CARTOGRAPHIE DE LA RIVIERE SAINT- LA URE NT
ville de Tiilonaguy1 . Et après... nous trouvâmes un mauvais fond, de gros rochers et un si fort courant qu’il ne nous fut pas possible d'aller au delà avec notre barque. Sur quoi, le capitaine résolut d’aller parterre pour se rendre compte de la nature et de la conformation du saut... Quatre jeunes gens nous menèrent si loin que nous arrivâmes à un autre village, habité par de braves gens dont la demeure était contre le deuxième saut. Le capitaine ayant appris que nous étions au second saut, qu’il y en avait un troisième à franchir et que la rivière n’était pas navigable pour aller au Saguenay ne continua pas sa route 2.
Le fait est que le jour même Cartier revint sur ses pas et ne retourna jamais dans ce pays
C’est la première fois qu’il est question de la ville de Tutonaguy dans les documents. 11 faut ne voir dans cette localité que le Tuttonaer de Séb. Cabot (i 544), Ie Tolamagy de Va I lard (1.547), Totanaggi du Desceliers de i55o et le Tulunagui de Yelho (i.5br), tous placés dans ces cartes précisément au même endroit. Autrement dit c’est le dernier nom à l’Ouest dans la nomenclature afférente au fleuve Saint-Laurent. On ne le lit pas dans l’Harleyenne ni dans le Desceliers de 1 546 ; mais comme dans ces deux cartes le lieu où il devrait se trouver est dessiné exactement de la même façon que dans Vallard, le Desceliers de i55o et le Yelho de i5Gi ; c’est-à-dire sur la rive gauche de ce fleuve, là où une autre rivière vient s’y jeter, 011 est fondé à croire que l’omission du nom de Tutonaguy dans lTlarleyenne et dans le Desceliers île 1 5 4 C) sont de simples oublis du cartographe.
En effet, le critique note avec quelque surprise l’irrégularité des nomenclatures dans les cartes dieppoises. Ainsi, l’iïarleyenne laisse Anticosti anonyme, alors que la délinéation reconnaît que c’est une île parfaite ; preuve que ce tracé date au moins du second voyage, au cours duquel l’insularité en fut reconnue et le nom d’de de l’Assomption lui fut donné. Elle trace la rivière du Saguenay, sans la nommer. Du lac d’Angoulême, cette carte n’inscrit non plus que son petit archipel : if clan goules me. Desceliers en ] 54b dessine mais ne nomme pas l’ile d’Orléans. Il lui applique néanmoins ce nom en i55o, pendant que celui d 'Assomption porté par Anticosti en 1 5 jb, est complètement omis en 1 55o. Fait non moins curieux. Desceliers, à cette dernière date, rétrograde au moins de neuf années, en intercalant à cet endroit même ifclelarcipel , vocable emprunté au prototype du Desliens de 1.54 t. Nous pourrions multiplier les exemples,
* Ne pas confondre ce nom avec celui de Tai- ” IIakluyt, Principe II Navigations; London,
gnoagny, 1 Indien que Cartier enleva pendant le 1199-1600, t. III, p. 23î.
premier voyage et ramena en 1 5 3 5 .
TE R R E- JS EU V E
La conclusion de ce qui précède, c’est que Cartier, le 1 1 septembre 1 54 1 , laissa ses barques en aval du rapide de Lachine {le premia • Sault ) qu’il contourna par terre. Passant vis-à-vis cet endroit il le nomma Saint-Malo , remonta à pied une des rives du lac Saint-Louis, atteignit « la ville de Tutonaguy » et s’arrêta à un des rapides — peut-être au Saut du Buisson des vieilles cartes — qui encombrent cette région fluviale à l’Ouest.
Jusqu'à plus ample informé, ces faits et ces raisonnements conduisent à l’opinion que les cartes de Séb. Cabot, de Desceliers, de Val lard, ainsi (pie l’Harleyenne, exposent les configurations canadiennes relevées par Cartier au cours de ses trois voyages et, conséquemment que, datées ou non datées, les cinq cartes en question nous représentent le fleuve Saint-Laurent et sa nomenclature tels que les cartographes dieppois ont pu les concevoir au plus tôt pendant l’automne de 1 a L\ 2 .
Ce sont ces mêmes limites que l'on retrouve dans presque toutes les cartes, non seulement jusqu’à la fin du xvie siècle, mais encore mainte fois dans le premier quart du siècle suivant.
Mercator, il est vrai, en 1 >69 continue le fleuve Saint-Laurent et avec des embranchements variés, même en 1087 jusqu’au Mexique. Mais ce tracé est en toutes scs parties absolument hypothétique, personnel et erroné. En effet, la nomenclature de Mercator s’arrête à Hochelaga, et s’il avait connu la région au delà, on verrait sur sa carte au moins le lac Saint-Louis.
La pierre de touche pour déterminer l’origine mercatorienne de cette configuration, qui eut une fortune remarquable malgré son caractère incomplet et apocryphe, est la désignation terminale de Chilaga (mauvaise lecture évidemment d’Ochelaga) et, sur un des afllucnts méridionaux supposés, un nom de ville imaginaire Auacul , flanqué d’une tourelle.
ürtelius, le premier, adopta ce parcours fantaisiste, en 1070. Viennent ensuite Belleforest et Thevet en JJ70 ; Joan Martines en 1082 ; Mazza en j j84 ; Plancius en 1092; De Bry en 1 jqG ; Vrient en 1099; Hondius en 1602; lveer en t G 1 4 • Brochant sur le tout, Henrv Briggs, en 1G2J, arrête le fleuve Saint-Laurent au lac d’Angoulême.
LA CARTOGRAPHIE AMÉRIC ANODIEPPOISE