MARS 1700. D'IBERVILLE AU FORT DU MISSISSIPI
tenoit qu'à eux d’en faire autant et d’estre de nos amis, en cessant de faire la guerre aux Nadchés et aux Colapissas et Chaquitas ; que, s'ils ne faisoient la paix avec eux, j'allois armer ces nations de fusils, comme ils en avoient, par le moyen desquels ils ne pourrcient résister à tant de Sauvages armés contre eux, au lieu que, faisant la paix avec ces nations, nous serions tous amis, ne faisant qu’un, ce qui leur seroit avantageux par le commerce qu'ils pourroient faire avec nous, qui leur donnerions à un quart meilleur marché les marchandises que ne faisoientles Anglois, qui ne prennent d’euxque les peaux de chevreuil, tandis que nous, nous prendrions les peaux de bœuf, dont ils ont une grande quantité et ne font rien.
Le 26°, je me suis rendu aux Bayogoulas, à dix heures du matin, où je trouvay deux de ces voyageurs qui y estoient restés à garder leurs bagages. Quatre de ces gens sont avec mon frère, et les autres avec moy, qui sont dans le dessein de descendre au fort et d’aller aux vaisseaux pour y trafiquer le peu de castors qu’ils ont, qui me paroist en bien petit nombre. Je suis parti du village à midy avec mon frère de Chasteaugay et un homme, pour aller au fort en canot d’escorce, où je me suis rendu le 27°, à neuf heures du soir, ayant fait quarante-deux lieues en trente-quatre heures de marche. J'y ay trouvé le sieur Duguay, arrivé depuis huit heures. Je me vais disposer à partir pour les vaisseaux, où je me vais rendre pour aller courir la coste à l’ouest jusqu’au 15° de may, mon frère ne devant pas revenir plustost, luy ayant donné du temps mesme jusqu’au 25°.
Le 28e, j'ay esté visiter une rivière qui est à un quart de
lieue derrière le fort, que j’ay trouvée d'eau douce, large de vingt pas, profonde de douze pieds, bordée des deux