MARS 1609. D'IBERVILLE REÇOIT UN GUIDE
fait exprès, et je me trouve par 30 degrez ouest-nord, et je suis au premier détour que la rivière fait à l'est-nord-est. Elle en a fait un jusqu'à l’est, au bout duquel j'ay campé à droite de la rivière. J'ay faitaujourd'huy six lieues et demie. Les bois et les terres haussent et noyent de huit ou dix pouces. Je n'ay point encore remarqué aucun arbre fruitier ni noyer, qu’au bord de la mer des meures de haye prestes à estre bonnes à manger. Les feuilles sont grandes aux arbres. Nous voyons là plusieurs vignes qui ont passé fleur. J'ay fait tirer deux coups de boiste de picrriers.
Le 7°, il a fait calme tout le jour; nous continuons de monter la rivière et trouvons qu'elle serpente beaucoup du nord-est au sor-ouest. Par le nord et l’ouest, dans l’espace de deux lieues de chemin, elle fait deux et trois détours. À deux lieues de la couchée, j’ay rencontré six canots de Sauvages qui ont mis à terre. J'ay desbarqué au-dessous d’eux et j'ay esté par terre à eux. Un a resté à son canot, les autres ayant fuy Nous nous sommes fait caresses à leur manière, dont j'ay desjà parlé. Il me dit estre un Annocchy et que les Bayogoulas et les Annocchy que j’avois veus à la baye des Annocchy près des vaisseaux, auxquels j'avois fait des présents et donné un calumet de paix, estoient de retour au village des Bayogoulas. Je luy fis quelque présent de couteaux, rassade et haches, et à ses camarades qu’il appela ; ils nous donnèrent de la viande boucanée de bœuf et ours. Je leur demanday un homme pour me conduire aux Bayogoulas, qu’ils me donnèrent. Ils comptent trois jours et demy d’icy à leur village. Cela peut faire vingt-quatre lieues. Je suis venu camper ce jour là, à six lieues et demie de ma dernière couchée, près d'un de leurs cabanages, où il y a dix cabannes couvertes de