MARS 16009. VIOLENCE DU MISSISSIPI
beaucoup plus civilisées et honnestes que les premiers. M. de Tonty y a passé quand il a descendu pour trouver M. de La Salle l’année 1686, dans le mois d'avril. Ils mettent leurs morts sur des piquets, comme ceux de l’autre village, et lorsque quelqu'un tombe malade, il y a deux hommes qui chantent pour chasser le mauvais esprit. L'endroit où nous mismes à terre pour aller au village est élevé de dix à douze pieds de hauteur, qui inonde dans les desbordemens de plus d’un pied par-dessus la terre par la grande quantité d'eau qui vient d'en haut, quand les neiges fondent, qui est ordinairement à la fin d'avril ou au commencement de may, et par plus de trois cents rivières, qui se deschargent dedans le fleuve. Il déracine tous les arbres qu'il rencontre dans son chemin; nous le vismes assez par ceux que nous rencontrasmes dans la rivière, qui descendent au gré du courant ct sur une multitude d'islets noyés, qui sont plus de deux lieues à l'est de son emboucheure, qui sont couverts d'arbres morts, que les vents et les courants jettent dessus. Nous y avons mesme trouvé l'eau saumastre autour de ces islets, tant sa rapidité est grande. En ce temps-là, tout le pays que nous avons veu en montant la rivière inonde. Sur les dix heures, nous nous embarquasmes dans nos chaloupes. Ils conduisoient M. d'Iberville et Sauvolle par-dessous les bras. Nous leur criasmes trois fois : « Vive le Roy! » Ils nous respon-
dirent à leur manière. Nous fismes dans nostre journée dix
lieues ; nous vismes que nous avions abrégé le chemin, par le
portage que nous fismes le 18, de plus de six lieues, quoyqu'il n’y eust que cent pas à traverser de l'autre costé de la rivière. Sur les six heures du soir, nous cabanasmes; nous
tismes la chaudière d'un chevreuil, que nos canots d’escorce