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CHAPITRE 11 La monnaie et la ruine des anciens capitalistes

Les altérations des monnaies par les tojs n'ont eu aucune influence sur le prix des marchandises dans le commerce. — Des deux sortes d'altérations : sur la nature du métal, sur sa valeur en livres. — Il est faux que le Stjstème de Law ait influé sur les prix; les prix ne varièrent pas à cette époque.

— Croyance des gouvernements à un « juste rapport » entre l'or et l'argent. — Lutte bouffonne entre l'État et le public. — Par la force des choses, toutes les anciennes fortunes mobilières sont tombées en poussière. — Action combinée de la dépréciation de la livre tournois, de la diminution du pouvoir d'achat de l'argent et de la baisse du taux de l'intérêt.

— Une somme de mille francs deJ'aij 1200 est aujourd'hui réduite à 3 fr. 70 c. — Capitalistes mobiliers tous par conséquent de date récente. — Les allées et venues des familles du haut en bas et du bas en haut de l'échelle sociale.

— Opinions « rétrogrades » et « avancées », également fausses devant l'histoire. — Illusion d'optique sur l'ancienne aristocratie. — Erreurs sur le chifîr<^- iJck parvenus anciens et modernes.

L'histoire des prix dissipe encore ïiiie autre erreur très accréditée. On enseigne dans les collèges que les altérations de la monnaie par les rois ont eu pour résultat une hausse excessive, — bien que passagère, — de la valeur de toutes choses. Or il n'en fut rien. Les altérations monétaires des rois du Moyen Age ou des temps modernes n'ont eu au^'oiie influence sur le

prix des marchandises dans le commerce; d'où l'on peut induire que de nouvelles incursions dans ce domaine, que pourraient être tentés de faire les gouvernements contemporains, n'auraient pas plus de succès.

Les altérations revêtaient deux formes bien dis- ^ tinctes ; l'une portait sur la nature du métal, l'autre sur sa valeur en livres. Par la première, l'État donnait du cuivre, plus ou moins mélangé d'or et d'argent, pour de l'or et de l'argent purs. C'est la fausse monnaie classique que nos tribunaux punissent mensuellement des travaux forcés ou de la réclusion . Par la seconde , l'État attribuait à un métal ou à l'autre, le plus souvent à l'argent, une valeur arbitraire.

Mais l'opinion du xiv'^ siècle persista à traiter la monnaie comme une marchandise; et, si le gouvernement a émis des espèces affaiblies, on ne les reçoit que pour leur valeur intrinsèque, à laquelle on les ramène, aussi bien dans le langage que dans les écritures. Les sujets de Jean le Bon et de Charles VI agissaient, à l'égard des fausses monnaies de ces princes, ^ comme nous aujourd'hui envers les piastres d'argent de l'Amérique du Sud, véritables pièces de cinq francs que nous ne prenons que pour 2 fr. 50 c. Il en fut de même à l'époque du Système de Laiu : tout le monde a entendu dire qu'à cette époque les prix ont été bouleversés; or il n'en fut rien. Cette aventure, sans lendemain, ne produisit pas, même aux heures de son court triomphe, les résultats que l'histoire nous décrit. Les prix, exprimés en livres, sous et deniers, n'ont pas varié dans les provinces, ni même pour ainsi dire dans la capitale.

Les gouvernements d'autrefois croyaient qu'il exis- ^ tait entre l'or et l'argent un « juste rapport » ; — on

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