MARS 1099. VILLAGE DES OMMAS
nous le mangeasmes, quoyque le ventre commençast desjà à sentir. Les Sauvages firent aussi boucaner l'ours, que M. de Bienville avoit tué le mardy précédent, et nous en donnèrent, ce qui fit faire un bon repas à nos gens. Sur les six heures du soir, nous cabanasmes à trois lieues des Ommas. Nous tirasmes un coup de pierrier pour les advertir. Nous fismes dans nostre journée six lieues.
Le vendredy 20, après avoir fait des marques, comme nous avons fait partout où nous avons couché, nous nous embarquasmes de grand matin. Le fleuve serpente depuis l'est-nord-est jusqu’à l’ouest par le nord. La brume estoit si espaisse, que nous ne peusmes pas voir une isle qui est environ une lieue plus bas que les Ommas. Sur les dix heures, nous arrivasmes au bord de la rivière, où les Gmmas attendoient. Nous trouvasmes trois des principaux de ieur nation, qui chantoient, tenant à la main un calumet; ils presentèrent à nos messieurs à fumer, ensuite à nos gens. Nous partismes à onze heures avec les Sauvages, M. d'Iberville, Sauvolle, Bienville, le P. Anastase et quatre Canadiens, pour le village. Le chemin est très difficile : la première demi lieue des cannes est fort espaisse; ensuite il fallut marcher une demi lieue dans l’eau; après, des montagnes fort hautes et difficiles à descendre, estant obligez de marcher fort viste pour suivre les Sauvages, qui, n'ayant rien qui les embarrasse, marchent fort bien. Estant sur une montagne, à la veue du village, nous nous reposasmes, estant tous en sueur à cause de la chaleur et de la vistesse dont nous avions marché. [ls nous donnérent à fumer, et celuy qui nous avoit dit d’arrester courut
au village; il revint un moment après, nous fit signe que
nous pouvions entrer. Aussitost nous nous mismes en
marche. Estant arrivez aux premières cabanes, comme il pleuvoit, nous nous mismes un moment à l'abry. Estant passés, nous entrasmes; estant à la grande place, nous vismes les trois chefs qui vinrent au milieu de la place nous recevoir avec chacun une croix à la main. Ils nous menèrent dans le temple à cause de la pluye, nous firent asseoir sur des nattes, nous donnèrent à fumer; ensuite ils nous apportérent à manger du bled d'Inde et des citrouilles, et firent protestation d'amitié. M. d'Iberville leur donna des haches, de la rassade deux chemises, une couverte, des couteaux, miroirs, aleines et grelots, leur fit entendre qu’il leur donneroit autre chose, quand ils iroient au canot, ce qu'ils comprirent fort bien. Ils se levèrent tous pour le remercier. criant trois fois : « Hoû! hoû! hoû! » et estendant les bras, ce qu’ils n’obmettent jamais, quand ils se donnent quelque chose les uns aux autres. Le chef distribua les présents, le remerciant tout de mesme. La pluye estant finie, on estendit des nattes sur la place proche la cabane du chef, où ils nous donnèrent à fumer de moment en moment ct apportèrent ensuite à manger. On disposa tout pour nous donner le divertissement. Ils dansérent plusieurs danses les castagnettes à la main, les femmes et les filles meslées avec la jeunesse, matachées et accommodées à leur façon, lesquelles, quoyque Sauvages, faisoient fort bien. Le soir estant venu, ils entrèrent dans la cabane du chef, où ils plantèrent un fagot de cannes sec, dansant jusqu’à minuit, en nous donnant à fumer continuellement, le chef ne nous quittant pas. C’estoit un vénérable vicillard de soixante ans Ils nous laissèrent seuls dans la cabane à minuit. Jay oublié de dire qu’estant party à quatre heures et demie pour m'en
retourner, ils me vinrent prendre par le bras pour me faire
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rester, disant que je n’avois pas de temps assez. En effet, ils sont à deux ou trois grandes lieues de la rivière. Nous les interrogeasmes sur la fourche de la rivière sans pouvoir rien apprendre, ce qui nous attrista beaucoup, ne sachant quel party prendre, croyant tousjours qu’ils nous vouloient tromper.
Le samedy 21° au matin, nous les interrogeasmes encore pour apprendre des nouvelles de la fourche, sans pouvoir rien apprendre. Nous voulions partir du matin, maisilsnousdirent d'attendre, que les femmes piloient du mil pour nous, qu'ils descendroient au bord de l’eau, d’abord qu’elles l'auroient pilé. En mesme temps, six de nos gens armés arrivèrent, estant en peine de nous. Nous partismes entre dix ct onze. En sortant de la cabane du chef, on tira cinq coups, Estant aux dernières cabanes, on fit une seconde descharge, et sur la hauteur où nous reposasmes, on en fit une troisiesme de toutes nos armes. Les Sauvages vinrent nous accompagner, et toutes les femmes aussi, qui pleuroient nostre sortie, A une heure après midy, nous arrivasmes à nos cabanes. Nous informasmes nos gens de tout ce qui s’estoit passé le jour précedent à nostre réception. Ils offrirent des femmes à nos messieurs, dont ils les remercièrent, ce qui est une marque de bonne amitié et de l’alliance, qu'ils veulent faire avec nous. Deux heures après que nous fusmes arrivez à nos ca-
banes, le chef avec quantité de Sauvages vinrent chargés de
bled d'Inde accommodé comme auparavant. Les chefs, te-
nant à la main chacun une croix de bois, firent le tour de la croix que nous arions plantée processionnellement, jetant du tabac dessus et autour, chantant à leur manière. Ensuite ils
présentèrent le calumet à nos messieurs; un des principaux
harangua pendant une demy heure M. d'Iberville, où tout le monde parut fort attentif, quoyque nous ne sceussions ce
qu'il disoit,. Toute la jeunesse dansa au feu du flambeau,
qu'ils allumèrent jusqu'à minuit, au bruit de deux morceaux de bois qu’ils frappoient l'un contre l’autre. Sur le soir, M. d'Iberville fit quantité de présens , comme un beau tapis d'escurlate brodé tout autour, avec des haches, des couteaux, de la rassade, des miroirs et autres choses; ils le remercièrent à leur manière, comme j'ay dit cy-dessus. Ils Iuy avoient fait présent auparavant de quantité de peaux de chevreuil et d'ours. Dans la nuit, le chef partagea aux Sauvages principaux tout ce que M. d'Iberville leur avoit donné. Pendant la nuit, plus de quarante Sauvages des deux sexes furent à leur village chercher du bled d’[ade qu’ils nous apportèrent, avec quantité Ge citrouilles et quelques volailles qu'ils apportèrent le lendemain.
Le dimanche 22°, le chef des Bayogoulas, qui estoit venu avec nous de son village, harangua M. d’Iberville, et celuy des Ommas aussi; ensuite ils chantèrent autour de nostre croix et luy jetoient du tabac de temps en temps, comme s'ils l’eussent voulu encenser. Le jour précédent, M. d’Iberville leur demanda s’il y avoit encore loin jusqu’à la fourche. Ils nous firent entendre qu'il n’y en avoit point, comme j'ay desjà dit. On leur traça la rivière avec un crayon, et on leur marqua les nations qui sont dessus. [ls persistèrent toujours à nous dire le contraire. Nous creusmes que le chef des Bayogoulas leur avoit défendu pour les raisons que j'ay desjà dit. Nous leur demandasmes s’il y avoit loin pour aller aux Coroas, qui est une nation au-dessus, marquée dans la
Relation de M. de La Salle. Ils nous firent entendre qu’il y
avoit cause estoit avion Sur li chef « rent :
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chef, sont de It dire Omr ils ve estar pent par t sont tions terre cette Apri estoi fleux nus.
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