AVRIL 1700. SOUCHITIONIS ET NATCHITOCHES
de vers à soie pendues aux branches des saules. Poylà un bon mestier pour tempérer les feux de jeunesse. Nous ne laissons pas de chanter et rire, pour faire voir à nostre guide que la fatigue ne nous fait pas de peine et que nous sommes d'autres hommes que les Espagnols.
Le 6°, nous avons fait trois lieues et demie au ouest surouest, où nous avons trouvé un grand lac dont nous avons esté obligés de faire le tour, faisant deux lieues et demie au sud quart sud-est, et sommes revenus au ouest surouest deux lieues, où nous avons rencontré deux cabanes de Natchitoches qui ont pris la fuite en nous voyant. Nostre guide les a rasseurés, et ils sont revenus à nous; on les a bien traités. On ne peut aller à leur village qu’en canot {dont ils n’ont que deux), à cause du desbordement des eaux de la rivière.
Le 7°, je pris les deux pirogues et m'en suis allé avec la moitié de mes gens. J'ay fait quatre lieues au surouest et me suis rendu au village des Souchitionys, où j’ay esté bien receu. J'ay renvoyé aussitost les deux pirogues quérir le reste de mon monde. Je couchay à ce village; les Natchitoches sont environ à une lieue d’icy, qui sont tous dispersés par cabanes le long de la rivière de Marne.
Le 8", tous mes gens se sont rendus. J'ay fait travailler à piler des blés d’Inde.
Le o°, il plut tout le jour ; les femmes ne purent achever de piler le blé d'Inde; les hommes me vinrent quérir et me portérent, sur leurs espaules, dessous une espèce de halle couverte de lataniers, où ils estoient assemblés pour me chanter le calumet. Je leur ay fait un petit présent et au chef des Natchitoches, et leur ay donné un calumet de paix.
Il y a à ce village des Souchitionys quinze cabanes ramas-