MARS 16009. PORTRAIT DES SAUVAGES
voir leurs manières, leurs mœurs, leur nourriture et leurs habillements. Entre autres, celui du chef des Mougoulachas, qui estoit vestu d'un capot bleu à la Canadienne, ses bas pareils avec une cravate d’une vilaine estofle rouge, qui luy avoit servi autrefois de brayer, le tout donné par M. de Tonty, qui
avoit descendu le fleuve pour trouver M. de La Salle. T1 estoit
d'une fierté inconcevable, ne rioit jamais, et regardoit fixement les gens. Pour ce qui est des autres, ils ne sont vestus que d'une meschante peau de chevreuil ou d'ours, qui les couvre depuis les genoux jusqu'aux espaules, selon que la peau est très grande. La pluspart sont tout nuds, pe5 mesme leurs nudités cachées, avec un peu de mouches autour de leurs verges, dont je n'ay peu descouvrir la cause. Pour ce qui est des femmes, elles ont une grande peau d'ours qui les couvre, outre une espèce de brayer, qui les prend depuis la ceinture jusqu'aux genoux, ayant toutes leurs seins, ventre et gorge descouverts. Ils ont tous les cheveux coupés et mesme arrachés autour du front aussi bien que la barbe; ils laissent seulement une petite poignée de cheveux au haut de la teste, où ils attachent plusieurs plumes d'oiseaux de diverses couleurs. Ils en mettent encore au-dessus de leurs fesses, qui sont comme des queues de chevaux, qui leur pendent par-derrière avec des grelots et de meschants morceaux de cuivre, comme des pattes de nos chandeliers, mais beaucoup plus minces; de sorte que, quand ils dansent, cela fait un bruit que l’on diroit que ce seroit un messager qui arrive dans une ville. [ls ont encore autour de leurs bras quantité de manilles; outre cela, ils ont le visage tout barbouillé, le tour des sourcils rouge de vermillon, la
moitié d’une joue noircie et le nez percé, auquel il pend un