‹ Découverte par mer des bouches du Mississippi [microforme]Chapitre 341 sur 504 · MARS 1700. SAUVAGES VISITANT LES VAISSEAUX · texte numérisé non relu

MARS 1700. SAUVAGES VISITANT LES VAISSEAUX

dommager des despenses qu'il a faites. Il est seur que personne ne peut se donner plus de peine qu’il n’a fait. Rien ne luy est difficile; s’il y a quelque possibilité, l'on y peut compter seurement. Je suis outré de n'estre point de ce voyage, par les lumières que j'en eusse pu tirer. J'espère que la Cour me mettra à portée l'année prochaine, si l'on s’establit dans la rivière, de faire qu: que descouverte, ce que je ne sçaurois faire icy, tant les environs sont peu de chose.

J'ose me flatter que les Sauvages feront aveuglément ce que nous voudrons, quoyque bien paresseux; ils ont de la confiance sur ce que nous leur disons. J'ay mené le chef de la Mobile voir les vaisseaux, depuis le départ de M. d'Iberville. Il estoit extasié de voir de si grosses machines, et très satisfait de l’accueil qu'on luy a fait. Il avoit deux Chactas avec luy et le chef des Pascoboulas aussi. Estant de retour au fort, ils ont conté aux autres qu’ils avoient esté dans des vaisseaux qui alloient jusqu'aux nues, qu’il y avoit plus de cinquante villages dans chacun et du monde à ne pouvoir pas passer, et qu'on les avoit fait descendre dans un endroit où ils n’ont veu ni soleil ni lune. Ils sont partis pour aller chez les Chactas leur apprendre ces prodiges. Je souhaite qu'ils les amènent.

Revenant des vaisseaux avec M. d'Iberville, où j'avois csté pour recevoir ses ordres, nous avons aperceu, avant d'avoir mis à terre, nostre petit traversier en feu, qu'il nous a esté impossible d’esteindre, estant desjà trop avancé de brusler, outre qu'il y avoit plusieurs barils de poudre, qui ont en très peu de tems fait leur effet ordinaire. Cet accident provient par deux maladroits, qui, ayant esté travailler, y ont laissé une mèche allumée, qui a causé cette perte, dont je suis

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MARS 1700, DÉSERTION D'UNE BISCAYENNE 401 inconsolable par le besoin qu'on en peut avoir. Un malheur n'arrive point seul. Une de nos biscayennes a déserté; son équipage estoit de neuf hommes, que la Renommée avoit fournis. Ce bastiment avoit chargé à bord à son ordinaire et en estoit parti le 11° mars, après midi. Je n’en fus averti que le lendemain par une chaloupe qui vint des vaisseaux, et me demanda des nouvelles de l’autre, qui estoit partie la veille. J'envoyay M. de Boisbriand après pour tascher de la rencontrer, ce qui a esté inutile; M. des Jourdy a eu le mesme sort, Je ne fais nul doute qu’ils ne soient allés aux Espagnols. Ils auront tué sans doute leur patron; ils l'avoient juré, à ce qu'on m'a dit.

L'autre traversier est party du 19 pour Pensacola et pour les Apalaches, par ordre de M. d’Iberville, qui réclame ces gens là. Il escrit une lettre d'honnesteté à chaque gouverneur et leur donne advis de l'intention que les Anglois ont de s'establir dans ces contrées. Je suis dans une grande impatience de la réception, que ces Messieurs-là feront au traversier et comment ils prendront nos honnestetez. J'ay cescrit aussy au gouverneur de Pensacola.

Nos bastions seront bien avancés à l’arrivée de M. d'Iberville, car les pièces sont entièrement équarries pour les deux et celuy de l’est est à moitié fait, dont les pièces sont extrêmement fortes ; je ne néglige pas un moment à les mettre dans l’estat qu'il faudra. Il est mort en ce fort quatre hommes, qui avoient apporté leur maladie de France. Depuis l’arrivée des vaisseaux, il est mort trois de ceux qui estoient arrivés icy malades.

A l'esgard des perles, je n’en «ÿ point veu de véritables. Un homme de probité m’a dit en avoir veu une qui l’estoit et qui

venoit de la rivière des Coulapissas. Il est seur qu'il y en a, au rapport des Sauvages.

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