JANV. 1700. D'IBERVILLE PASSE LE LAC PONTCHARTRAIN
désert, où j'ay fait planter des cannes de sucre que j’ay apportées de Saint-Domingue. Je ne sçay si elles prendront; elles sentent beaucoup l’aigre et le dedans est jaune.
Le 19°, j'ay envoyé mon frère avec trois canots et onze hommes au village des Bayogoulas, pour leur faire sçavoir l'arrivée des navires, et sçavoir ce qui se passe chez eux et les nouvelles qu'ils ont d'en haut, et raisonner avec eux sur les endroits qui noyent au bas de la rivière. Je n'ay pû envoyer avec luy le Sauvage Bayogoula que j’avois mené en France et ramené, estant tombé malade.
Je m'en suis retourné joindre mes felouques ; il a plu beaucoup la plus grande partie du jour.
Le 20°, je suis parti avec mes deux felouques et j’ay passé le lac de Pontchartrain, que je trouve avoir de long onze lieues est et ouest, et quatre et cinq lieues de large, et quinze, seize, dix-sept et dix-huit pieds d’eau dedans. La petite rivière du portage est nord et sud de celle par où je descendis l’année dernière du Mississipi, à quatre lieues l’une de l’autre; le costé du sud du lac est bordé d’une prairie de demi-lieue et une lieue de large, après quoy on trouve les grands bois, qui paroissent un beau pays à habiter. Je suis venu coucher à trois lieues de la sortie du lac; les isles y sont couvertes de prairies, d’où sort une rivière d’eau douce venant du nord.
De la sortie du lac, pendant quatre lieues et demie de pays, ce sont des isles d’herbes; quelques-unes noyent. Elles seroient très belles à faire des pacages. La terre ferme du nord de ces isles est un pays de pins meslez de bois francs. Le fond est sablonneux, il y paroist plusieurs pistes de bœufs sauvages et chevreuils.
Le 21°, il a fait un assez gros vent de nord; je n’ay pu faire