MARS 1699. ARRIVÉE A UN VILLAGE
tenant en sa main un calumet d'environ trois pieds de long, enrichy de plusieurs plumes d'oiseaux de diverses couleurs. Il estoit député du chefdes Mougoulachas; nous nous en vinsmes ensemble, sans nous arrester aux cérémonies “u calumet, qui sont très longues, comme on le verra par la suite. Lorsque nous fusmes près le village, l'ambassadeur et ses associez chantèrent plusieurs chansons de paix, ex faisan' quantité de hurlemens. Les Sauvages s'assemblèr:nt sur une éminence, au bord de l'eau, d'environ six pieds de hauteur, dont ils avoient
coupé les cannes pour nc15 recevoir. Sur les quatre heures
du soir nous arrivasmes à ce lieu de plaisance, où nous trouvasmes les cannes coupées, qui ont plus de vingt-cinq pieds de hauteur, droites comme un jonc, grosses d'un pouce ct demi, si touffues, qu'il est difficile de marcher dedans. Le chef avoit plus de soixante Sauvages, parmi lesquels il y avoit quelques femmes, ce qui est la plus grande marque d’amitié quand ils les amènent. M. d'Iberville fut salué à la manière des Sauvages; ils commencèrent à lever les mains au soleil, coinme par admiration, puis ils passèrent les mains doucement sur le ventre, ce qui est une très grande caresse parmi eux. Ils en firent de mesme à MM. de Sauvolle et de Bienville,et au Père Anastase, ensuite à nos gens. Nous leur rendismes la pareille. Ils nous firent asseoir sur des cannes, sur lesquelles ils avoient estendu une peau d'ours; ils présentèrent le calumet de paix, que nous acceptasmes. Le chef s’assit au milieu de nous, les autres Sauvages firent la mesme chose à nos gens, les uns après les autres, et les firent tous fumer. On apporta ensuite quantité de bled d’Inde, différemment appresté, dont il y en avoit en pain tant rond que long, qu’ils font cuire sous la cendre après que les femmes ont pilé
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