette description assez erronée, en mettant l’ile , non dans
graphes employaient le mot « climat » aussi pour désigner une division de la Terre, fondée sur la durée du jour comparée à celle de la nuit au solstice d’été. De là 24 climats de demi-heures et 6 climats de mois dans chaque hémisphère (Périgot) .
L’HYDROGRAPHIE LUSITANO-ESP AGNO LE
Ilaya un canal entre ella y tierre firme llamado Canal de Sanct Julian de cinco o seis léguas de ancho dizen tener muy buena vistu y de mucho arboleda y rios que salen a la mar. Tienen a la redonda de sy muchos ysleos todos deshabitados.
Esta desde quarenta y seys hasta quarenta ocho grados y en el clima ocho tiene su mayor dia de quinze lioras y dos terçios. Junto al cabo Breton se hallan algunas ysletas do ay muchos avez y al rededor délias ay grandes pesquerias.
( Es yslario general de todas las ijslas del mondo endresçado a la S. C. C. Magestad del Emperador y Rey nueslro Senor , por Alonso de Santa Cvuz , su Cosmographo maior. Madrid, i56o. Manuscrit ex-cardinal de Granvelle ; conservé à la Bibliothèque de la ville de Besançon. Cf. notre Discovery , n° 227, pp. 620-621.)
la baie susdite, mais adjacente a la terre où elle est aujourd’hui [sur les cartes]. On n’a rien à dire concernant cette île que ce qu’en rapporte ledit pilote.
Esteban Gomez, dit qu’en passant devant il y vit beaucoup de [colonnes de?] fumée et d'indices qu’elle était habitée.
Entre cette île et la terre-ferme, se trouve un canal appelé Canal de Saint- Julien, de cinq ou six lieues de large. On dit que l’aspect [de Pile] est très agréable, avec beaucoup d’arbres et de rivières qui vont se jeter dans la mer. Il y a, autour, de nombreux îlots, tous inhabités. Elle s’étend de 46° à 48° de latitude, se trouve dans le huitième climat et son jour le plus long est de quinze heures et deux tiers. Près du cap Breton il y a plusieurs îlots renfermant beaucoup d’oiseaux, et autour sont de grandes pêcheries.
CAP-BRETON ET LE GOLFE SAINT-LAURENT
Les textes que nous venons de citer, tout incomplets qu’ils soient, permettent au critique de se rendre compte de l’idée que les cosmographes portugais et espagnols avaient de la géographie des régions septentrionales du nouveau monde.
Ribeiro, il est vrai, n’était pas mieux informé au moment de sa mort qu’en i5 29, date de son planisphère arrivé jusqu’à nous. Quant à Alonso de Santa Cruz, il ne donne pour Terre-Neuve dans son Islario qu’une nomenclature, très écourtée et à dessein, puisque la plupart des noms omis se retrouvent dans les fuseaux de sa mappemonde de io/ja1. On y relève même deux désignations nouvelles. Au Labrador : Baicv de las Islas , et sur la côte terre-neuvienne Isla Baxa. Notons en outre, au Sud de Terre-Neuve, parmi ces noms, lilc ou les îles Saint-Elme et la Baie des Bretons. Nous reviendrons plusieurs fois sur ces derniers.
Reste Chavès, que nous citons après les autres, comme étant le plus complet. Son Padron est très important, car c’est grâce à cette carte-modèle qu’on peut reconstruire en partie l’hydrographie des abords méridionaux du golfe Saint-Laurent et de Elle du Cap-Breton, selon les cosmographes espagnols du milieu du xvie siècle.
Dans la carte de Reinel [cirea i5o4) gît par 4d° lat. de son échelle, au Sud d’un promontoire ressemblant au coude que fait à l’Est sur nos cartes l’Ile du Cap-Breton par environ 45°, une petite île en forme de poire, dénommée Sam Joham. Nous y avons vu et nous sommes enclin à y voir encore, à cause de sa position éloignée du littoral, de sa forme, de ses dimensions restreintes et de la présence non loin d’elle d’une autre île, qui n’a pas plus de
Bibliothèque royale de Stockholm, reproduite et commentée par M. E. W. Dahlgren en 1892 .