‹ Découverte par mer des bouches du Mississippi [microforme]Chapitre 175 sur 504 · MARS 1609. UN TAENSA FAIT UNE CARTE DE LA RIVIÈRE · texte numérisé non relu

MARS 1609. UN TAENSA FAIT UNE CARTE DE LA RIVIÈRE

avoit neuf journées, Nous feignismes d'y vouloir aller, à cause qu'il y avoit un Sauvage qui devoit venir avec nous, qui estoit Taensa, nation plus haut dans a rivière, auquel nous avions fait des présens pour nous dire où estoit la fourche. Sur les dix heures du matin, nous nous embarquasmes. Le chef des Ommas avec quelques principaux d'entre eux vinrent conduire M. d’Iberville sous les bras, jusque dans sa chaloupe; ceux des Bayogoulas firent de mesme à M. de Sauvolle, à qui ils avoient donné un calumet; le matin, les Ommas la mesme chose à M. de Bienville. Ils s’'embarquèrent huit dans un canot, parmi lesquels estoit la femme du chef, qui venoit nous conduire jusques aux Chelouels, qui leur sont amis. M. d'fberville prit dans sa chaloupe le Taensa, afin de luy faire descouvrir la fourche, qui persista toujours à dire qu’il n'y en avoit pas. Il nous fit entendre que ceux des Ommas nous attendoient dans trois jours à leur village, où ils vouloient nous régaler, de l’autre costé de la rivière, n’en estant esloïgnés que de deux petites lieues, tant la rivière serpente, y ayant dix-huit lieues à faire par eau et pas quatre par terre. Il luy fit la carte de toute la rivière, des nations qui sont dessus, et des rivières qui se rendent dedans avec les nations qui sont dessus. Ayant fait une lieue, nous mismes à terre tant pour disner que pour interroger les Sauvages sur cette branche; ils nous dirent qu'il n’y en avoit point, Après deux heures de reflexion, M. d’Iberville, voyant qu’il estoit inutile de monter plus haut, résolut de redescendre le fleuve et retourner à nos vaisseaux par où nous estions venus. Sur les trois heures, nous nous embarquasmes dans nos chaloupes, et nous mismes pied à terre aux Ommas. Aussitost que nous fusmes arrivés, M. de Bienville avec deux

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Canadiens montèrent au village, qui est esloigné du bord de l'eau de deux lieues et demie ou trois lieues par des chemins fort difficiles. Nonobstant cela, ils y arrivèrent sur les six heures, où il trouva les Bayogoulas, que nous avions laissés au bord de l’eau quand nous partismes, auxquels il demanda s'ils vouloient venir avec nous à leur village, et que nous partirions de grand matin, et que nous avions mis à terre aux Ommas pour les prendre. Ils promirent qu'ils se rendroient de grand matin au bord de la rivière, et que nous descendrions avec eux à leur village. Ils partirent sur-le-champ, et ils arrivèrent à nos tentes sur les huit heures du soir. Ils nous dirent que les femmes avoient pleuré nostre départ, et la peine que nous avions dans un si long voyage. Les femmes pleurtèrent en nous voyant, se ressouvenant de leurs pauvres morts. Trois femmes arrivèrent peu de temps après, chargées de citrouilles. à qui M. d'Iberville donna des grelots; elles promirent de retourner le lendemain matin. Trois Bayogoulas arrivèrent chantant, qui nous firent mille protestations d'amitié.

Le lundy 23, le chef des Ommas, avec deux des princi-

paux, vinrent avec une petite croix de bois, chantant autour

de nostre croix, jetant du tabac dessus, et tous ceux du village arrivèrent ensuite, les uns chargés de pain de bled d'Inde, les autres du bled en grain que nous agréasmes; en: suite le chef présenta le calumet à nos messieurs à l’ordinaire. M. d'Iberville leur donna des haches, couteaux, rassade, miroirs et d’autres choses en récompense de leur bled d'Inde, dont ils le remercièrent à leur manière, qui est de crier par trois fois debout : « Ho! ho! ho! » fort long et fort bas.

Ce village est composé de six à sept cents personnes, qui sont

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