MARS 1009. ARRIVÉE CHEZ LES MOUGOULACHAS
stribord, en entrant, peut avoir dix pieds de hauteur, sur le bout de laquelle il y a un grand arbre; la pointe de babord est beaucoup plus basse, n'ayant qu'environ cinq pieds de hauteur, et est beaucoup plus enfoncée et à vingt pas au large de la pointe. Il y a plusieurs arbres dans l'eau, que la rapidité de la grande rivière a entraisnés. La terre est formée comme un petit enfoncement; elle peut avoir dix pas de large. Lorsqu'on est à son entrée, le fleuve a une portée, qui reste à l'ouest quart de nord-ouest à la pointe d’un boucanier. Son milieu court droit au nord jusque par delà cette pointe en montant, et à ouest quart de sud-ouest, en descendant plus d'une demi-lieue. Sur les sept heures du soir, nous arrivasmes aux Mougoulachas, où nous tirasmes, en arrivant, un coup de pierrier, pour advertir les Sauvages de nostre arrivée, quoyque ceux qui estoient avec nous montèrent au village quelque temps après. Plusieurs Sauvages vinrent aussitost à nos tentes chantant; ils présentèrent le calumet à M. de Sauvolle. Ils nous dirent que nos deux hommes estoient à leur village, ce qui nous causa une joye qu'on ne sçauroitexprimer, les croyant morts dans le bois. Dans cet intervalle, on prit la besace du Père Anastase, dans laquelle estoient son bréviaire et un petit manuscrit de tout ce qui s'estoit passé dans le rovage. Il crut qu'elle avoit esté desrobée par un Sauvage, qui s'estoit embarqué avec luy aux Ommas, parce qu'il avoit tousjours les yeux dessus, quand il disoit son breviaire. Cela le rendit inconsolable.
Le mercredy 25°, jour de l’Annonciation de la Vierge, sur les six heures du matin, le Père Anastase alla avec nos Mes-
sieurs au village, eux pour des vivres et le Père pour son
bréviaire; il se plaignit au chef que les gens qui estoient ve- LV, 18