MAI 10090. LES BAYOGOULAS AU FORT
voir qui c'estoit. Nos gens ont amené le chef des Bayogoulas avec trois autres Sauvages. Je leur ay fait la meilleure réception qu'il m'a esté possible, et j'ay fait mettre la garnison sous les armes, ce qui n’a pas laissé que de les effrayer. Comme c’estoit la première de leurs visites en ce fort, j'ay comblé d'honneurs le chef et l’ay fait manger tout son saoul: c’est là le plus grand de leurs plaisirs; heureusement, ce jourlà, nos chasseurs avoient tué trois chevreuils. Leur ayant mis une chemise à chacun sur ieur corps, je leur ay fait voir le fort, Ils ont esté surpris qu'en si peu nous ayons entassé de grosses pièces de bois les unes sur les autres; nos canons ne les ont pas moins estonnés. [ls les ont trouvés monstrueux, bien qu'ils ne soient que de huit. J’ay fait tirer deux coups à balle devant eux; ils ne scavoient où se mettre, tant ils avoient peur. Ils passèrent une nuit très tranquille parmi nous, à unc alarme près que le sergent leur donna avec sa hallebarde, venant prendre l’ordre et parlant au major à l'oreille. Cela les fi. resver très profondément; m'en apercevant, je les ra
seuray par des caresses, Le lendemain, au point du jour, ils m'advouérent que leurs femmes estoient de l’autre costé ct qu’ils seroient ravis de leur faire voir le fort. Le chef, les voyant desbarquer, me fit signe de faire mettre les soldats sous les armes et fut chercher le tambour dans le fort, criant hautement que sa femme y estoit, et qu'il falloit luy faire les
mesmes honneurs qu'à luy. Je n'avois pas compté que des
Sauvages y iussent sensibles. Après avoir resté trois ou qua-
tre jours parmi nous, ils partirent, Je leur ay donné deux de nos jeunes garçons, pour qu'ils apprennent leur langue. Ils enverront l’un aux Ommas et garderont l’autre chez eux. Ce
chef s’appelle Antobiscania ; c’est le Sauvage le plus rusé que
ayOgOU-
leure régarnison effrayer.
fort, j'ay )n saoul:
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