‹ Découvertes dans la Troade. Dissertations sur les monuments de la plaine de Troie et la position de cette ville. Monuments signalés à l'attention des archéologues et des amis de l'antiquité au pas des Thermopyles. Éclaircissements sur la marche de Xercès dans la TroadeChapitre 10 sur 32 · PIÈCES JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

PIÈCES JUSTIFICATIVES

a Je n'y vis rien (dans la lettre du comte de Choiseul) qui <t satisfît au peu que je demandais de lui, et qui consistait « à reconnaître qu'il n'avait pas vu ces murs. » P. 6.

Lettre de M. le comte de Choiseul à l'auteur.

«Je n'ai aucun droit, Monsieur, à votre complaisance, ou plutôt à votre générosité ; j'ose cependant la réclamer, parce que vous m'avez permis de l'espérer, et surtout parce que je ne voudrais accepter vos bienfaits que pour les célébrer. Vous venez de voir cette fameuse Troade dont je n'ai cessé de m'occuper à travers les orages de tous genres. Guidé par les cartes que j'en avais fait lever, vous avez pu reconnaître mes erreurs et rectifier mes opérations. Me refuseriez- vous, Monsieur, le secours de vos lumières.»^ ou plutôt, vous refuseriez-vous à une occasion si prochaine et si facile d'en faire jouir le public, et de jouir vous-même de vos succès , dont je trouverais tant de plaisir à vous remercier en son nom ?

« Ma prière, Monsieur, ne peut vous paraître indiscrète que dans le cas où vous projeteriez de publier vous-même un ouvrage complet sur cette même contrée; mais cette matière, et surtout la curiosité ne sera-t-elle pas un peu épuisée par l'ouvrage dont l'impression est déjà commencée , et qui du moins présentera, avec de superbes cartes, un rapprochement assez étendu de toutes les notions transmises et conservées par les anciens '?

ft Malgré vos talents, et votre facilité, Monsieur, il me parait difBcile que vous ayez pu, dans le cours de vos intéressants voyages , vous arrêter sur ces bords assez longtemps pour y refaire sur le terrain des opérations plus multipliées que les miennes; mais, d'après ce que vous m'avez fait l'honneur de me dire , je ne puis douter que vous n'ayez eu le bon esprit de lever avec un soin tout particulier, i** les restes de constructions, murs et citernes , qui se voient encore sur VAcro^ polis d'IUon ; tP les doubles sources du Scamandre. Ces deux plans seraient un développement très-utile de mes cartes. Si vous aviez aussi un tracé plus exact que le mien de l'enceinte et des ruines de la nouvelle Ilion, Ilium Recens, je le substituerais bien volontiers au mien; et cette association de nos recherches ne ferait qu'annoncer les vôtres, sans vous empêcher de les publier dans la suite , si vous le vouliez.

« Dans tous les cas , je vous prie , Monsieur, de croire que je conserverai une vive reconnaissance de ce que vous voudrez bien faire pour moi , en m'évitant quelques erreurs , et me donnant au moins le secours de vos conseils.

«J'ai l'honneur d'être avec une parfaite considération ^ Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur. »

Signé: Choiseul-Gouffieb- ÀTenue des Champ» Éiysées, ce 7 décembre i8i3.

Nota. Dans cette lettre, Fauteur du Voyage pittoresque de la Grèce n'exprime pas d'une manière aussi positive qu'il le fit en me parlant, l'assertion qu'il avait lui-même tu des restes de constructions j de murs^ sur l'Acropolis d'Ilion, toutefois il le donne assez clairement à entendre : mais s'il les avait vus , pourquoi donc n'aurait-il pas eu le bon esprit d'en faire lever les plans par ses ingénieurs ?

<c M. de Choiseul n'a pas cité une seule fois le nom de « Lechevalier dont cependant , sur nombre de points, il na icfait que paraphraser le texte » Note de la page i3.

Il serait trop fastidieux de rapporter les passages du Voyage pittoresque de la Grèce qui justifient ce que je me suis permis d'avancer dans cette note ; je me contente d'en citer un , que j'ai choisi de préférence , parce qu'il contient une erreur que je crois devoir signaler.

lechevalier, t. II , p. 275 de son M. de Choiseul, au sujet du même Voyage de la Troade, S'exprime ainsi: monument, le Throsmos^ a écrit :

« A une Ueue de la mer y en remon- « En remontant le long duJUusfe,

« tant le Simoïs^ on trouve les restes « enifiron à !i^4oo toùes de son em^

« d'un pont Ssibriqué en pierre de « bouckure actuelle^ on aperçoit dans

•c taille et d'une construction si par- « le marais que forment les eaux

« faite qull ne peut être 1 ouvrage « stagnantes, un petit pont de pierre;

« que des anciens. A Topposite de ■ je crus voir à peu de distance de

« cette ruine, sur la rive gauche du « ce point, au milieu des roseaux,

-fleuve, on voit les débris d'un ^ quelques marbres, elles restes d'tm

. monument dont on peut recon- « tertre en partie détruit par les

« naître encore la forme primitive, « eawc; et je jugeai, peut-être assez

« quoiqu'elle ait été altérée , soit par « légèrement, qu'il avait été autrefois

» la main des hommes, soit par les « semblable aux tombeaux déjà rc-

« eaux du Simoîs. C'est un monceau « connus. J'imaginai d'abord que

« de terre, entrecoupé de fabriques « c'était le monument que je chcr-

« intérieures et couvert de blocs de « chais avec tant d'ardeur.

« marbre, destinés sans doute à l'or- «

« ner autrefois. » • •

Lechevalier dit : à une lieue de la mer en remontant le Simoïs, et M. de Ghoiseul : en remontoM le fleuve à environ 2400 toises de son embouchure. Le premier, que ses souvenirs servaient imparfaitement, avance que la forme du monument a pu être altérée par les eaux du Simoïs, et M, de Ghoiseul qui , en cette occasion comme en tant d'autres , suit le texte de Ijcchevalier en le déguisant , et qui de plus a les yeux sur la carte dressée par ses propres ingénieurs, établit le monument au milieu des roseaux; mais il fait là une confusion singulière; car, ne remarquant pas que le pont cité par Lechevalier est le pont antique , lequel est en effet à 2400 toises de l'embouchure du fleuve, il a en vue un pont de pierre beaucoup plus en évidence sur sa carte que mon copiste ne l'a marqué sur la mienne : or, ce pont se trouve 600 toises plus loin que l'autre, c'est-à-dire, à 3,ooo toises de l'embouchure du fleuve au lieu de 2,4oo ; et, comme M. 'de Ghoiseul voyait sur la carte ce pont entouré 'de marais, il nous dit que le monument est om milieu des roseaux, tandis qu'il est parfaitement à sec sur le plateau au pied duquel on voit encore la trace (j|'une ancienne embouchure du Sca* mandre , ainsi que je l'ai expliqué dans ma relation et conrnie ma carte le fait voir,

Que penser après cela des expressions que notre auteur emploie dans la description du tombeau d'Uus qu'on a déjà vue transcrite à la page io4y et dont, pour cette raison, je vais seulement transcrire les mots suivants :

c Après quelques réflexions, ce monument me sert à recon** a naitre les lieux oiije me trouve. En effet, si l'emplacement « d'Ilion est, comme Homère ne me permet pas d'en douter, a voisin des sources du Scamandre qu'tM mé dit sortir des

( i5a) a racines de cette montagne, sous ce village de Bounar^Baclii a que je distingue parfaitement d'ici, etc. »

Tous les tours de phrase de ce genre qu'on trouve dans le chap. XIV n'ont-ils pas été inspirés par le désir de nous persuader, au détrimçnt de Lechevalîer, comme je l'ai dit, que M. de Choiseul est le créateur du système si heureusement conçu par l'auteur du Voyage de la Troade. Malheureusement pour M. de Choiseul , il manque son but par l'excès même de ses soiiis : ces mots racines de cette montagne, qui expriment si bien la configuration du lieu , prouvent qu'ils ont été écrits , non point en vue des localités , comme l'auteur voudrait nous le faire croire , mais les yeux sur la carte. Certainement l'écrivain n'aurait pu distinguer du tombeau d'Ilus, c'est-à-dire, à près de 4ooo toises de distance, si les pieds de la colline qui portait la ville d'Ilion avaient la forme de racines; à peine aurait-il pu faire cette remarque sur les lieux mêmes ; car l'œil ne peut d'un seul regard , et du même point, embrasser toutes ces sinuosités, comme il peut le faire en regardant un plan topographique ; j'ai donc eu raison de dire que ce sont des Usures et des cartes que M. de Choiseul a explorés.

Ces observations m'ont coûté plus qu'on ne peut le croire; mais une des tâches que je me sids imposées est de rendre à chacun , et particulièrement à Lechevalier, ce qui lui appartient : ayant considéré cette tâche comme un devoir, j'ai dû le remplir : fasse le ciel qu'un autre me rende un jour la pareille! Du reste, la note suivante, imprimée dans le Voyage pittoresque de la Grèce , peu après la mort de son auteur, et qui contient un éloge de lui parfaitement mérité , avait déjà révélé , selon ce qu'il me paraît , et autant qu'il

( i53 ) était permis de le faire à un homme que M. de Choiseul employait, cette faiblesse dont il serait à désirer que tous les écrivains aussi distingués pussent se défendre :

« Plusieurs parties du texte nécessaire pour, la livraison « que Ion donne au public n'ayant pas été composées, on y a n suppléé autant que possible par la seule indication des ob- « jets qui devaient y être traités. On ne se serait pas per- « mis de remplir ces lacunes autrement , ne pouvant espérer « d'égaler la grâce des peintures, ni d'approcher du style « noble et fleuri de M. de Choiseul-Gouffier, dont la couleur a kd appartient entièrement. » Note de l'éditeur, t. II , p. 361 .

Je terminerai en disant que Fauteur de la note qu'on vient de lire s'est plu, dans la continuation de l'ouvrage, à réparer, autant qu'il était en lui , l'oubli volontaire de M. de Choiseul, en citant les emprunts faits à Lechevalier, aussi souvent qu'il a jugé convenable de le faire.

âo

Lettre de M. Raoul Rochette à V auteur. (Voir p. 2a.)

Paris, le 7 décembre i838.

Monsieur,

Je cède , non sans quelque regret , au désir que vous me témoignez dans votre lettre du 4 courant. Ainsi que j'avais eu rhonneur de vous le dire, mon intention était de ne rien publier qui ait rapport à mon voyage, si ce n'est le travail que je prépare sur les monuments d'Athènes , et quelques dissertations épigraphiques qui seront en temps et lieu communiquées à mon Académie, pour être imprimées dans son recueil. Quant à ce que j'ai pu observer de la Troade dans une course rapic^e , mon dessein, je vous le répète , avait été d'en faire seulement vis-à-vis de vous l'objet d'une communication verbale, et je pensais que cela devait vous suffire pour le but que vous vous proposez, celui d'obtenir, soit directement par vous-même, soit par quelque personne qui en serait chargée spécialement , de nouveaux éclaircissements sur quelques points de I^ topographie de Troie , à l'effet de compléter l'intéressant travail que vous avez entrepris sur ce sujet. Déjà M. le ministre de l'instruction publique , en m'autorisant à faire quelques fouilles, conformément au vœu que vous aviez exprimé, avait montré toute sa sollicitude pour l'objet des recherches en question ; et déjà aussi , par cette

( i55) décision même, le gouvernement se trouvait en quelque sorte engagé à favoriser, par toutes les ressources dont il dispose, de nouvelles investigations faites sur les lieux dans Fintérét de votre travail. Les choses étant ainsi, je ne vois pas trop. Monsieur, et je vous le dis bien franchement, ce qu'il peut y avoir d'important pour vous, à ce que je vous adresse par écrit le témoignage que je vous ai donné de vive voix , c'est à savoir, que , rnétoM rendu sur une des collines qui s'élèvent derrière le village de Bounar-Bachi, avec votre plan et la carte de LecheçaUer, j'ai reconnu effectivement, à la place que vous indiquiez, des restes de constructions qui appartiennent à une haute antiquité, et qui semblent avoir fait partie d'un système de fortifications, tel qu'il a dû exister à l'époque troyenne, en le trouvant sur un emplacement tel que celuinlà, qui est bien certainement celui de l'antique Pergame trqyenne. Si j'ajoute encore à cela , ce que j'ai eu aussi l'honneur de vous exprimer de vive voix, que j'ai vivement regretté de n'avoir pas assez de temps à ma disposition pour examiner ces restes de constructions en particulier, et le théâtre de l'Iliade en général , avec toute l'attention qu'ils méritent, et tout l'intérêt qu'ils m'inspirent, je ne ferai certainement que rendre hommage à la vérité, mais sans que cet hommage, encore une fois, importe beaucoup au succès de vos désirs ; et si je dis enfin que le peu que j'ai vu , d'accord avec ce que j'avais lu, suffit pour me donner lieu de penser, qu'il serait d'un grand intérêt de constater, à l'époque ou nous sommes, l'existence de ces restes de murs homériques qui tendent à se détruire de Jour en jour, moins encore par la faute du temps que par celle des hommes, et que ce serait rendre un véritable service à la science , que de charger d'un

ao.

pareil travail , un homme tel que vous , Monsieur, qui avez déjà exploré avec tant de soins et de succès cette localité célèbre , que dirai-je qui ne soit dans la pensée de tout le monde ^ et , en ce qui vous concerne personnellement , comme de l'Académie, qui a entendu avec tant d'intérêt la lecture de votre mémoire ?

Quoi qu'il en soit, Monsieur, je fais ce que vous me demandez et je sacriOe ma résolution à votre désir, afin de vous donner ainsi la meilleure preuve de tout l'intérêt que je prends au travail que vous avez eu la bonté de me communiquer. Que ce travail soit bientôt publié, et que vous soyez mis en état d'y ajouter vous-même ce qui peut y manquer encore, en fait d'explorations locales, c'est le dernier vœu qui me reste à former, et dont je vous prie d'agréer l'expression sincère, avec celle des sentiments d'estime la plus distinguée et de haute considération que je vous ai voués.

Signé : Raoul-Kochette.

Extrait d'une lettre adressée par V auteur à M. Faui^el (i).

Paris, le 23 mars i838.

Monsieur ,

Je dois craindre que parmi tant de personnes qui ont eu rhonneur de vous voir à Athènes, lorsque vous étiez consul en cette ville , vous, n'ayez point conservé le souvenir de la mienne ; mais pour ce qui est de moi , je ne devais pas perdre celui de vos bons procédés, et j'ai si bien conservé la mémoire d'une de nos conversations les plus intéressantes , que je me dispose à en rendre public un des principaux traits ; toutefois, avant de le faire, je crois devoir m'assurer de votre agrément.

Il s'agit pour moi de combattre l'opinion que feu M. le comte de Ghoiseul a adoptée dans les derniers temps de sa vie sur le principal monument du cap Sigée. Cet auteur dit , dans le chap. XIV de son Voyage pittoresque de la Grèce , que Vinspection des objets trouvés dans ce tumukis ne lui permet pa^ d'attribuer à ce monument une si haute antiquité. Moi , au contraire , en vue de prouver que ce moniiment est

(i) Voir ce qui est écrit aux pages 82 et 83.

( t58) bien celui désigné par Homère comme tombeau d'AchiUe, ayant d abord fait voir que le rapport trouvé par M. Visconti entre la petite figure de bronze restaurée par vous et une autre petite figure qui servait de manche à une patère publiée par Winckelmann, n'est pas aussi grand que veut bien le dire l'antiquaire consulté par M. de Ghoiseul, après avoir cité de plus l'opinion de M. Jumelin au sujet de la figure que vous avez recomposée , j'ajoute :

ce A ce témoignage de M. Jumelin-, je suis assez heureux (c pour pouvoir en joindre un autre de plus de poids encore : '< c'est celui de M. Fauvel lui-même , qu'on peut considérer (( aussi comme antiquaire. Quand j'étais auprès de lui à « Athènes, au mois de janvier 1812, il n'y avait que peu de (c temps encore qu'on avait trouvé dans les décombres du ec temple d'Égine les dix*sept statues dont notre musée po&- (c sède maintenant les empreintes. Le premier jour où je vis <c ce consul, j'avais aperçu dans son cabinet une effigie en <c plâtre de l'une des plus petites de ces figures; M: Fauvel (C avait été si frappé de son rapport avec celle que M. de <c Choiseul l'avait chargé de restaurer, qu'il avait demandé <c aux propriétaires la permission d'en tirer une épreuve. Il c me la fit remarquer à propos de ce que je disais des doutes c élevés touchant la figurine trouvée dans le tombeau du « cap Sigée, et me dit : Quand je recomposais auec tant « de di^cultés cette figure en replaçoM cfiaque parcelle de (f cuiifre sur le point qu'elle me paraissait apoir occupé, ic pouvais-je avoir fidée de celle quon devait trouver vingt- « quatre ans plus tard parmi les décombres du temple « d'Egine P M. Fauvel , en me faisant cette observation , ce avait encore si bien présente en sa mémoire la figure du

(( tombeau d'Achille , qu'il me dit en outre que celle d'Égine « lui avait fait sentir les fautes qu'il avait faites dans la (i recomposition de la première. » .

Dans le cas, Monsieur, où vous auriez conservé le souveoir de la conversation dont je voudrais rapporter un trait fidèle , vous m'obligerez beaucoup , en voulant bien avoir la complaisance de m'écrire un mot, soit pour confirmer mon assertion, soit pour rectifier ce que mon dire peut avoir d'inexact; car je> désire ardemment de ne faire valoir que la vérité, etc.

Je certifie que M. Mauduit m'a remis la présente lettre le a4 mars de la présente année pour la faire parvenir à M. Fauvel, et que la nouvelle de la mort de cet estimable ex^consul étant parvenue à la connaissance des bureaux des araires étrangères avant qu'il se soit présenté une occasion de la lui faire tenir ^ je Vai remise à M. Mauduit, cejourd'hui 1 5 mai 1 838.

Signé : C. Favart,

« Persuadé, comme je le suis , que la description de Jumelin «permet bien mieux d'asseoir un jugement sain sur cette « figure , j'engage le lecteur à y recourir. » Note de la p. 86.

Extrait de la lettre adressée à M. Leche^alier, par le docteur JumeUn, au sujet du groupe trouvé dans le tombeau d'Achille.

Après avoir pris lecture de sa lettre (celle de Gormezano), je m*empressai de procéder à l'examen de reliques aussi curieuses; et, pour le faire avec méthode, je fis apporter un grand plat sur lequel je vidai le bocal.

On remarquait au premier coup d'oeil une substance pulvériforme, et des débris de diverses natures, que j'épluchai attentivement , et dont je fis cinq lots séparés par ordre de leurs qualités apparentes.

La première division contenait des morceaux de vases de terre cuite ; la seconde était formée de quelques charbons de bois , et la troisième de quelques fragments d'une subsjtance crétacée qui provenait évidemment d'ossements calcinés. J'avais joint à ce troisième tas la moitié d'un vase d' ivoire {i).

(i) Ne peut-on considérer déjà cette circonstance comme un indice de la haute antiquité du monument où ce débris se trouvait.^ Heyne fait cette remarque, que les ouvrages d'ivoire furent connus dans TAsie et particulièrement dans la Phrjgie , dès les temps les plus anciens , et qu*à l'époque de la guerre de Troie, les objets de cette matière étaient encore une rareté parmi les Grecs. (Winckelmann, Addition à l'histoire de l'art, lettre B.)

La quatrième division n'offrait qu'un seul objet; c était une barre informe couverte de vert-de-gris. Vous aurez une idée de sa forme et de son volume , quand vous saurez qu'on l'a prise /?owr une poignée d'épée.

* Enfin , la cinquième division était composée de parcelles irrégulières , et d'une plaque scutiforme d'une substance rougeâtre, que sa pesanteur spécifique me fit reconnaître aussitôt pour l'oxyde d'un métal quelconque.

La substance pulvérisante me parut, à la vue et au toucher, avoir des caractères de cendres si frappants que je ne songeai pas à procéder à un examen ultérieur. Quant aux charbons de bois, aux fragments osseux et aux tessons de vases cassés, il était impossible d'élever le moindre doute sur leur nature.

Le corps vert-de-grisé était une barre de cuivre, comme je m'en suis assuré en vérifiant un morceau de V oxyde.

La matière de chacun de ces objets ainsi déterminée , il restait à débrouiller les formes qu'avait jadis offertes l'assemblage de plusieurs d'entre eux : pour procéder plus sûrement à cette opération , j'appelai le secours de Fauvel , dont vous connaissez la dextérité et l'intelligence. ^4 force d'examen, de tâtonnements et de patience, Fauvel trouva que la prétendue poignée d'épée était l'intérieur du corps d'une statue, et qu'une partie de l'oxyde en écailles avait formé sa surface, et avait été écroûtée par quelque secousse. En rapprochant et collant tous ces débris Vun après l'autre aux endroits oîi la correspondance de leur forme avec le vide les appelait, il parvint à rétablir, sauf quelques lacunes non nécessaires pour reconnaître l'ensemble, une statue égyptienne drapée a la grecque. Elle était portée sur le plateau scutiforme dont

( i62) j'ai parlé , et ce plateau était soutenu par deux petits chevaux dans le côté desquels il était implanté.

La statue, jointe au piédestal qui la soutenait, a dix pouces de hauteur. Les chevaux sont lourds et mal faits. Ils portaient chacun un guerrier dont il ne reste plus que la partie inférieure. Le "visage de la figure est détruit; on distingue en* core une partie du sein; les pieds sont en avant l'un de l'autre et sur deux lignes parallèles, comme aux statues égyptiennes. Les symboles qui surchargent sa tête et ses épaules, sont la partie la mieux conservée. Deux sphinx, placés sur les avant-bras, élèvent leur tête au niveau de sa coiffure ornée d'une feuille de loties (i), au-dessus de laquelle on voit deux lions , ou deux sphinx (2). . On distingue sur son épaule une chemise d'un tissu dont l^ fils semblent frisés à peu près comme les chemises de soie que les femmes portent encore dans tout V Orient (3). Elle est vêtue d'une robe avec un grand nombre de plis per-

(i) Les mots ornée d^ une feuille de lotus sont également imprimés en italique dans la description de Jumelin , et le docteur fait remarquer un peu plus loin qu^une figure d'Isis est reconnaissable à son habillement et au lotus qui est sur sa tête,

(a) H faut que cette partie désignée par Jumelin comme la mieux con* sersfée ait encore été en un bien fâcheux état, puisqu'on ne pouvait dis* tinguer si c'étaient des lions ou des sphinx.

(3) Toute cette partie de la description a i}n extrême rapport avec celle que Winckelmann donne d'une figure qu'il considérait comme un des plus anciens ouvrages grecs ou étrusques, en faisant cette observation, qull n'est pas aisé de prononcer sur les statues qui paraissent d'exécution étrusque, parce qu* elles peuvent être des premiers temps des Grecs. (Voir l'Histoire de l'art, liv. III, chap. II, S n)

( i63 ) pendiculaires; les pans en sont relevés sur les cuisses , et les bords sont partout contournés suivaM la disposition des plis et la plus grande uniformité. De son bras gauche , elle soutient sa robe , qu'elle saisit avec le pouce et l'index , etc. (Voyage de la Troade , t. II , chap. XIX.)

c Cette conjecture est confirmée par Pausanias (celle qu'on ff a dû procéder à la confection des statues et figurines par c la sculpture et la ciselure avant de recourir à la fonte). » Voir p. 91.

On lit dans Pausanias, liv. III , Voy. de Laconie, ch. XVII :

« A Faile droite (de la chapelle de Vénu3 Aréa, à Sparte) on voit un Jupiter en bronze, qui est de toutes les statues de bronze la plus ancienne. Ce n'est point un ouvrage d'une seule et même fabrique ; il a été fait successivement et par pièces; ensuite œs pièces ont été si bien enchâssées, si bien jointes ensemble avec des pointes , qu'elles forment un tout fort solide. A l'égard de cette statue de Jupiter, ils disent que c'est Léarque de Rhégium{i) qui l'a faite; selon quel-

(i) Cet ancien statuaire n'est connu que parce que Pausanias nous en apprend. L'édition d'Âlde Manuce dit qu*il était lïÉgine.

ai.

( i64 ) , ques-uns, c était un élève de Dipœne et de Scillis, et selon d'autres de Dédale même. »

Au livre VIII, Voyage de FArcadie, chap. XIV, le même auteur, décrivant ce qu'il y avait de remarquable dans la citadelle de Phénéon, s'exprime ainsi : « On y voyait autrefois un temple de Minerve Tritonia, mais il n'en reste plus que les ruines. Les Phénéates disent qu'Ulysse y consacra aussi une statue de bronze à Neptune Hippius. Selon eux , ce fut à l'occasion de ses cavales qu'il avait perdues ; car après les avoir cherchées inutilement- par toute la Grèce, les ayant retrouvées chez eux, il bâtit un temple à Diane Heurippé, et en même temps il fit ériger une statue à Neptune. ....

«c Mais, continue Pausanias, je ne tiens pas ce récit pour véritable en toutes ses parties ; on ne me persuadera point qu'Ulysse ait érigé une statue de bronze à Neptune. Les hommes ri avaient point encore alors (au temps d'Ulysse) l'art de fondre le métal et de le jeter en moule. On faisait une statue comme un habit, successivement et par pièces, non d'un seul jet et tout à la fois ; c'est ce que j'ai déjà dit dans le troisième livre de cet ouvrage , en parlant de la statue de Jupiter surnommé le Très-Haut. En effet, les premiers qui aient su fondre une statue ont été Bhœ^us fils de Philéus, et Théodore fils de Téléclès, tous deux de Samos; c'est ce même Théodore qui avait gravé cette belle émeraude qui servait de cachet à Polycrate , tyran de Samos. »

a II résulte des renseignements donnes par le chanoine « Jorio , qu'il n existe dans le musée de Naples aucune staa tuette ou figurine en cuivre. » P. 92.

Extrait d'une lettre adressée de Naples à VauJbeur par le chevalier Gasse, à la date du fÂ% mars iSSg.

(c Je me suis adressé à M. le chanoine Jorio , l'un des principaux employés de notre riche musée, antiquaire renommé par ses connaissances et par ses nombreux ouvrages; voici ce que j ai écrit sous sa dictée : j

«cil y a au musée de Naples des vases antiques en cuivre, <( il y en a en bronze, et dont les anses sont d'un métal élas* « tique, mais qui n'a pas encore été analysé.

« Les statuettes sont toutes en bronze; on est d'avis qu'elles <c sont toutes coulées, que celles ordinaires n'ont point été 9i ciselées; mais que celles d'un travail recherché laissent (c voir qu'on les a ciselées dans la tête , les cheveux , les « draperies, etc. ; les figurines qui n excèdent pa^ six pouces « sont massives; il y a dans le nombre de ces statuettes quel- « ques-unes qui sont d'une date peu antérieure à la destruc- <c tion d'Herculanum , d'autres remontent plus haut, mais « ne sont pa^ d'une antiquité très-reculée.

« L'effet produit par l'oxyde sur les objets en bronze, soit a coulé, soit ciselé, est de deux espèces; lorsque ces objets ce ont été enfouis dans une terre volcanique , l'oxyde y proie duit des excroissances, ou scories couleur vert-de-gris, « qu'ici vulgairement on appelle rogna, et dans la partie a rongée, me dit M. de Jorio, la décomposition ou destruc- « tion est la plus active et parvient à faire périr l'objet. oc Lorsque les statuettes ont été enfouies dans des terres un « peu humides , elles prennent un joli vernis bien lisse et (c sans excroissances , et c'est ce que nous nommons patina. »

a D'après cela M. Jorio ne saurait indiquer quel effet produit l'oxyde sur les objets de cuivre coulé ou ciselé, n'y ayant rien à notre musée qui puisse lui fournir des renseignements sur ce sujet »

L'observation faite dans le deuxième paragraphe , que les statuettes sont toutes coulées, m'est donnée en réponse à une conjecture que j'avais soumise , celle que le groupe troyen était probablement un ouvrage ciselé, et non coulé. Il faut'^à ce sujet remarquer d'abord que tous les objets recueillis dans le musée de Naples ^ au rapport même de M. Jorio , n'appartiennent pas à une très-haute antiquité , ensuite qu'il importe médiocrement qu'il soit prouvé que le groupe en question ait éxé coulé au lieu d'avoir été taillé ou ciselé, comme je l'ai pensé; car si Pausanias, à propos de cette statue coulée qui se voyait à Phénéon dans le temple de Minerve Tritonîa , et que les Phéneates prétendaient avoir été consacrée par Ulysse à Neptune Hippius, refusant de croire à la complète exactitude du récit qui lui était fait, dit : «r On ne me per- «c suadera point qu'Ulys»e ait érigé une statue de bronze à

« Neptune , les hommes n'avaient point encore alors Vart de fi fondre le métal et de le jeter en moule, » l'observation qui vient immédiatement à la suite de cette assertion , cette observation qu on faisait alors une statue comme un habit, successivement et par pièces, dispose à croire qu'en disant d'une manière si positive que Vart de jeter le métal en moule n'était point encore connu en ces temps reculés, Pausanias n entendait parler que des statues, c'est-à-dire, des figures d'une haute proportion (i). Pour ce qui est de moi, il me paraît très-présumable que, déjà avant la guerre de Troie, on fondait des figures d'une petite proportion , telles que celles qui entraient dans la composition des candélabres qui ornaient le palais d' Alcinoiis. Toutefois , je n'en suis pas moins disposé à croire que le groupe en question avait été fait à l'outil, et, comme dit Pausanias, par pièces: je me fonde pour cela, d'une part, sur l'engencement des divers objets qui composaient ce groupe, et de l'autre, sur ce que rapporte Jumelin, que les chevaux étaient lourds et mal faits; car l'imperfection des instruments dans ces premiers temps de l'art pouvait bien ne pas permettre de donner à oe georo de travail la délicatesse qu'il a pu acquérir par la suite.

Ces candélabres du palais d'Alcinoûs me rappellent un passage de Pline de quelque intérêt; cet historien fait observer que le premier emploi du bronze fut pour des pieds de meubles et des candélabres; ce fut, dit-il, sa pre-mière illustration , d'oii il s'éleva au simulacre des dieux et aux effigies des hommes et des animaux (2) : or, le résultat

(i) Ce passage de Pausanias est transcrit en entier à la page i64* (a) Liv. XXXIV, ch. 2.

( i68 ) de la fouille faite dans le tombeau d'Achille porte à croire qu'il en fut de même pour le cuivre, car la disposition de toutes les parties du groupe trouvé dans ce tombeau donne la conviction qu'il formait bien réellement le pied d'un candélabre, et que les figures d'hommes et d'animaux qui en faisaient partie , n'y avaient été employées qu'à titre d'ornements. Les candélabres qu'Homère nous dit être d'or, et qui offraient dans leur disposition des figures de jeunes garçons, n'étaient probablement que du cuivre doré.

Toutes ces observations ne sont-elles pas bien propres à me maintenir dans l'opinion que le groupe troyen appartient à la plus haute antiquité? puis-je croire qu'il soit du siècle de Caracalla, quand je me vois confirmé dans la pensée qu'à cette époque on avait déjà renoncé depuis des siècles à l'emploi du cuivre pour de tels objets ? et si c'est un candélabre, comme j'en ai la persuasion , quelle raison ai-je d'admettre qu'on ait déposé un objet de cette nature dans le tombeau d'un homme qui n'habita la contrée quen passant? il me paraît au contraire des plus admissibles qu'il ait pu être placé près des restes d'Achille , comme l'un des objets dont ce héros assoit fait le plus constant usage , pendant les années que lui et ses compagnons aidaient occupé les lieux voisins de ce tombeau.

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