‹ Découverte et évolution cartographique de Terre Neuve et des pays circonvoisins 1497-1501-1769;Chapitre 96 sur 258 · VI. — PREMIERS TRACÉS DES LACS · texte numérisé non relu

VI. — PREMIERS TRACÉS DES LACS

L’hydrographie historique des lacs afférents au fleuve Saint-Laurent n’est pas strictement connexe à celle de la rivière même, au point de vue des cartes dieppoises. Il nous a semblé néanmoins utile de chercher à découvrir quand, par qui et à l’aide de quels éléments furent tracées les premières délinéations lacustres de cette région.

En théorie, on est porté à croire que dès le milieu du xvie siècle les cartographes furent en possession des récits de voyageurs, aujourd’hui inconnus, qui les fixèrent sur l’existence de grands lacs dans le bassin du Saint-Laurent. Une étude critique de tous les documents sur l’histoire du Canada et des cartes où cette idée se trouve traduite, nous a convaincu que les uns et les autres, en France comme en Portugal ou en Italie, n’ont eu jusque dans les dernières années du xvie siècle qu’une source unique d information : le récit du second voyage de Jacques Cartier imprimé à Paris entre 1 544 et id45, ou plutôt la version italienne qu’en donna Ramusio dans l’année 1 553 ‘ ou en 1 5 5G1 2 seulement.

Le passage de la relation du navigateur malouin qui a fourni aux cartographes leurs seules données pour une description graphique des lacs situés à l’Ouest des premiers rapides du fleuve Saint-Laurent est le suivant :

Auons entendu par le seigneur Donnacona et aultres, que la riuière deuant dicte est nommée la riuière du Saguenay... Et que passé ledict Saguenay va ladicte riuière

1 Niceron, Mémoires pour servir à l histoire 2 Terzo volume délié Navigationi et Viaggi...

des hommes illustres, t. XXXV, p. 98. lu Venetia, l’anno 3IDLVI, in-folio.

entre en deux ou trois grunclz liiez d’eaue puis que on trouve vue mer doulce, de laquelle n’est mention auoir veu le bout, il ee qu'ilz ont oy par ceux du Saguenav : car il nous ont die t ny auoir esté2... »

Les cartes cpie nous allons citer ne donnent donc qu’une interprétation, plus ou moins intelligente ou arbitraire, de ce que Cartier raconte d’après les dires des naturels du pays et sans qu’il ait jamais pu les vérifier.

Fruste et chimérique comme pas une autre œuvre de ce genre, la carte anonyme ajoutée par Ramusio en i .553- 1 5 5G à la première édition du tome 111 de sa Raccolta et qui peut être désignée sous le titre de La Terra de Hoche- 'laga nel/a Nova Francia , semble être la première où se trouve dessiné un lac canadien. Dans cette carte, à l’Ouest de Terre-Neuve, on voit plusieurs grands fleuves communiquant entre eux, et innommés. Le plus important vient aboutir à un lac ouvrant sur la mer et qui serait plutôt un golfe. Le nom à'Angoulesme, inscrit en bordure sur la rive orientale, indique une erreur grossière dans la conception et la position du lac ainsi nommé dans les cartes dieppoises. Et cependant, comme on le verra bientôt, c’est à l’une d’elles que le cartographe de Ramusio a emprunté la délinéation de Terre-Neuve qui figure dans son œuvre.

Les plus anciennes cartes qui, après celle de Ramusio, représentent le

OKLA.NI-BEKTLLI . 11 1 • 1

bassin du Saint-Laurent d après des notions empruntées à la relation de Jacques Cartier, sont également vénitiennes. On y voit au Sud de ce fleuve, que l’inscription Ochelaj permet d’identifier, un grand lac, portant seulement la désignation Lago , et qui est complètement séparé de la rivière Saint-Laurent, mais sans en être très éloigné. Le premier spécimen de cette délinéation que nous ayons rencontré se trouve dans la carte de Paulo Forlani, publiée à Venise par Ferrando Berteli en 1 5G5 3 .

1 Ici le Ms. original ajoute : « fort larges ».

- Brief récit , et succincte narration , de la navigation f aide ès rsles de Canada, Ilochelaga et isaguenay... On le uend à Paris... par Ponce lloffet dict Faucheur, et Anthoine le Clerc frères , i 345, in-8°, f° 34, recto de la réimpression, Paris,

Thoss, i863. Ramusio, op. cit., édit, de i565, f° 45, recto, « Clie passato Saguenay entra detto liiime in duoi ô tre laglii grandi, poscia che si troua vnu mare d’acqua dolce, del quai non si troua huomo che habbia mai visto il capo et line, per quello clic hanno udilo dire da quelli di Saguenay.. . » Pour la version anglaise de Hakluyt, voir son Discourse conccrning Westerne planting, écrit en 1 5 8 4 . mais publié seulement en 1877,

Cambridge (Etats-Unis), in-8°, p. 28.

3 Universale descritlione cli lutta la terra conoscivta fin qvi. Paolo Forlani fecit... Ferando Berteli, libraro. 1 565. Muller. Remarkable Maps, part. IV. Cette même configuration se retrouve dans la Caria de navigare, de la même collection, part. n° 10 et Nordenskiôld, Periplus, p. 1 83 , n° 90, anonyme et non datée, 24 X 36' . Le savant Suédois, op . cit., p. 72, ne voit dans celle carte qu une copie à peine modifiée de la Navigationi dil ntondo noua de Nicolas Nicolay gravée à Venise en i56o par Paulo ni Foklani, de Vérone et publiée par Gio. Franc. Camosio. Ce n’est certainement pas le cas pour la région des Baccalaos et en particulier pour le bassin du Saint-Laurent où on 11c retrouve rien de la configuration que nous venons d indiquer.

CARTOGRAPHIE DES LACS

Des cartes italiennes d’abord, puis plusieurs cartes anglaises, ne tardèrent pas à donner à l’hypothèse des lacs canadiens un plus grand degré de plausibilité. Ce fut en les reliant à l’artère principale par un ou plusieurs embranchements, de formes et de positions parfois bizarres. C’étaient, nécessairement ici encore des interprétations du récit de Jacques Cartier, qu’on s’abstenait d’ailleurs de citer comme autorité. Les quatre principaux types sont les suivants :

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