‹ Découverte et évolution cartographique de Terre Neuve et des pays circonvoisins 1497-1501-1769;Chapitre 88 sur 258 · L’ILE SAINT-JEAN · texte numérisé non relu

L’ILE SAINT-JEAN

Gi

ici : et peut-il bien appelles scs voyages aventureux, non pour lui, qui jamais ne fut en la centième partie des lieux qu’il décrit (au moins il est aisé a le conjecturer), mais pour ceux qui voudront suivre les routes qu’il ordonne de suivre aux mariniers 1 .

Quant aux délinéations qu’exposent Jean Allonse et les cartographes dieppois pendant presque tout le xvie siècle, elles ne sont d aucune utilité pour tracer l’évolution cartographique de cette partie de la côte. On ne saurait y voir, ainsi que nous l’avons dit, qu’une copie, plus ou moins fidèle, des cartes portugaises. Mais ce fait demandait à être expliqué.

Dans un travail comme le présent où il s’agit de déterminer l’origine non seulement de Terre-Neuve, mais aussi de la région adjacente, nous ne pouvons cependant quitter la terre de Norembègue, sans appeler l’attention sur un curieux passage du Discourse concerning Westerne Planting, de Hakluyt. En effet, il s’agit du pays qui relie cette contrée aux abords méridionaux et de données géographiques utilisées peut-être par les cartographes dieppois, bien qu’à une époque postérieure. Voici ce que rapporte le zélé compilateur anglais :

Deux cents lieues de la côte, depuis le Cap-Breton, vers le Sud-Ouest, furent découvertes de nouveau aux dépens du cardinal de Bourbon, l’année dernière, i583, par mon ami Stephen Bellinger de Rouen. 11 trouva une ville de quatre vingls maisons, couvertes d’écorces d’arbre, sur le bord d’une rivière, à environ cent lieues dudit Cap- Breton. Il dit que la température du pays est celle des côtes de Gascogne et de Guyenne. 11 en a rapporté une espèce de matière minérale qu’on suppose contenir de l’argent et dont il m’a donné; une sorte de musc 2 appelé castor; différentes peaux d’animaux, telles que castors, loutres, martres, loups-cerviers, veaux-marins, bisons ( bnffs ), cerfs, toutes ouvrées et peintes à l’envers de belles couleurs, rouge, brun, jaune et vermillon. J’ai vu toutes ces choses, qu’il me dit avoir vendues à Rouen 44° couronnes, alors qu’elles ne lui coûtaient que des bagatelles données en échange aux sauvages et ne revenant pas même à /\o couronnes 3.

Ailleurs, Hakluyt dit que Bellinger, parti de New-Haven arriva au Cap- Breton en vingt jours; que son exploration fut dans la direction de la Norembègue ; qu’il trafiqua avec les habitants de dix ou douze localités, que le voyage dura en tout quatre mois, et qu’il en rapporta une description détaillée de la côte

1 Les Voyages du Sieur de Champlain , Xaintongeois, Capitaine ordinaire pour le Roy, en la

marine. Paris, i G i 3 , in-4°, cap. y.

Histoire de la Nouvelle-France, par Marc Lescarbot, Advocat en Parlement. Paris, 1612, in-8u, p. 496.

2 Ce musc provenait en elfel de l'animal ainsi nom me.

3 Publication de la Société historique de l’État du Maine. Cambridge (Etats-Unis), iu-8°, 1877, p. 26.

4 Op. cit., p. 84-

Il ne paraîtra pas illogique ou anticipé de clore le présent chapitre en y groupant les rares renseignements recueillis après ceux que donnèrent Cantino et Pasqualigo.

Nous notons, premièrement, une courte mais intéressante notice insérée dans l’édition de la Chronique d’Eusèbe publiée à Paris, en i5i2, parmi les nouvelles additions, que l’on peut attribuer à

IIENRI ESTIENNE , . 5 i a.

Septem homines sylvestres ex ea insula (quæ terra nova dicitur) Rothomagum adducti sunt cum vestimentis et armis eorum. Fuliginei sunt coloris, grossis labis, stigmata in facie gerentes ab aure ad medium mentum, instar livide venule per maxillas deducta. Crine nigro et grosso ut equæ juba. Barba per totam vitam nulla, neque pubes neque ullus in toto corpore pillus præter capillos et supercilia. Baltheum gerunt in quo est bursula quedam ad tegenda verenda. Idioma labis formatur, religio nulla, cymba eorum corticea, quam homo una manu evehat in humeros. Arma eorum arcus lati, chordæ ex intestinis aut nervis animalium ; sagitte, cannæ saxo, aut osse piscis acuminate. Cibus eorum carnes toste. Potus aqua. Panis et vini et pecuniarum nullus omnino nsus Nudi incedunt aut vestiti pellibus animalium ursorum, cervorum, vitulorum marinorum et similium. Regio

Sept hommes sauvages ont été amenés de cette île (qu’on appelle Terre-Neuve) à Rouen avec leur pirogue, leurs vêtements et leurs armes. Ils sont de couleur de suie, ont de grosses lèvres, portent des tatouages sur la figure, depuis l’oreille jusqu’au milieu du menton en travers des mâchoires, comme une petite veine bleuâtre. La chevelure est noire et grosse, semblable à une crinière de jument. Durant toute leur vie ils n’ont pas de barbe, ni système pileux ni poil sur aucune partie du corps, sauf des cheveux et des sourcils. Ils portent une ceinture dans laquelle est une espèce de petite bourse pour cacher les parties génitales. Ils parlent des lèvres, n’ont aucune religion, et leur barque est faite de l’écorce d’un arbre. D’une seule main un homme la place sur ses épaules. Leurs armes sont de grands arcs, avec des cordes laites de boyaux ou de nerfs d’animaux ; les flèches proviennent de roseaux, terminés par une pierre ou un os de poisson. Leur nourriture se compose-de viande grillée, leur boisson, d’eau. Ils n’ont aucun usage du pain, du vin, de pièces de monnaie. Ils marchent nus ou vêtus de peaux d’animaux, d’ours, de cerfs, de veaux marins et autres semblables. Leur pays est sur

LES INDIGENES

eorum parallelus septimi climatis plus sub occidente quam Gallica regio supra occidentem h

le septième parallèle, plus sous l’Occident que la France au-dessus de ce même occident.

JACQUES CARTIER1 2, i 534-

Nous allâmes à bort auecques noz barques, et le mismes dedans vng aultre hable à vne lieue plus à Ouaist que ladite ripuiere Sainct Jacques. Lequel je pencze l’vn des bons hables du monde : Et iceluy fut nommé le hable Jacques Cartier. Si la terre estoit aussi bonne qu’il y a bons hables, se seroit vng bien, mais elle ne se doibt nommer Terre Neufüe mais pierres et rochiers effrables et mal rabottez, car en toute ladite coste du Nort, je n’y vy vne charetée de terre, et si descendy en plussieurs lieux; fors à Blanc Sablon, il n’v a que de la mousse et de petitz bouays avortez ; fin, j’estime mieulx que aultrement que c’est la terre que Dieu donna à Cayn. Il y a des gens à ladite terre qui sont assez de belle corpulance,

mais ilz sont gens effarables et sauuaiges. Ilz ont leurs cheueulz liez sur leurs testes en fazon d’vne pougnye de fain teurcze et vng clou passé par my ou aultre chosse, et v lient aulcunes plumes des ouaiseaulx. Ilz se voistent de peaulx de bestes, tant hommes que femmes ; mais les femmes sont plus closes et serrées en leurs dites peaux et sçaintes par le corps. Ilz se paingnent de certaines couleurs tannées.

Ilz ont des barques en quoy ils vont par la mer, qui sont faictes d’escorche de bouays de boul 3, o quoy ilz peschent force loups marins. Dempuis les avoir veuz, j’ay seu que là n’est pas leur demeurance et quilz viennent des terres plus chauldes , pour prendre desditz loups marins et aultres choses pour leur vie 4.

Les descriptions qui font suite se trouvent, d’abord dans les légendes collées à droite et à gauche du planisphère de Sébastien Cabot. Elles sont l’œuvre d’un Dr Grajales, du Port Sainte-Marie et elles furent rédigées peu avant 1 5 4 4 -

SEBASTIEN CABOT, i54a.

La gente de esta tierra | ou isla j andan vestidos de pieles de animales;

1 Eusebii Cæsariensis Episcopi Chronicon. Paris, Estienne, i5i2, in-4°; f° 172 dans Nova Additio.

On lit dans la Relation de la Nouvelle-France du P. Biard; Paris, 1616, in-12, p. 23 : « Nous lisons que le Capitaine Thomas Aubert, Dieppois, fit voile [pour la Nouvelle-France] l’an i5o8, et en ramena des Sauuages du païs, lesquels il lit voir avec admiration et applaudissement à la

France. » Il est évident que le R. P. n’a fait que

copier le passage suivant de Ramusio ; t. III,

1° 423 : «Nell’ anno i5o8 un nauilio di Dieppa...

Les habitants de cette terre [ou de cette île]5 sont vêtus de peaux d’animaux. Dans

sendo maestro ouer patron di delta nave maestro Thomaso Aubert, et fu il primo che condusse qui le genti del detto paese. »

2 Bibliot. Nat. Ms. Moreau (ex. LYII de Fontette), 841; Michelant et Ramée, Relation originale, p. 1 1-12.

3 Bois de bouleau.

i On ne peut dire si la description se rapporte à la contrée en général ou à la grande ile où Sébastien Cabot dit qu’il atterrit.

5 La version latine qui dans la carte vient après le texte espagnol , ajoute ici leonibus — des

usan en sus guerras arcos y fléchas, lanzas y dardos, y unas porras de palo, y Hondas. Es tierra muy steril ; ay en alla muchos orsos 1 blancos, y cervios muy grandes como cavallos, y otras muchas animales; y semejantemente ay pescado infinito, sollos 2 , salmones, lenguados muy grandes de vara en largo, y otras muchas diversidades de pescados, y la mayor multitud dellos se dizen baccalaos 3; y asi mismo ay en la dicha tierra halcones, prietos como cuervos, aguillas, perdices, pardillas , y otras muchas aves de diversas maneras.

leurs guerres ils se servent d’arcs et de flèches, de lances et de dards, d’une espèce de massue de bois et de frondes.

C’est une terre très stérile. Elle contient beaucoup d’ours blancs et des cerfs très grands, comme des chevaux, ainsi que nombre d’animaux. Il y a de même une infinité de poissons : esturgeons , saumons, so’les d’une aulne de long et beaucoup d’autres espèces de poissons, dont la plus nombreuse est appelée baccallaos. Sur cette terre se trouvent aussi des faucons noirâtres comme des corbeaux, des aigles, des perdrix, des linottes et beaucoup d’autres genres d’oiseaux 4.

JEHAN ALFONSE, (?) i 543.

They are people of a goodlv stature, and well made, they are very white, but they are ail naked : and if they were apparelled as the Freneh are, they would bee as white and as fayre : but they paint themselues for fear ol beat andsunne burning.

In stead of appareil, theyweare skinnes upon them like mantles ; and they hâve a small payre of breeches, wherewith they cover their priuities, as well men as women. They liaue liosen and shooes oflether excellently made. And they hâve no shirts : neither couer their heads, but their hayre is trussed up above the crowne of their heads, and playted or broyded.

lions. Peut-être s’agit-il du phoque à longue crinière, appelé vulgairement lion marin.

1 Ici, la version latine porte lapis scilicet. Les anciens appelaient « loups », ce qu’en français on nomme « bar ». Les bars sont des poissons de mer voraces. L’espèce européenne est Lcibrax lupus; l’espèce américaine : Labvax lineatus (« Striped Bass ») et elle est répandue du golfe Saint-Laurent au golfe du Mexique.

- Les lexiques traduisent « lenguados » par ■ < Soles ». La Sole d Europe ( Solea vulgaris )

Ce sont gens d’une bonne taille et bien conformés. Ils ont la peau très blanche ; mais ils sont entièrement nus; et s’ils s’habillaient comme les Français, ils seraient aussi blancs et avec le teint aussi clair; mais ils se couvrent de peinture par crainte de la chaleur et des rayons du soleil.

Au lieu de vêtements, ils portent des peaux en forme de manteaux, et ils ont une petite paire de culottes pour cacher leur nudité, les hommes comme les femmes. Ils ont des hauts-de-chausses et des souliers en cuir, parfaitement faits. Ils ne portent pas de chemise et vont tète nue, mais leurs cheveux sont nattés, tressés et ramenés sur le haut de la tète

n’existe pas sur les côtes du nouveau monde. Il y a bien une espèce voisine, souvent appelée Sole d Amérique (Achirus lineatus), mais on ne la trouve que depuis Boston et Nahant jusqu'à l’embouchure du Mississipi : c’esl-à-dire 4° au moins au Sud de Terre-Neuve.

3 II s’agit de la morue, appelée aussi cabillaud.

* Mappemonde de Sébastien Cabot, légende 8, se rapportant au renvoi erronément marqué 3 sur la carte.

LES INDIGENES

Touching their victuals, they eate good meate, but ail unsalted, but they dvye it. and afterward they broyle it, as well fi sh as llesh. They bave no certaine dwelling place, and they goe from place to place, as they thinke they mustbesl finde foode : and they live very well ; for they take, care for nothing clse.

They drinke seale oyle, but this is at their great feasts.

The weomen nurse their children with the breast, and they sit continually, and are wrapped about the bellies with skinnes of furre

comme un chignon. Quant à leur nourriture, ils mangent de la bonne viande, mais sans sel. Après l’avoir séchée ils la font griller, que ce soit chair ou poisson. Ils n’ont aucune résidence fixe, ils vont d’un endroit à l’autre, là où ils espèrent trouver plus facilement des aliments... et ils vivent très bien, car c’est la seule chose dont ils se soucient. Us boivent de l’huile de veau marin, mais seulement dans leurs grandes fêtes...

Les femmes nourrissent leurs enfants à la mamelle, continuellement assises, le ventre entouré de fourrures 1 2.

Ce récit anonyme est emprunté à Hakluyt. Vient maintenant le bref résumé qui accompagne la petite carte de la Tierra Nueva insérée dans le Ptolémée donné à Venise en i54;-i 34^ par le célèbre botaniste et médecin Pietro-Andrea Mattioli, de Sienne.

MATTIOLI, i 5 4 7 -

La Terra noua del Bacalaos, c terra frigida, li habitatori sono idolatri, chi adora il Sole, e chi la luna, e moite altre sorti de idoli : costoro sono gente bianca, ma rustica : mangiano ogni cosa cruda, cosi carne, corne peso", anchora alcuni di loro mangiano carne humana, ma di nascoto che il Caciqui loro, non lo sappia. In questa provincia de Bacalaos, gli huomini e le donne uanno uestiti di pelle di orsi, e anchora si troua zibelini e martori : ma non appreciati per esser piccoli, tutta la state uanno midi, ma lo inuerno uestiti

1 The Voyage of John Francis de la Roche, Lord of Roberval, to the countries of Canada , Saguenai, and Hochelaga. . . üegun in April 15h‘2. Dans Hakluyt, op. cit . , 1889. t. XIII, p. 166, qui ne donne pas le nom de l’auteur de ce récit. Nous ne sommes pas persuadés que ce soit Jehan Alfonse. Le texte original français nous est in-

connu .

La Terre-Neuve de la morue est un pays froid. Les habitants sont idolâtres ; les uns adorant le soleil, les autres la lune et beaucoup d’autres sortes d’idoles. C’est une race blanche, mais rustique.

Ils mangent tous leurs aliments crus, la viande comme le poisson. Il y en a même qui mangent de la chair humaine, mais en se cachant pour ne pas être découverts par le cacique. Dans cette province de Bacalaos les hommes et les femmes sont vêtus de peaux d’ours. Quoiqu’on y trouve des zibelines et des mar-

- Cette description s’applique encore aujourd’hui d’une façon merveilleuse aux Indiens de l’Amérique du Nord.

Pour la partie correspondante aux légendes de Cabot , voir John Cabot , the discoverer , pp. 436-44o; Jean et Séb. Cabot, doc. VII, pp. 320-321.

per essemi grandi freddi, al modo che in Fiandra, perche sono anchora loro in quel medecimo clima. Li marine di questa prouincia forno discoperte da Bertoni, cioe da Francesi di Bertagna i quali uanno a pescare in questa prouincia, e pigliano certi pesci chiamati Bacalai, liquali insalano, e per il nome di questi pesci, hanno nominato questa prouincia Tierra del Bacalaos cioe terra del pesce, Bacalaos. Piu uerso Tramontana a questa prouincia, e la regione chiamata terra del Laborator tutta montuosa e piena de grandissimi boschi con quantita di orsi e porci cingiali Li habitatori sono idolatri, bellicosi, anchora loro uanno uestiti di pelle di Orsi, al modo di coloro di Bacalaos, non si troua in tutta questa terra noua ne citta, ne castello, ma tutti stanno alla campagna, corne fanno le bestie (i).

très, celles-ci ne sont pas appréciées h cause de leur petite dimension. Pendant tout l’été ils sont nus, mais l’hiver ils sont vêtus à cause des grands froids, à la façon des habitants de la Flandre; car ils ont le même climat. Les côtes de ce pays ont été découvertes par les Bretons, c’est-àdire les Français de Bretagne , lesquels vont y pêcher et prennent certains poissons appelés Bacalai , qu’ils salent. De là le nom de Terre des Bacalaos , c’est-àdire la terre du poisson Bacalao. Plus au nord de ce pays, est la région appelée Laborator , toute montagneuse et couverte d’immenses forêts, avec beaucoup d’ours et de sangliers. Les habitants sont idolâtres et belliqueux. Eux aussi vont vêtus de peaux d’ours, du genre de couleur de [ceux] des Bacalaos. On ne trouve nulle part dans cette terre nouvelle, ni ville, ni forteresse, tous vivent dans les champs comme les bêtes.

Nous ne pouvons plus guère citer que deux chapitres de Y Historia general de las Indias de Francisco Lopez de Gomara, terminés en 1 55 1 et publiés 1 année suivante à Saragosse.

Ce n’est pas que ces descriptions soient bien précises et intéressantes, ni même parfaitement authentiques, mais nous croyons utile, dans un ouvrage comme le présent, de mentionner tous les récits contemporains de la découverte du Labrador, de Terre-Neuve et des régions adjacentes.

GOMARA, i 55 i.

La tierra del Labrador . Muchos hauido a costear la tierra del Labrador por ver adonde llegaba y por saber si habia paso de mar por alli, para ir a las Malucas y

1 Ptolémée dit de Mattioli. Venise, 1048 (au recto du f° 2i5, on lit : « Stampato 1 547 > del

Terre de Labeur. Plusieurs [beaucoup] ont costoié le païs de labeur pour sçauoir iusques où il s’estendoit; et si on ne trouueroit point passage pour aller aux Moluques, et gaigner les espiceries... Les

mese di Ottobre ») f°, 56 recto. Cette notice accompagne la carte.

LES INDIGENES

Especieria... Los Castellanos lo buscaron primero, corao les pertenecen aquellas islas de las Especerias... Y Portogueses tambien por atajar navegacion... y asi, fué alla Gaspar Cortès Reales... No hallô el estrecho que buscaba. Dejo su nombre à las islas que estàn à la boca del gollo Cuadrado y en mas de cinquenta grados.

Tomô por esclavos hasta setenta hombres de aquella tierra... Son los de ail 1 hombres dispuestos, aunque morenos, y trabajadores. Pintanse por gala y traen cercillos de plata y cobre ; visten martas y pieles de otros muchos animales, el pelo adentro de invierno, y afuera de verano ; apriétanse la barriga y muslos eon entorchados de algodon y nervios de peces de animales; coraen pescado mas que otra cosa, especial salmon, aunque tienen aves y frutas. Hacen sus casas de madera, que hay mucha y buena, y cûbrenlas de cuero de peces y animales, en lugar de tejas. Dicen que hay grifos, y que los osos, cou otros muchos animales y aves, son blancos. En esta tierra pues é isla andan y viven bretones, que conforman mucho con su tierra, y esta en una mesma altura y temple...

Los Bacallaos. Es gran trecho de tierra y costa que llaman Bacallaos, y su mayor altura es cuarenta y ocho grados y medio. Llaman los de ail î bacallaos a unos grandes

1 C’est inexact. Les Anglais sont les premiers

qui aient cherché ce passage, conduits par Jean Cabot. Le seul passage que les Espagnols aient cherché les premiers au nouveau monde est le

premiers qui ont cherché ce passage 1 ont esté Castillans, parce que les Isles des espices sont de leur département. Les Portugays ont fait le semblable pour tousiours interrompre cette nauigation... Gas par Cortès Real s’y en alla... Il ne peut trouuer le destroit qu’il cherchoit. Il laissa son nom à des Isles qu’il rencontra à la bouche du goull'e Quarré à plus de cinquante degrez. Il print esclaves environ soixante hommes... Les hommes de ce pais sont bien dispots : ils sont Mores [basanés] et bons au travail. Ils se chargent de peinture par galanterie 2 et se mettent aux oreilles des pendans d’argent. Ils se vestent de peaux de martre et d’autres animaux ; l’hyver ils mettent le poil en dedans, et l’esté par dehors. Ils se serrent le ventre et les cuisses avec des cordons de cotton, et nerfs de poisson ou d’autres animaux. Ils mangent plus de poisson que d’autre chose, et spécialement du saulmon encore qu’ils aient force oiseaux et fruits. Ils font leurs maisons de bois, duquel ils ont beaucoup et de bonne qualité, et les couurent auec peaux de poisson et d’autres animaux au lieu de tuille. Ils disent qu’il y a dans ce païs des grifons et des ours, avec plusieurs autres animaux et oiseaux tout blancs. En ce païs, et es Isles prochaines sont et demeurent les Bretons, le païs desquels est en même hauteur et température que celle de ce païs.

De Baccaleos. Il y a vne grande estendue de terre, qui se iette en poincte dans la mer, laquelle 011 appelle Baccaleos. Sa plus grande haulteur est de 4$ degrez et demy. On appelle ce païs Baccaleos à l’occasion d’aucuns poissons qui sont là

détroit de Magellan, bien qu’ayant proposé une tentative aux Baccalaos dès 1 5 1 1 .

2 C’est-à-dire qu'ils se peignaient le corps par coquetterie.

peces de los cuales hay tantos, que embarazan las naos al navegar, y que los pesean y comen osos dentro la mar... Bretones y Daneses han ido tambien a los Bacallaos, y Jaques Cartier, francés, fué dos veces... y tanteo la tierra para poblar de euarenta y cinco grados a cincuenta y uno. Dieen que pueblan al 1 î 6 que poblaran, por ser tan buena tierra como Francia, pues à todos es comuu, y en especial de quien primero lo ocupa 1 .

1 Gomara. Primera y segunda parte de la his-

toria general de las Indias... Çaragoça... en casa de Agnstiii Millan. i 55-2-53. in-fol. golh., f° xx, reclo et verso.

en si grande abondance, qu’ils empêchent le cours des nauires, [et les ours les pèchent et les mangent dans la merl... Les Bretons et Danois font le voyage des Baccaleos, et Jacques Cartier, qui estoit François, y a esté deux lois... Il esprouua le terroir et le trouua commode à demeurer depuis le 45 degré iusques au 5i. Il disoit qu’il falloit se fortifier en ce lieu là, parce que le terroir estoit aussi bon que celuy de Fra nce, et qu’il estoit commun à tous principalement à ceux qui premiers l’occuperoient 2.

2 Gomara. Histoire Generalle des Indes Occidentales et Terres neuves... Traduite en français par M. Fumée... Paris, Michel Sonnius, i56g, pet. in-8° ; ch. 37 et 3g, fuB 36 et 37.

LA CARTOGRAPHIE AMÉRICANO-DIEPPOISE

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