MARS 1000, D'IBERVILLE S'INFORME DE LA FOURCHE
gnée; ils nous firent entendre qu'il n’y en avoit pas. Nous creusmes qu’ils nous disoient cela afin que nous nous fussions establis parmy eux, ce qui estoit impossible, estant trop avancés dans la rivière, outre qu’elle serpente d'une si grande force qu'en six lieues de chemin il faut faire presque le compas. Nous marquions la rivière sur du papier avec du crayon, ce qu’ils concevoient assez bien. Ensuite nous leur donnions le crayon pour marquer la fourche à l'endroit où l’on croyoit qu'elle estoit, en leur montrant le lieu où nos vaisseaux estoient, qu'ils appellent en leur langue Pinanis, qui signifie canots; ils persévérèrent toujours à nous dire le contraire et qu'il n'y avoit pas de fourche. A la fin, lassés de nos demandes, ils nous firent entendre qu’il y en avoit une par laqueile ils avoient monté, mais qu’il n’y avoit pas d’eau, et qu'il leur avoit fallu porter plusieurs fois leurs canots. Enfin, sur les onze heures, ils firent un feu proche nos tentes pour se coucher, à cause du froid, n'ayant presque rien pour se couvrir; nous nous retirasmes jusqu’au lendemain matin. J’avois oublié de dire que le calumet que M. d’Iberville avoit donné au chef des Bayogoulas, à la grande terre à quatre lieues de nos vaisseaux, #stoit de trois à quatre pieds de long, fait d'acier, et à l'endroit où l’on mettoit le tabac, sur le bout duquel il y avoit un pavillon blanc, on avoit gravé les armes du Roy. Ils mirent du tabac dedans, qu’ils aillumèrent et le présentèrent pour fumer à M. d’'Iberville, après à M. de Sauvolle, à M. de Bienvilleet au Père Anastase, qui feignit de fumer. Ils firent deux petites fourches, de la grosseur du doigt et de Îa
hauteur de trois pieds, sur lesquelles ils le posèrent. Ils firent
aussy un sac de peau pour le mettre; enfin ils ont une très
grande estime pour ce calumet. Je vais présentement faire
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