MARS 1699. NOTES DU P, ANASTASE PERDUES
nus hier au soir à nos tentes, qu'ils appellent Scouquas, luy avoient volé son bréviaire. Il conçut aussitost la chose. 1] fit crier trois fois pour les faire assembler tous, ce qui fut fait dans un instant, et leur demanda à tous s'ils ne l’avoient pas trouvé. Durant ce temps-là, le Père pleuroit afin de les toucher davantage. Ces pauvres gens parurent si déconcertés de cette demande, qu'ils s’entre-regardoient sans rien dire; enfin on ne le put trouver, quelque recherche qu’on en fist. Il fut obligé de s’en retourner, après avoir esté à toutes les cabanes pleurant. Parce qu’on vouloit partir, on fit entendre au chef que nos Messieurs l’attendoient au bord de l’eau. Il fit signe qu'on piloit du bled d'Inde pour nous faire du pain, ce qu’on dit à M. de Sauvolle, qui estoit commandant en l'absence de M. d'Iberville. M. d’Iberville, pendant ce temps-là, traita un Sauvage de douze à treize ans esclave pour un fusil, une corne de poudre, un tire-bourre et quelques balles. Ce
pauvre enfant avoit si grand regret de quitter ces Sauvages,
qu'il pleuroit incessamment sans pouvoir l'empescher. Le matin que nos Messieurs furent au village, le chef des Mougoulachas donna à M. de Sauvolle une lettre de M. de Tonty. escrite des Quinipissas, au mois d'avril 1686, à M. de La Salle, par laquelle il marquoit qu'il avoit descendu le fleuve avec vingt-cinq François, cinq Illinois et cinq Chaouanons, deux nations habituées dans la rivière des Illinois, où M. de La Salle avoit fait bastir le fort Saint-Louis. Ils faisoient en tout trente-cinq hommes. Il luy marquoit qu'ayant appris qu'il avoit un vaisseau perdu, et qu’il avoit guerre avec les Sauvages de la mer, il estoit descendu pour luy donner secours, et luy mandoit toutes les nouvelles du Canada. Il luy disoit ensuite qu'il avoit fait, lu paix avec toutes les nations de la