CARTOGRAPHIE DE LA RIVIERE SAINT-LAURENT
prototype et expose un terminus identique. Quel est ce terminus : Mochelaga ou bien en amont ? Si c’est Hoehelaga seulement, alors la configuration ne date ([lie du second voyage de Jacques Cartier, autrement dit, de juillet au plus tôt. Si au contraire elle expose, non théoriquement, mais après avoir été relevés de visu , des fleuves et des terres situées à une telle distance à l’Ouest d’IIochelaga que même d’une élévation de 700 pieds anglais (qui est celle du Mont-Royal) on ne peut les voir distinctement à l’œil nu, alors cette configuration date du troisième voyage de Cartier, c’est-à-dire pas avant l’automne de 1042.
Rappelons les faits, tels que Cartier lui-mème les a décrits :
Le 28 septembre i535, ne pouvant avec Y Emerillon franchir l’extrémité occidentale du lac Saint-Pierre (lac d'Angouléme), il arme deux barques, réussit à rentrer dans le Saint-Laurent et le remonte jusqu’à Hoehelaga, où il arrive le 2 octobre. Le lendemain il visite la ville, fait l’ascension de la montagne, nommée par lui le Mont-Royal , et il repart le même jour, pour ne revenir en ce lieu que six ans après.
Ce. que Cartier connut alors du pays en amont de Hoclielaga ne put dope être que ce qu'il en a i t du Mont-Royal. Sa description est assez détaillée :
Sur icelle moataigne eusmes veue et congnoissance de j)lus de trente lieues [?], à lenuiron d’icelle : y a vers le Mort, vue rengée de montaignes, (jui sont Est et Ouaist, gisantes et autant devers le Su. Entre lesquelles montaignes est la terre la pins belle qu’il est possible de veoir, vnye, plaine et labourable; et par le meilleu desdictes terres voyons ledict fleuue oultre le lieu ou estoient demourées nos barques ; auquel va vng sault d'aue le plus impetueulx qu’il est possible de veoir lequel ne nous lut possible [de] passer. [Et voyons ieclluy fleuue] tant que l’onpoiiuoit regarder grand, large et spacieulx, qui allait au Sur Ouaist... Et [nos dietz trois hommes du pais qui nous auoient conduict] oultre nous monstroient que le long desdictes montaignes estant vers le Nort, y a vue grande riuière, qui descend de l'Occident comme ledict fleuue : Nous estimions que c’est la riuiere qui passe par le royaulme du Saguenay
Cette description correspond topographiquement à la réalité et en même temps aux délinéations de l'Harleyenne (non datée) tout comme aux cartes de Desceliers de io/jb et i55o, Le « sault d’aue le plus impetueulx » que Cartier n’eùt pu franchir est 1c fameux rapide de Lachine ; le lleuve « grand, large et spacieulx qui allait au Sud-Ouaist » est à la fois le Saint-Laurent élargi au lac Saint-Louis et la « grande riuière qui descend de l’occident ». Cette dernière cependant est peut-être l’Ottowa, bien qu’éloignée de quarante kilomètres au-dessus de Montréal.
Mais d'où peut venir le nom de « Saint-Malo », sur la rive droite du Saint- Laurent, en face « le premier sault », c’est-à-dire du rapide de Lachine, que Cartier aperçut en i535, seulement de loin et où il n’est allé qu’en septembre 1 54 1 , lors de sa troisième et dernière expédition? Nous n’avons malheureusement qu'un fragment du récit de ce voyage. Il contient néanmoins des détails qui jettent un jour complémentaire sur cette partie des cartes dieppoises.
Le capitaine décida de faire un voyage jusqu’à llochelaga, afin de voir et comprendre la nature des sauts qu'il faut franchir pour aller au Saguenay... Ils partirent de Charlesbourg Royal le sept septembre i54o [sic pro 1 54 1 | - . . Et comme ils remontaient la rivière [ Saint-Laurent [ le capitaine alla voir le seigneur de Hochelay qui demeure entre Canada et llochelaga .. . Et nous naviguâmes avec un vent si favorable, que nous arrivâmes le onzième jour du mois au premier saut, lequel est distant de deux lieues de la
1 Brief récit , t° 47- recto. Les variantes sont prises de 1 autre manuscrit.