AVRIL 1700. BIENVILLE CHEZ LES YACTACHÉS
rivière a cent soixante pas de large en cet endroit et autant de courant que dans le Mississipi.
Le 18°, j'ay envoyé trois pirogues chercher le reste de mes gens, Il n’y a pas un arpent autour de ces cabanes qui ne soit noyé ; les eaux baissent à veue d'œil. Je trouvay fort peu de blé d'Inde, à cause des Yuahés qui les sont venus voir et en ont emporté la charge de plusieurs chevaux qu'ils avoient.
Le 19°, sur les trois heures après midy, mes gens sont arrivés. Il estoit trop tard pour aller aux Yatachés, ce dont les Sauvages estoient bien faschés, nous faisant entendre qu’ils n’avoient plus de blé d'Inde à nous donner. Mes gens
ont travaillé à se faire chacun un aviron. Tous les Sauvages
d’icy ont le tour des yeux piqué et sur le nez, et trois raies sur le menton.
Le 20°, nous sommes partis dans deux vieilles pirogues dont les bouts estoient de terre. J'ay suivi la rivière, qui fait plusieurs détours ; le tout, à droite ligne, m’a valu deux lieues au nord quart nord-est. Je me suis rendu sur les deux heures après midy aux Yactachés. Ce sont toutes cabanes, dispersées le long de la rivière l’espace de deux lieues. A nostre arrivée, les Sauvages, ayant sceu que nous voulions des pirogues et des vivres par un Sauvage arrivé un peu devant nous, ont caché les pirogues et les blés d'Inde. Je les ay menacés que, s'ils ne m'en donnoient pour aller aux Cadodaquios, je resterois chez eux. J’ay dispersé aussitost mes gens en différentes cabanes. Ils ne comptent d’icy aux Cadodaquios, par terre, en esté, que deux journées.
Le 21°, les Sauvages m'ayant fait entendre qu'ils me donneroient des vivres et des pirogues, pour faire plus de diligence, j’ay envoyé un homme dans chaque cabane, avec de la rassade
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