FÉVRIER 1609. D'IBERVILLE CHEZ LES BAYOGOULAS
de là leurs mains sur la vostre, après quoy ils les lèvent vers le ciel, en se les refrottant et rembrassant. J’enfis autant, l'ayant veu faire aux autres; ils en firent autant aux Annocchy, leurs amys. Après nostre rencontre et civilité de part et d'autre, nous fusmes à la tente de mon frère, où tous les Bayogoulas se rendirent me faire amitié et à tous mes gens, s’embrassant les uns les autres. Je les fis fumer et nous fumasmes tous ensemble dans un calumet de fer que j’avois, fait en forme de navire avec le pavillon blanc et fleurdelysé, orné de rassade. Après quoy je leur donnay avec un présent de haches, couteaux, couvertes, chemises, rassades et autres choses estimées parmy eux, leur faisant entendre qu'avec ce calumet je les rendois unis avec les François et que nous ne faisions plus qu’un. Je les festinay de sagamité, faite avec des prunes, et leur fis boire de l’eau-de-vie et du vin, dont ils beurent très peu, admirant fort de l’eau-de-vie, que nous faisions brusler. Sur les huit heures du soir, le chef et sept autres vinrent me chanter le calumet, avec un présent de trois de leurs couvertes, faites de rat musqué, m'alliant avec quatre nations à l’ouest du Mississipy, qui sont les Mougoulachas, Ouacha, Toutymascha, Yagueneschito, à l’est de la rivière, les Bilocchy, Moctoby, les Oumas, Pascoboulas, Techloel, Bayacchito, Amilcou. Ils chantèrent jusqu’à minuit à ma cabanne, et mes gens avec env.
Le 18 février, désignant à ces Sauvages des cartes pour sçavoir où estoit la fourche de l'est du Mississipy, nous crusmes qu’ils nous marquoient que c’estoit la rivière de Pasco-
boulas. J'ay douté depuis qu’ils vouloient marquer que de
cette rivière ils alloient au Mississipy par des rivières qui se communiquent. Je leur fis entendre que j’allois à son entrée