‹ Découverte par mer des bouches du Mississippi [microforme]Chapitre 100 sur 504 · MARS 1699: PORTAGE POUR ALLER A LA MER · texte numérisé non relu

MARS 1699: PORTAGE POUR ALLER A LA MER

j'ay avec moy m'a montré l'endroit par où les Sauvages font leur portage du fond de la baye, où sont les navires mouillés, pour tomber dans cette rivière. Ils traisnent leurs canots par un assez beau chemin, où nous trouvasmes plusieurs bagages des gens qui y alloient ou en revenoient. Il me marqua que la distance d’un lieu à l’autre estoit fort petite. Ce Sauvage y a pris un paquet. Il me marque qu’il y a encore deux nuits jusqu’au village. Nous avons fait aujourd'huy cinq lieues et demyc. Il peut y avoir, d’icy au bas de la rivière, cinquante lieues. J’ay campé à la gauche de la rivière.

Le 10 mars, nous avons eu calme tout le jour; la rivière a fait aujourd’huy beaucoup de détours, du nord au sor-ouest, le ouest conservant tousjours sa route à l’ouest un quart nordouest. J'ay peu avoir fait cinq lieues au moins et j'ay campé à la [droite de la rivière, Le pays noye partout d’un pied; les bois sont beaux, grands, beaucoup de cannes.

Le 11°, il a plu tout le jour; j'ay séjourné. Sur le soir, deux matelots du Marin sont allez à la chasse pour tirer deux canards à une portée de canon du camp, le long du bord de la rivière. Ils ne se sont point rendus et se sont apparemment esgarez; j'ay fait tirer des coups de fusil et boisi:s de pierricrs.

Le 12°, j'ay envoyé huit hommes en différeuts endroits pour les chercher en haut et bas du camp et dans la profondeur

sans les trouver, tirant des coups de fusil. Ils ont trouvé leur

piste dans les cannes ct de là dans les bois francs, où ils les ont suivis longtemps et ont perdu leur piste. Le bois est le long de la rivière plein de cannes, à n’y pouvoir marcher jusqu'à demy-lieue dans la profondeur, après des bois francs et des cannes. Le pays ne noye pas à trois quarts de lieue dans

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la profondeur. J'ay resté tout le jour à attendre les deux Bretons du Marin. La chaloupe, que j'avois envoyée à deux lieues en haut pour {prendre les hommes, qui estoient en recherche des deux autres, a sondé au milieu de la rivière et a trouvé partout quatre-vingt-dix, cent et cent vingt pieds d'eau.

Le 13°, calme; à quatre lieues de la couchée, sur la gauche, j'ay trouvé une rivière de deux cents pas de large, venant de l’ouest,que le Sauvage, que j'ay avec moy, m'a nommée Rivière des Ouachas. A une lieue et demye au delà, j'ay trouvé deux canots de Sauvages : l’un estoit Ouacha, où il y avoit cinq hommes et une femme qui s’en alloient chez eux; l’autre, Bayogoula, de trois hommes et une femme; ils m'ont traité du bled d'Inde, dont je commencçois à avoir besoin. Le canot des Ouachas a suivi son chemin pour aller à son village, à deux jours d'icy, et l'autre a retourné aux Bayogoulas près d’icy, advertir de nostre arrivée. Il a tonné sur le soir, ce qui arrive souvent l’hyver icy.

Le 14°, j'ay décampé à six heures du matin. A trois lieues de la couchée et une lieue du desbarquement du village des Bayogoulas, j'ay rencontré un canot de bois ou pirogue, comme on les nomme aux isles de l'Amérique, dans lequel il y avoit quatre hommes de la nation des Mougoulachas, qui venoient m'apporter le calumet de paix, chantant à leur manière. Les ayant joints, ils me présentèrent à fumer de la part de leurs nations. Après quoy le porteur du calumet entra dans ma chaloupe, et nous nous rendismes au desbarquement du village sur le midy, et le Mougoulacha, que j'avois dans ma chaloupe, chantant à l'approche, élevant son calumet à hauteur de bras pour marque de joye et d'assurance. A

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l'approche du desbarquement, les Bayogoulas et Mougoulachas, qui sont deux nations jointes ensemble, et qui sont dans le mesme village, estoient sur le bord de la rivière, chantant à nostre arrivée. En desbarquantles deux chefs de chaque nation vinrent au devant de moy, me saluèrent à leur manière, comme je l’ay desjà descrit, me prenant sous le bras comme pour m'aider à marcher, et me conduisirent sur des peaux d'ours estendues au milieu de leurs gens, où je m'’assis, me donnant à fumer et à tous mes gens, auxquels ils firent de grandes embrassades. Le calumet, que j'avois donné aux Bayogoulas, estoit au milieu de l'assemblée, sur deux fourches de deux pieds de haut, où un homme de cette nation parmy eux estoit debout, le regardant tousjours et ne s’en esloignant pas. Ils me firent apporter à manger de la sagamité, du bled d'Inde et de ieur pain, et à tous mes gens. L'après midy se passa à chanter et danser. Le chef des Mougoulachas avoit un capot de serge bleue de Poictou, qu’il me dit que Tonty luy avoit donné en présent, quand il avoit passé, et conta plusieurs choses, une partie par signes. J'entendois beaucoup de mots d’eux, que j'avois pris par escrit la première fois que je les vis; du moins mon frère, qui se faisoit entendre passablement, s’y estant beaucoup attaché avec le guide, que j’avois pris dans la rivière, qu'il avoit dans son canot.

Nous parlasmes beaucoup de ce que Tonty avoit fait en passant, et du chemin qu'il avoit tenu, et des Quinipissas, qui me dirent qu'ils estoient sept villages de cette nation à huit iournées dans l’est-nord-est de ce village par terre. Je n’ay peu avoir des nouvelles d'eux de la fourche, dont les relations parlent, par laquelle je voulois descendre à la mer, afin de

connoistre les deux branches, me disant que le Malbanchia

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