‹ Découverte par mer des bouches du Mississippi [microforme]Chapitre 378 sur 504 · FÉVRIER 1702. D’IBERVILLE PART POUR LA MOBILE · texte numérisé non relu

FÉVRIER 1702. D’IBERVILLE PART POUR LA MOBILE

cru nécessaire, pour le bien du service du Roy, d'y establir un garde-magasin. Je n’ay pas cru pouvoir mettre une personne plus sage que M. Girard, lequel M. de La Salle a chargé de tous les effets du Roy sur des registres, pour en tenir compte, suivant les consommations qu'il luy en arrestera tous les mois; que le garde-magasin ne délivrera rien des choses destinées pour les présens des Sauvages ny autres effets sans un ordre du commandant au sieur de La Salle, qui luy en ordonnera la délivraison, afin que rien ne se consomme sans la connoissance du commandant et du sieur de La Salle faisant fonction de commissaire.

Le 20°, le temps est venu favorable. Je suis part; pour la Mobile, laissant une chaloupe au sieur de La Salle pour se rendre à la Mobile avec sa famille. Je suis venu coucher à la petite rivière qui est à six lieues de l'isle Massacre, à la coste d'ouest de la baye. Il y a dans l'entrée de cette rivière quatre à cinq pieds d’eau. Les terrains y sont beaux, élevés ; les bois, meslés de pins, chesnes, lauriers, hestres, ormes et prairies, Je fais travailler dans cette rivière à faire du merrain par trois ouvriers que j'y ai. La baie a de large, vis-à-vis de cette rivière, trois lieues. Cette rivière n’en a que deux dans sa profondeur où les terres paroissent belles.

Le 1°" de mars, le vent nord-ouest, je gagnay le détroit de la rivière, où commencent les isles, à une lieue de la petite rivière, Jay esté coucher à deux lieues dans la rivière; les eaux sont hautes, bien des endroits de la terre ferme du costé ouest paroissent noyés, c’est-à-dire les bords, car dedans le pays est haut. Les isles sont basses à fleur d’eau. Je n’ay pas beaucoup cherché le chenail à cause du vent; il paroist fort estroit.

912 MARS 1702. LIEU OÙ EST L'ÉlABLISSEMENT.

Le 2°, le vent tousjours contre terre, je continuay de monter la rivière. Le couraït fait demi-lieue par heure. J’ay fait six lieues et demie. Jay trouvé partout le terrain beau; en quelques endroits les bords noyés, La plus grande partie des bords est couverte de bois de cyprés, qui sont très beaux, grands, gros, estroits. Les isles sont aussy toutes couvertes de bois de cyprés, chesnes et autres bois, plusieurs endroits noyés.

Le 3°, nous nous sommes rendus à l’establissement, distant de la couchée d’une lieue et demie. J’y trouvay mon frère de Bienville occupé à faire faire un fort à quatre bastions, de pièces sur pièces, à faire deserter les bois et faire travailler à la barque longue, qui est bientost en bois tors. L’establissement est sur une coste élevée de plus de vingt pieds, couverte de bois meslés de chesnes blancs et rouges, lauriers, sassafras, bois blancs, noyers durs, surtout quantité de pins propres à faire des masts. Cette coste et toutes les terres des environs sont parfaitement belles; elles règnent depuis huit lieues, du bas de la rivière en montant jusqu'aux Tomés, et s'approchent en plusieurs endroits jusqu’au bord de la rivière, laquelle, serpentant, s'en esloigne en quelques endroits, car cette coste court droit au nord.

Le 4°, j'envoyay mon frère visiter plusieurs establissements sauvages abandonnés, dans les isles qui sont aux environs d'icy. J'ay fait couper un grand mast pour le Palmier, auquel je fais travailler pour l'envoyer tout fait.

Mon frère est revenu lesoir. Il a remarqué plusieurs endroits occupés autrefois par des Sauvages, que la guerre contre les Conchaque et Alibamons leur a fait abandonner. La pluspart

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