En monnaie ancienne 2 livres 4 sous Thectare
terre, et par suite les produits de la terre, bon marché.
La population était très faible encore sous CharlesVIII, sans doute plus que du temps de saint Louis, et, à mesure qu'elle s'accroissait, on remettait en valeur une masse de fonds qui étaient revenus à l'état de nature. C'est même pour cela que le blé, et en général le coût de la vie augmente peu, et que les salaires ne baissent pas, quoique le peuplement progresse, parce que l'agriculture absorbe tout le surplus de production humaine et en tire un supplément de denrées et de matières premières.
Cet état de choses était forcément limité dans sa durée. Il vint un moment où la population fut plus abondante, où les terres furent moins offertes, et où, par conséquent, elles montèrent. L'hectare labourable passa de 475 francs (1501-1525) à 723 francs (1551- 1575) et à 792 francs en 1576-1600.
C'était une chance inespérée pour les propriétaires du xvi*' siècle, que celle de traverser la plus grosse crise pécuniaire des temps modernes, — une crise qui déposséda les propriétaires mobiliers — en y trouvant un bénéfice positif.
Le prix maximum de l'hectare de terre, sous Henri III, est de 3.000 francs ; le minimum est de 13 francs. Il existe alors un élément prépondérant de plus ou de moins-value, dans chaque province, depuis 1560, où le royaume est en proie aux guerres de religion : c'est la sécurité relative de l'exploitation.
On revit, quoique sur une moindre échelle, et surtout durant moins de temps, les horreurs oubliées des générations nouvelles. « Qui n'en aura goûté ne les croira », nous dit Montaigne. Et le proverbe était « qu'où les reîlres ont passé, on n'y doit point de dîmes. »
D8 DÉCOUVERTES d'hISTOIRE SOCIALE
Les denrées de première nécessité ne pouvant, à la fin du xvi'' siècle, ni circuler ni être produites en quantité suffisante, augmentèrent : les prix inouïs du blé, de la viande, contribuaient à aggraver la misère.
On risquerait cependant d'exagérer si, de traits «pars, dont on ferait masse, on traçait un tableau poussé au noir plus qu'il ne convient. Si l'état matériel eût été aussi épouvantable que précédemment, la propriété foncière n'eût pas augmenté, comme on vient de le dire, "de 1526 à 1600. Il y avait des provinces exclusivement catholiques et d'autres exclusivement protestantes où l'on se battait moins. On ne se doute plus, en certaines parties du Languedoc, de 1580 à 1600, des luttes qui ensanglantent le Nord du royaume; mais aussi que de plaies à panser! La campagne de Nîmes, « jadis voluptueux jardin de tout plaisir et abondance », disait-on en 1592, était en grande partie abandonnée, « à raison des ravages, brûlements et dégâts ». Dans l'Ouest (1598), le roi Henri, allant de Nantes à Rennes à travers un pays ruiné, ne pouvait s'empêcher de dire : « Où ces pauvres Bretons prendront-ils tout l'argent qu'ils m'ont promis? »
Le début du xvii*" siècle se signale par une prospérité agricole semblable à celle qui avait marqué le commencement du siècle précédent, mais plus rapidement conquise. Ce règne si court de Henri IV. demeuré si populaire dans les masses paysannes, dont l'instinct historique ne se trompe pas, cette douzaine d'années paisibles amassa au sein de la nation des économies auprès desquelles le trésor de la Bastille, dissipé, lui, en six mois, représentait à peine quelques liards.
L'hectare labourable, que nous avons laissé à 792 francs de valeur vénale (1576-1600), nous le
retrouvons en 1601-1625 à 831 francs. Si l'on tient compte de ce que, d'une date à l'autre, les défrichements se développèrent, on verra que la propriété rurale, dans son ensemble, a gagné bien davantage que chaque hectare de terre, pris isolément.
Avec le « bon ménage » du royaume cessa le progrès, du moins cette partie du progrès dont un gouvernement rudimentaire comme celui de 1610 pouvait être l'artisan. Mais la régence de Marie de Médicis a été peinte sous des couleurs trop noires par les historiens politiques. Le blé avait coûté, de 1601 à 1625, 42 francs l'hectolitre, tandis qu'il vaudra 48 francs de 1625 à 1650. L'augmentation prodigieuse des charges publiques, qui signale ce ministère si glorieux, mais si lourd, de Richelieu, ne contribua pas, on le devine, à la prospérité matérielle. La valeur des terres baissa peu, — de 831 à 748 francs, — maintenue par le prix exagéré de produits peu abondants, au lieu de l'être, comme du temps de Sully et de Golbert, par l'abondance de produits à meilleur marché. C'est même ce qui explique que la propriété foncière ait baissé de près d'un dixième pendant que le blé haussait de 15 pour 100.
La période suivante, au contraire (1651-1675), fut féconde pour l'industrie agricole : la terre passa de 770 à 962 francs l'hectare ; tandis que les céréales baissaient d'un tiers : de 48 à 32 francs pour l'hectolitre de blé.
Depuis Henri IV jusqu'à la fm du ministère de Colbert, les salaires avaient baissé. C'est là un fait important à retenir, parce que les propriétaires fonciers sont enclins à présenter la hausse des biensfonds comme le résultat de la prospérité générale d'une nation, et la dépréciation des immeubles, au contraire, comme le signe d'une misère
11 n'en est rien; chaque nature de prix subit des oscillations particulières, sous des influences qui agissent isolément. Le prix des denrées ne s'est jamais proportionné au prix des terres; et le taux des salaires n'a suivi, dans ses évolutions, ni le prix des terres, ni le prix des grains.
Plus que les grains, plus que les salaires, le capital immobilier allait se ressentir de la crise qui signale le dernier tiers du règne de Louis XIV. De 962 francs en 1651-1675, l'hectare de terre labourable tombe à 875 francs en 1676-1700. De 1701 à 1725 il ne valut plus que 728 francs. En moins de cinquante ans, la propriété foncière avait perdu 25 pour 100 de sa valeur.
On remarque que les terres, qui étaient descendues plus bas et plus vite que les autres marchandises, se relèvent à 1.032 francs, de 1726 à 1750, tandis que le blé diminue. A partir du milieu du xvni'^ siècle jusqu'à 1790, la hausse s'accélère avec une vivacité que n'atténue pas la dépréciation correspondante de l'argent. C'est le plus formidable mouvement ascensionnel dont nos annales aient gardé la trace. La terre labourable, qui avait passé de 728 à 1.032 francs sous le ministère de Fleury, monta à 1.200 francs, de 1751 à 1775, et à 1.578 francs l'hectare, de 1776 à 1800. Elle avait donc plus que doublé en cent ans.
Il n'a été, jusqu'ici, question que du sol labouré; nous devons examiner aussi les autres natures de fonds : l'hectare de prés avait été, au xiii^ siècle, de 2.000 francs pour l'ensemble de la France, contre 860 francs pour la moyenne des labours. Au xv* siècle, il n'est plus que de 770 francs contre 375 francs pour la terre labourable. La différence de prix du labour avec la prairie reste beaucoup plus grande que de nos jours.
Aujourd'hui, le labour est estimé 1.600 francs, et la
prairie 2.600 francs l'hectare; le premier égale donc près des deux tiers du second; tandis que jusqu'à la fin du règne de Louis XV, il n'en valut pas même la moitié. On ne peut attribuer ce changement qu'à la création des prairies artificielles, et ce haut prix relatif des prés, correspondant à un prix également très élevé du foin aux siècles passés, est d'autant plus curieux qu'il existait alors une masse énorme de pacages banaux, et que ces pacages pourraient passer pour avoir fait aux prairies privées une heureuse concurrence. On voit qu'il n'en est rien; puisqu'aujourd'hui où ils sont supprimés, le nombre des têtes de bétail élevé dans notre pays est beaucoup plus grand qu'autrefois, et les prés sont cependant beaucoup moins chers en comparaison des fonds destinés aux céréales.
Les vignobles avaient valu, au Moyen Age, plus encore que les prés. On sait que, loin d'être plus particulièrement cantonnée, comme de nos jours, dans un certain nombre de provinces, la vigne était alors cultivée à peu près dans toute la France, y compris les districts qui lui paraissent le plus réfractaires. tels que la Normandie, la Picardie ou l'Artois. Cela tenait, non pas à ce qu'il faisait alors plus chaud, ainsi que quelques personnes l'ont assez naïvement avancé, mais à ce que les populations du Nord et de l'Ouest se contentaient le plus souvent d'un terrible verjus.
De plus, les règlements locaux faisaient un devoir aux régnicoles de chaque province de ne laisser pénétrer dans leur cave les produits d'une récolte étrangère qu'après avoir vidé les futailles du cru. C'était ainsi qu'on entendait alors le protectionnisme.
L'hectare de vigne a valu 2.320 francs, de 1201 à 1300, 1.442 francs de 130J à 1400, 1.360 francs de
1401 à 1500. enfin, 1.612 francs de 1501 à 1600. Les vignes, comme les prés, coûtaient donc plus cher au xm® siècle que depuis la Renaissance, où la culture de la vigne prit une extension considérable. L'histoire des dîmes ecclésiastiques, dont la substance se modifie à travers les âges, nous l'apprend.
Sous Colbert, les vignes qui, dans la première moitié du xvii^ siècle, avaient valu 1.622 francs, s'élevèrent à 1720 francs. C'est le Languedoc qui occupe le dernier rang, à 130 francs l'hectare, et l'Ile-de-France qui tient la tète à 2.600 francs. La moyenne de la vigne normande (1.800 francs l'hectare) continue à dépasser celle de la vigne bourguignonne (1.560 francs l'hectare en 1666). Ce dernier chiffre provient d'environ 150 communes de la Côted'Or et de Saône-et-Loire, où les crus sont classés, d'après leur valeur vénale, dans un tout autre ordre que celui que nous leur attribuerions aujourd'hui et que celui qu'ils auraient eu au Moyen Age. Ainsi, le vignoble le plus haut coté, en 1660, est celui de Santosse, où l'hectare vaut 7.400 francs * ; Meursault et Pommard viennent ensuite à 3.636 francs, puis Volnay et Musigny de 3.000 à 3.500 francs. Le clos de Vougeot n'est évalué qu'à 1.804 francs l'hectare, celui de Beaune, jadis le plus renommé, qu'à 1.480 francs, et ceux des environs de Nuits qu'à 720 francs.
A cette époque, on pouvait vendre jusqu'à 3.600 francs Lin hectare planté de ceps de choix dans l'arrondissement de Versailles! Et cependant, les Bourguignons n'avaient pas à se plaindre; leur propriété vinicole avait beaucoup plus progressé depuis trois siècles que n'avait fait celle des Parisiens. Au xiv^ siècle, la vigne