MARS 1600. MŒURS ET USAGES DES SAUVAGES
leurs trophées. Nous retournasmes à nos cabanes sur les onze heures. Sur le midy, ils vinrent à nos tentes avec le chef qui avoit vestu l’habit que M. d'Iberville luy avoit donné. Quelque temps après, les Sauvages arrivèrent en foule au bord de l’eau, qui apportoient du bled d'Inde en plusieurs manières, en espis et en pain, ce qui nous fit beaucoup de plaisir, parce que nous n'avions pas de vivres, et ne savions pas le chemin que nous avions à faire. Tous nos gens allèrent au village, qui trafiquèrent des peaux d'ours et de chevreuil passées pour des couteaux et autres bagatelles qu'ils leur donnèrent. Je visdansle milieu du village, quiestcomme unegrande place d'armes, deux grands pieux, de la hauteur de quarante pieds, devant leur temple, sur lesquels deux chevelures estoient posées. [1 y a un chef, qui a soin du feu du temple. Le village est composé de quatre à cinq cents personnes des deux sexes, tant grands que petits, avec de grandes huttes faites en dôme, dans lesquelles ils couchent plusieurs sur des nattes, qui sont soulevées de quatre piquets, de la hauteur de trois pieds de terre, sous lesquelles ils mettent du feu pour la nuit, afin de tenir leurs maisons ou cases chaudes, parce que les nuits y sont très froides et qu'ils n’ont que quelques peaux remplies de pièces pour se couvrir. Leurs champs, où ils font leur mil, sont auprès de leurs villages, qu'ils beschent avec des os de bœufs; ils passent la pluspart de leur temps à jouer dans cette place avec de grands bastons, qu'ils jettent après une petite pierre, qui est presque ronde, comme un boulet. Quand il leur meurt du monde, ils les portent à cinquante pas de leur village, sur quatre piquets, où ils mettent le corps,
couvert de nattes dessus et dessous, fait comme um cercueil
haut de quatre pieds de terre, auxquels ils portent à manger.
ou