‹ Découverte et évolution cartographique de Terre Neuve et des pays circonvoisins 1497-1501-1769;Chapitre 90 sur 258 · LA CARTOGRAPHIE AM E RI C ANO-D I E P PO I SE · texte numérisé non relu

LA CARTOGRAPHIE AM E RI C ANO-D I E P PO I SE

vembre 1 5/R, quand Macé Jalobert et Etienne Noël, renvoyés du Canada par Cartier le 2 septembre précédent, arrivèrent à Saint-Malo.

D’autre part, comme lors de son voyage de retour en France, Cartier se trouvait, entre le 8 et le 3o aaai i5/|2, au havre Saint-Jean où il rencontra Roberval, c’est évidemment par l’entrée méridionale du golfe Saint-Laurent que le navigateur malouin débouqua dans l’océan Atlantique. Mais avant il explora une partie du fleuve à l’Ouest de Montréal. Nous reviendrons sur cette exploration supplémentaire qui est d’une certaine importance pour classer les cartes dieppoises de l’époque.

Roberval et son pilote Jehan Alfonse, partis de la Rochelle le iG avril i 5/|2, arrivèrent au port Saint-Jean de Terre-Neuve le 8 juin suivant.

A leur tour, ils entrèrent dans le golfe Saint-Laurent par le détroit de Relle-Isle et remontèrent le fleuve Saint-Laurent jusqu’à quatre lieues à l’Ouest de 1 île nommée par Cartier « de Bacchus », et que nous verrons dorénavant appelée Y île d’Orléans , quelle porte encore.

Alfonse nous a laissé un routier1 de cette exploration, laquelle ne dépassa pas le fort ou Rétablissement de Franci-Roy (au cap Rouge?). Nous ne relevons dans ce routier que cinq noms nouveaux ; lesquels on ne retrouve dans aucune carte de l’époque2.

Les Isles de la Demoiselle, entre Blanc-sablon et le cap Tiennot.

L’ile de Y Ascension (erreur d’Alfonse, qui a mal lu le nom de « Assomption », donné par Cartier à l’ile d’Anticosti).

Isle de Raque lies ( Raguelay , dans sa Cosmographie manuscrite).

Cap de Marbre (les deux aux environs de l’embouchure du Saguenay3).

Dans sa Cosmographie , Alfonse ne nomme qu’une Isle de la Demoiselle, mais il inscrit aux alentours du détroit de Belle-Isle :

Baie de la Cramaillere. Ile de la Grand Baie. Ile de Raguelay.

Cap Rouge. Baie des Bytes (des Buttes?).

Ces dénominations peuvent avoir été connues en France dans l'automne

* Course from Belle Isle, Carpont and the Grand Bay in N ewfoundland vp the River of Canada for the space of a3o. leagues obserued by John Alphonse of Xanctoigne chiefe Pilote to Monsieur Rober ual. 1542, traduit d’un texte français aujourd’hui inconnu, par IIakluyt, op. cit., t. III.

2 Peut-être faut-il ajouter les Monts Notre- Dame, qu' Alfonse place sur la rive droite du

Saini-Laurent, mais « on the mainc land towards the South a (en Gaspésie).

3 Hakluyt donne une relation du voyage de Roberval à Franci-Roy, et ensuite au Saguenay (le 5 juin i543 — ?) ; mais on n’y relève ni noms ni renseignements topographiques. Nous n’avons pu découvrir l’auteur de ces récits. Ce n’est pas Alfonse, car il eût sans doute hésité à se qualilier d' « excellent pilote ».

T ERRE - NEUVE

de 1542, quand Roberval, le 10 septembre, y envoya d’Auxillon de Senneterre, chercher du secours. Sinon, ce fut dans l’été de 1 543 (peut-être dès le mois de juin1) à la Rochelle, lorsque Jehan Alfonse revint dans cette ville.

On ne reverra pas d’autre exploration du fleuve Saint-Laurent avant bien des années, car le prétendu quatrième voyage de Jacques Cartier est apocryphe.

La première fois qu’il est authentiquement question dans les documents d’une nouvelle entreprise d’exploration au Canada , c’est seulement en avril 1 564, « à la nouvelle France pour la défense d’icelle et pour le service de Sa Majesté [Charles IX], sous les ordres du sieur Lagrange, colonel de l’infanterie française 2 ». Mais rien ne prouve que ce projet ait été mis à exécution. De toutes façons, on ignore vers quelle partie de la Nouvelle-France elle fut envoyée et quels en furent les résultats.

Dans les lettres patentes du i/j janvier i588, octroyant à « Estienne Chaton, escuier, sieur de la Jaunaye et à Jacques Noue!, cappitaines de marine, maistres pillotes de Sainct-Malo, nepveux et héritiers de Jacques Cartier, privilège pour le trafic des mines et pelleteries au pays de Canada, Conjugon (sic) et autres », on relève la phrase suivante :

Ils ont esté nourris dès leur jeunesse au faict de la marine et en ensuivant les mémoires, cartes et instructions que leur a laissé leur feu oncle, leur aiant, sur ses derniers jours, recommandé l’exécution et continuation de son entreprinse, ilz auroient par plusieurs lois (laict) ledict voiage, mesmes continuent à présent d’an en an à y traficquer avec lesdietz sauvaiges... par le moïen desquelz ilz auroient depuis descouvert certaines mynes de cuyvre au cap de Conjugon 3.

11 importe de rapprocher de ce texte une lettre écrite par ledit Jacques Nouel ou Noël le 19 juin 1587 :

M. Gill es Walter [Gaultier] m’a fait voir ce matin une carte imprimée à Paris et dédiée à un M. Hakluyt, Anglais, dans laquelle sont compris toutes les Indes Occidentales, le royaume du Nouveau-Mexique, ainsi que tous les pays du Canada, Ilochelaga et Saguenay.

Je maintiens que la Rivière du Canada tracée dans cette carte n’est pas placée comme

1 Obligation contractée par « Gilles Chauldon, marignier on navire d’Alfonse », a5 juin 1 5 4 3 , Georges Musset, Jean Fonteneau dit Alfonse de

Snintonge. Paris, 1896, in-8°; extrait du Bullet. de géogr. liist. et descriptive.

- Tabellionagc de Rouen, actes des 7 cl 16 avril

1 5 G 4 , cités par Gosselin, Nouvelles glanes normandes, Rouen, 1873, in-8", p. 9.

3 Alfred Ramé, Documents inédits sur Jacques Cartier (appendice au Cartier de Michelant, Paris, 1 86 5 , in-8°, p. 36-37).

LA CARTOGRAPHIE A M É R I C A N O - D I E P P O I S E

clans mon livre, lequel est conforme au livre de Jacques Cartier... J’ai été sur le haut d’une montagne qui est au pied des Saults, et d’où j’ai vu ladite rivière au delà desdits Saults 1 . . .

Jacques Noël n’est donc pas allé plus loin que Montréal, et comme il n’est né qu’en i55i 2 * *, ce ne fut guère avant l’année iS^o.

Si après les expéditions de Cartier, de Roberval et de Lagrange (?) le roi de France n’en envoya plus d’autres au Canada avant celle du marquis de la Roche (1 5qc)), de nombreux bâtiments furent armés dès 1 5 4 1 dans les ports de France pour la pêche de la morue. Gosselin a relevé dans les archives de Rouen dès 1 5 4 1 (1042) pour janvier et février seulement plus de soixante navires. « En i543, 1 544 et i545, cette ardeur se soutient, et l’on voit partir de Rouen, du Havre et d’Honfleur, pendant les mois de janvier et de février, environ deux navires par jour. Mais, à partir de 1 545, le mouvement cessa presque entièrement". » M. Musset, de son côté, donne des détails et des dates concernant plus de quarante bateaux équipés à la Rochelle pour Terre-Neuve de 1 5 4 1 à i55o \

D’autres ports français furent sans doute dans le même cas. Mais comme tous ces navires étaient armés exclusivement pour la pêche de la morue, leur champ d’investigations hydrographiques a dù être borné aux grands bancs, à l’entrée du golfe Saint-Laurent ou aux côtes septentrionales de Terre-Neuve. Une exploration du fleuve était d’ailleurs à cette époque difficile et sans profit appréciable pour des pêcheurs. De toutes façons elle n’aurait guère pu dépasser Hochelaga, à cause des rapides de Lachine5.

1 Quelle est cette carte ? Il y aurait intérêt à la retrouver, pour en comparer les configurations avec les détails géographiques que donne Noël concernant les trois saults et le grand lac (Ontario) dans cette lettre et dans une autre également adressée à John Growti! (Jean Grout, de Saint- Malo), étudiant à Paris. Hakluyt, op. cit., t. III, p. 235.

2 Jouon des Longrais, Jacques Cartier-, Paris,

1888, in-8°, p 1 3 1 . Profilons de l’occasion pour relever une allégation aussi inattendue que peu véridique du zélé biographe : « M. Harrisse, clans un intérêt protestant , a cherché à soutenir qu il n y avait point de prêtres catholiques dans 1 expédition de Jacques Cartier n ; op. cit .,

p. 139; et nunc erudimini !

5 Gosselin, Documents authentiques pour 1 histoire de la marine normande. Rouen, i876,in-8°, P. i3.

4 Musset, les Rochelais à Terre-Neuve , i5ooi55o. Paris, 1 8 9 3 , in-8°, p. 17-20.

5 Le capitaine Carlile rapporte même que les Indiens de cette région, outrés de la conduite de Jacques Cartier envers leurs principaux chefs lors de son second voyage, refusèrent d’avoir aucuns rapports avec les Français pendant plus de quarante années. 11 ajoute que cette animosité ne cessa qu’en i58i, date à laquelle un petit navire de trente tonneaux remonta le Saint-Laurent en quête de trafic. (Hakluyt, op. cit., 1889, t. XIII, p. 45.) C’est probablement une invention de Thevet. Le fait des mauvais traitements infligés à Donnacona et à Taignoagny est incontestable, puisque Cartier lui-même le reconnaît. [Brief récit , f° 42-) Mais ceci se passa en mai 1 536, et nous l’avons montré vivant avec ces mêmes Indiens en de très bons termes à Montreal cinq ans après.

Ce qu il faut conclure de ces faits, c’est que, pour presque tout le xvie siècle, 1 hydrographie du fleuve Saint-Laurent fut limitée à ce que Jacques Cartier en fit connaître de i534 à 1042. C’est ce que nous avons voulu démontrer.

LA C \ RTOGU A NT I E A M É \\ I G ANO-D T EPPOISE

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