LES FRANÇAIS ARRÉTENT DES SACRIFICES HUMAINS
pour les offrir à l'Esprit en sacrifice pour l’apaiser. » Ce que cinq de ces femmes firent, luy apportant leurs enfans, qu'il prenoit et les jetoit au milieu de ces flammes. L'action de ces femmes a esté regardée d’eux comme une des plus belles que l'on puisse faire, de manière qu’elles suivirent ce vieillard, qui les amena en cérémonie à la cabane de celuy qui devoit estre fait chef de la nation, car il y avoit peu que le chef estoit mort. Ils avoient coustume, à la mort de leur chef, de tuer quinze ou vingt hommes ou femmes pour l'accompagner, disent-ils, dans l’autre monde et le servir. Plusieurs, à ce que l'on dit, sont ravis d’estre de ce nombre. Je doute fort de cela. Ce vieillard, dont j’ay parlé ci-dessus, disoit que l’Esprit s'estoit fasché, parce qu’à la mort du dernier chef on n'avoit tué personne pour l’accompagner, et qu'il estoit luymesme fasché, qu'il faisoit brusler le temple, accusant les François, que c’estoient eux qui estoient cause de ce malheur, parce que M. de Montigny, s'estant trouvé au village à la mort du chef, avoit empesché que l’on ne tuast personne, de quoy tout le monde de la nation parut fort content, hors ce grand prestre. Ces femmes sanctifiées et consacrées à l'Esprit par l’action qu'elles venoient de faire, c'est comme les nomment plusieurs de ces Sauvages, estant menées chez le prétendant à la couronne, furent caressées, fort louées des anciens, et on les revestit chacune d’une couverture blanche, qu'ils font d’escorce de meurier, et on leur mit à chacune une grande plume sur la teste, et parurent toute la journée à l’entrée de la cabane du chef, assises sur des nattes de cannes, destinant cette cabane pour servir de temple, où le feu fut allumé, comme ils ont coustume de faire.
Toute la nuit du 18° aux rof et 20°, ces femmes et ce vieil-
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