Y. — PREMIERS TRACÉS DU FLEUVE SAINT-LAURENT
La chronologie que nous venons d’établir demande à être complétée par un fac-similé du terminus de la rivière Saint-Laurent, te! qu’il est tracé dans les anciennes cartes dieppoises et dans leurs dérivés directs. Nous les plaçons par ordre de dates, selon l’année inscrite sur les cartes mêmes :
A. — La carte de Desliens1 de lo/jr donne le parcours de Cartier lors de son second voyage, mais de façon incomplète puisqu'elle s’arrête non loin à l’Orient de l’ile d’Orléans, en un lieu dénommé Scvanes : mauvaise lecture, ce semble, pour Stadacone (Québec), dont il occupe la place. L’ensemble des
1 Bibliothèque royale de Dresde.
contours et la nomenclature sont donc de i536. D’ailleurs, en ij/ji, Jacques Cartier n’était pas encore revenu de son troisième voyage.
Un fait curieux, c’est la présence dans cette œuvre dieppoise de noms qui ne figurent pas dans les récits du navigateur malouin. Ainsi, son « Isle de Bacchus » s'appelle ici Ile d'Orléans. L’île de l'Assomption est figurée mais anonyme, et tout près, se rapportant à un groupe d’ilots, on lit : Areipel. Ce ne sont pas les Sept Isles , qui dans la carte portent déjà ce nom, donné par Cartier. Nous ne pouvons guère y voir que l’archipel des Mingans, dont il reconnut une partie, à en juger par la phrase suivante : « Nous feusmës charcher vng haurc... oultrc le cap Thiennot enuiron sept lieues et demye, et est entre quatre ysles sortentes à la mer Toute ceste coste est fort dange-
reuse et plaine de liasses 1 ».
Quant au nom d 'Orléans, c’est sans doute Cartier qui le donna en l'honneur du nouveau dauphin, Henri d’Orléans, second fils de François 1er, mais après son retour à Saint-Malo, en i53G. Il est notable cependant que dans l’édition du récit du second voyage donné à Paris par Roffet en vertu d’un privilège de i 544 2 et qui contient une épître dédicatoire de Jacques Cartier au roi de France contemporaine de l’impression du livre, hile d’Orléans porte encore son premier nom de « ysle de Bacchus ». Pour les mots mille mynes, Sallynes et praia, ils sont empruntés à quelque carte lusitanienne, car on les retrouve sous leur forme portugaise : mille mynas , Sallinas, accouplés à ladite praia et à Agoada (aiguade) dans le Descel iers de io Ôo : preuve que la côte méridionale du Labrador a été explorée par des Portugais avant i 5 j i et qu’ils y ont peut-être précédé le navigateur malouin.
B. — On a cru que l’atlas de Roze3 ne donnait pour le Canada que les résultats du premier voyage de Jacques Cartier, parce que dans la plus grande de ses cartes on ne voit pas File d’Anticosti. C’est une simple omission, car, par contre, Roze y expose la péninsule de la Gaspésie et l’embouchure du Ueuve Saint-Laurent, que Cartier n'a reconnus qu’au cours de son second voyage. D'ailleurs le fragment de carte que nous reproduisons (. suprà , n° Ôo) et qui fait partie de cet atlas de i Ôja, ajoute à ces contours,
1 Brief récit , f° 7.
2 Notes sur la Nouvelle-France , n° 1. On ne connaissait de ce livre que l’exemplaire du Britisli Muséum (coll. Grunvilliî), mais en 1877 un second (cx-Montorjît) a été découvert dans la bi-
bliothèque de Rouen.
s British Muséum ; Mss. Royal 20. E. IX ; Catalogue of the manuscript charts and maps in the Brit. Mus.. London, 1844, in-8°, t. I, p. 22 : Jean et Sébastien Cabot. n° 9,1, pp. 201-204.