‹ Découverte par mer des bouches du Mississippi [microforme]Chapitre 101 sur 504 · COLÈRE DE D'IBERVILLE CONTRE HENNEPIN · texte numérisé non relu

COLÈRE DE D'IBERVILLE CONTRE HENNEPIN

ne se fourchoit point, que Tonty n'avoit point passé par d'autre chemin que par chez eux, en allant et venant. Ce que je ne pouvois faire cadrer avec les relations qu'ils en avoient faites, surtout le Récollect, auquel je croyois devoir adjouster le plus de foy. Ils me firent des cartes de tout le pays!, me marquant que Tonty avoit esté chez les Oumas, de chés eux. Tout cela me mettoit dans un très grand embarras, la saison me pressant pour retourner, estant à quatre-vingt-dix lieues des vaisseaux et ayant un establissement à faire et le lieu à chercher propre à cela, et le Marin qui manquoit de vivres, Surgères, en le quittant, m’ayant demandé un ordre pour s’en aller dans six semaines, si je n’estois de retour, mes soldats se lassant d’aller tousjours à la nage contre un fort courant, revenant tousjours à la relation du Pere Récollect, qu'il avoit faite sur cette rivière, ne pouvant croire qu’il eust esté assez malheureux d’avoir exposé faux à toute la France, quoyque je sçeusse bien qu'il avoit menty en bien des endroits de sa relation sur ce qu'il disoit du Canada et de la Baye d'Hudson, où il mentoit impudemment. Je me résolus d'aller aux Oumas à cinq journées d’icy, croyant que ces Sauvages, qui n’estoient pas bons amis avec les Quinipissas, pouvoient par jalousie, pour m'empescher d'y aller, me desguiser la vérité; que, si je relaschois de là, sans autre preuve que Tonty y eust passé que celle que j'avois, on me diroit en France que je n’aurois pas esté dans le Mississipy, n'ayant pas trouvé les Quinipissas à trente lieues de la mer, les Tangibaos dont ils ont parlé, qu’ils avoient trouvés pillés et tués en passant. Les Bayogoulas me dirent que c’estoient les Oumas, qui avoient destruit le village des Tangibaos, qui faisoit un des sept des Quinipissas, et qu'à présent ils ne sont plus que six, ayant enlevé les

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familles qui restoient des Tangibaos et les ayant! menés chez eux, où ils sont encore à présent et où je les verray, que leur village n’avoit jamais esté sur le bord du Mississipy. A huit heures du soir tous les Sauvages se retirèrent à leur village, qui est à un quart de’lieue du bord de la rivière, où le pays ne noye pas; l’espace qui est entre deux noye d'un pied aux grandes eaux. Quatre de ces Sauvages restèrent à coucher avec nous.

Le 15°, à la pointe du jour, trois hommes vinrent nous apporter à fumer en céremonie et remettre mon calumet sur les fourches, où un homme resta à le garder. À huit heures du matin, je fus à leur village avec le sieur de Sauvolle, le Père Recollect et mon frère et deux de mes Canadiens. Je trouvay, à un quart de lieue de la Rivière, ce village auprès duquel il passe un petit ruisseau, où ils prennent l’eau pour boire. Il estoit entouré d’une palissade toute de cannes, à un pouce les unes des autres et de dix pieds de haut, sans porte qui fermast. Ils me vinrent recevoir à l'entrée du village et me conduisirent devant la cabane des Mougoulachas, où ils nous firent asseoir au soleil bien chaud, sur des clayes de cannes. Je leur fis là un présent, considérable parmy eux, de haches, couteaux, miroirs, aiguilles, chemises, couvertes. Ils m'en firent aussy un de leurs plus belles richesses, qui cstoit de douze peaux de chevreuil bien grosses, la plus part percées, que j’ay données à mes gens pour faire des souliers. Ils nous régalèrent de sagamité de pain. Pendant qu'ils faisoient leur partage de présents, je fus me promener dans le village avec le chef des Bayogoulas, qui me mena dans leur temple, sur lequel il y avoit des figures d'animaux, comme d'un coq peinturé de rouge. A l'entrée, il y a un appentis de huit pieds de large et long de douze, soustenu par deux gros

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