‹ Découverte par mer des bouches du Mississippi [microforme]Chapitre 102 sur 504 · MARS 1699. TEMPLE DES BAYOGOULAS · texte numérisé non relu

MARS 1699. TEMPLE DES BAYOGOULAS

piliers, avec une traverse qui sert de poutre. Au costé de la porte du temple il y a plusieurs figures d'animaux, comme d'ours, loups, oiseaux; au decà, celle d’un qu'ils nomment choucoüacha, qui est un animal qui a la teste faite comme un cochon de lait et aussy gros, le poil comme un blaireau, gris et blanc, la queue comme un rat, les pattes comme un singe, qui a une bourse sous le ventre, dans lequel il engendre ses petits et les nourrit. J'en ay tué huit, que j’ay bien examinés. La porte du temple a huit pieds de haut, deux et demy de large; le chef la fit ouvrir par un homme et entra le premier. C’estoit une cabane faite comme toutes les autres où ils sont logés, faite en douve large de trente pieds et ronde, bousillée de terre à hauteur d'homme. Au milieu, il y avoit deux buschers de bois sec vermoulu bout à bout qui brusloit; au fond, il y avoit un eschafaud, sur lequel il y avoit plusieurs paquets de peaux de chevreuil, d’ours et de bœuf qui estoient des présents offerts à leur dieu, sous la figure de ce choucoüacha, qui estoit despeint en plusieurs endroits de rouge et noir. Il y avoit une bouteille de verre double, que Tonty avoit donnée à ces gens : voylà tout ce que je vis dans ce temple. Delà je fus dans leur village et vis des cabanes, faites comme le temple à l’appentis près, les unes plus grandes, les autres plus petites, couvertes de cannes fendues et jointes ensemble proprement, sans fenestres. Ces cabanes tirent leur jour d'en haut par un trou de deux pieds de diamètre, sans pavez, ny plancher que de sable et terre sèche. Leurs lits sont sur quatre piliers, élevés de terre de deux pieds avec des traverses de bois roux, gros comme le bras environ, et une natte tendue là-dessus ; des petites cannes liées les unes contre les autres,

de manière qu'ils sont fort droits, mais peu mollement,

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n'ayant pour meubles que quelques pots de terre, qu'ils font assez proprement et délicats et bien travaillez. Tous les hommes sont nuds, sans s’apercevoir de l'estre. Les femmes n’ont qu'une braye faite d’escorce d'arbre, la pluspart blanc et rouge. La braye est faite de plusieurs brins d’escorce filés, tissus ensemble, de la hauteur de huit pouces par le haut, qui leur prend aux reins; le bas est par cordons d’un pied de long, descendans au-dessus du genouïil. Elles sont avec cela suffisamment cachées, les cordons estans tousjours en mouvement. Plusieurs filles de six à sept ans n’ont point de braye; elles se cachent avec un petit paquet de mousse, tenu par une ficelle qui leur passe entre les cuisses et se noue à une ceinture qu’elles ont. Je n’en ay veu aucune de jolie, elles se mettent leurs cheveux autour de la teste en paquet. Il y avoit dans ce village cent sept cabanes et deux temples, et il pouvoit y avoir environ deux cents à deux cent cinquante hommes, peu de femmes, la picote ', qu'ils avoient encore chez eux, leur ayant fait mourir le quart du village. Ils mettent leurs corps morts sur des eschafauds autour de leur village, fort près, élevés de terre de sept pieds, enveloppés dans des nattes de cannes et couvertes d’une en forme de toit de maison, ce qui pue beaucoup et amasse beaucoup de corbeaux aux environs. Ces Sauvages sont ies plus gueux que j'aye encore veus, n'ayant aucune commodité chez eux ny aucun ouvrage. Quelques uns ont des espèces de couvertes, faites d'escorce d’arbre tissée assez proprement, comme pourroit estre en France une grosse toile faite de chanvre blanchy. Les hommes sont tous de corps alerte, bien faits, de taille alerte, je crois peu aguerris, se tenant les cheveux courts ct

1 Petite vérole,

se matachant le visage et le corps. C'est un agrément aux femmes dese noircir les dents, ce qu'elles font avec une herbe pilée en mastic; elles durent noires du temps et redeviennent blanches. Les jeunes filles sont soigneuses de cela, le visage propre. Quelques unes ont le corps piqué et marqué de noir au visage et sur le sein. Ils ont dans leurs villages quelques coqs et quelques poules. Leurs déserts ne sont pas grands pour le monde qu'ils ont; le terrein est assez uny aux environs. Le pays est fort beau, de grands bois, meslez de toutes sortes, hors de pins. J’ay veu quelques pommiers sauvages, quelques pesches; il n’y a ni fraises, ni framboises, ni meures. Je m'en rétournay au camp joindre mes gens, où tout le village vint me conduire en chantant; le reste du jour se passa à se divertir les uns avec les autres, à chanter et à dar ser. Je leur ay fait tirer des boistes, qu’ils ont bien admirées. Je ne peus rien apprendre de ce que je voulois sçavoir. J'observay la latitude de ce village, qui est sur la gauche de la rivière en montant, estre de 31 degrez 2 minutes.

Le 16°, à huit heures du matin, je suis party pour aller aux Oumas, pour voir si je n’aurois point des nouvelles de la fourche, où Tonty dit dans sa relation avoir esté. Le chef des Bayogoulas s’est embarqué avec moy et a fait suivre un canot dans lequel il y a huit hommes de ses gens pour nous guider. J'ay fait aujourd'huy sept lieues et demye. A trois lieues de leur village, à la gauche en montant, il y a un ruisseau par où ils vont en canot aux Outimachas et aux Magenesito, à trois Journées d’icy, dans l’ouest, à six lieues et demye au dessus de leur village, à droit de la rivière. Ils m'ont montré la rivière par où ils vont aux Annocchy, gw’ils appellent Bilocchy. Ils nomment cette rivière Ascantia, et elle va à la

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