‹ Découvertes d'histoire socialeChapitre 5 sur 39 · LA RUINE DES ANCIENS CAPITALISTE · texte numérisé non relu

LA RUINE DES ANCIENS CAPITALISTE

n'ose trop leur jeter la pierre à cet égard, les gouvernements modernes l'ont cru très longtemps, et il existe peut-être des hommes d'État qui le croient encore. — Partant, les plus honnêtes estimaient avoir le droit, et même le devoir, de maintenir ce rapport, puisqu'il était « juste ». Quand l'un des deux métaux renchérissait, bien vite des édits, ordonnances ou déclarations solennelles commençaient par lui enjoindre de reprendre son ancien prix; à quoi naturellement il n'avait garde d'obtempérer. Désespérant de vaincre cette résistance et de faire rentrer dans l'ordre cette marchandise rebelle; impuissant contre ce « cours abusif », comme il lé nommait, l'État essayait souvent de rétablir le rapport auquel il tenait, en élevant le prix du métal qui restait slationnaire.

Mais l'élévation légale de ce dernier était immédiatement suivie d'une augmentation commerciale correspondante de l'autre. La lutte s'engageait entre l'autorité officielle, qui courait après son « juste rapport » avec une persévérance tout à fait bouffonne, et le public qui voulait précisément changer ce rapport. Les prix du kilo d'or et du kilo d'argent montaient alternativement, jusqu'à ce que le souverain et ses ministres, vaincus par la force des choses, battissent en retraite. Un exemple mémorable des conflits de ce genre, où naturellement le commerce eut le dernier mot, nous est fourni par l'histoire monétaire du règne de Louis XIII, durant lequel le rapport entre l'or et l'argent s'éleva de H 1/2 à 15.

Enfin l'histoire de l'argent, sous ses diverses formes et dans ses manifestations variées, conduit à cette conclusion, qu'il est nécesèaire de mettre en pleine lumière : mathématiquement, par la force

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(les choses, toutes les fortunes mobilières du Moyen Age sont détruites, disparues, tombées en poussière. Il n'en subsiste pas une seule. Quant à celles des temps modernes, elles sont tellement atteintes que les riches des xvu* et xvui*' siècles ont à peine aujourd'hui une modeste aisance, et que ceux qui jouissaient dès lors de cette aisance modeste ne sauraient plus vivre sans travailler.

Il suffit, pour s'en convaincre, de mesurer depuis sept cents ans l'amincissement, on pourrait dire la volatilisation d'un capital déterminé sous la triple action combinée de la diminution du pouvoir d'achat des métaux précieux, de la dépréciation de la monnaie qui. tout en conservant son nom de « livre », signifie une quantité de plus en plus petite d'or ou d'argent, de la baisse du taux de l'intérêt enfin, puisqu'on ne vit pas avec le capital de son bien, mais avec l'intérêt que l'on retire de ce capital.

Mille livres tournois, à l'avènement de saint Louis, équivalaient à 100.000 francs et procuraient un revenu de 10.000 francs.

En 1400, le taux de l'intérêt et le pouvoir de l'argent n'ayant guère varié, mais la monnaie étant fort dépréciée, les 1.000 livres ne correspondent plus qu'à 35.000 francs.

En 1600, le possesseur de 1.000 livres tournois se trouve à l'aurore des temps modernes, avec 417 francs à dépenser par an. Il n'est plus riche, ni aisé; il n'a plus de quoi vivre, même pauvrement.

Enfin en 1910, il a pour tout capital 1.000 francs, produisant, à 4 p. 100, 40 francs d'intérêt. C'est un ouvrier qui possède, comme beaucoup d'autres, quelques économies représentées par un livret à la caisse d'épargne.

En résumé, la somme de 1.000 livres tournois,

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