MARS 1609. MAI HAUT DE TRENTE PIEDS
pour la mer, en retournant à nos bords. Sur les trois heures après midy, nous mismes à terre près d’une petite rivière, qui est comme un lac, où les Sauvages nous firent entendre qu’il y avoit beaucoup de poisson; nous y trouvasmes plusieurs cabanes, couvertes de lanières, faites par les Ommas, qui y viennent en chasse et à la pesche. Ils y avoient mesme planté un bois de trente pieds de hauteur avec des arestes de poisson. Nous mismes nos filets dans le lac, que nous ne levasmes que le lendemain. Quelques uns de nos gens furent à la
chasse, Ils virent des bœufs et des chevreuils, qui disparurent
dans les cannes. Deux de nos gens, que nous avions laissés à
la chasse deux lieues plus bas, vinrent par terre à nos cabanes, qui nous dirent avoir veu un crocodile d’une grosseur prodigieuse. Nous fismes dans nostre journée cinq lieues, parce que les vents nous favorisèrent beaucoup.
Le mercredy 18°, nos canots et celuy des Sauvages vinrent nous joindre. Nous partismes aussitost après avoir levé nos filets, dans lesquels nous ne trouvasmes qu’une barbue. Pour nos gens, qui estoient restés deux lieues plus bas, ils trouvèrent un ours, que les Sauvages leur montrèrent dans le creux d'un arbre. Un des Sauvages monta au haut de l'arbre avec un tison qu'il laissa tomber dans le creux et descendit à bas; l'ours aussitost, sentant le feu, monta au haut de l'arbre. M. de Bienville tira quelques coups de fusil et le tua. Des Sauvages le prirent, luy faisant entendre qu'ils luy avoient montré. Il le leur céda facilement. La rivière serpente depuis l'ouest jusqu’au nord-est; ensuite elle vient à l’ouest par le nord. Sur les trois heures, les Sauvages nous montrèrent une petite rivière, dont l’eau ne couroit point, par laquelle ils
nous disoient que nous eussions abrégé nostre chemin de plus