‹ Découvertes dans la Troade. Dissertations sur les monuments de la plaine de Troie et la position de cette ville. Monuments signalés à l'attention des archéologues et des amis de l'antiquité au pas des Thermopyles. Éclaircissements sur la marche de Xercès dans la TroadeChapitre 11 sur 32 · EXTRAITS DU JOURNAL LA PRESSE · texte numérisé non relu

EXTRAITS DU JOURNAL LA PRESSE

Opinion de M. Granier de Cassagnac sur V interprétation quil confient de donner aux mots Kalros et Sidèros. Observations et dissertations de l'auteur sur le même sujet.

(Voir la noté 2 , p. 92.)

«Les armes des héros d'Homère sont faites de quatre métaux et d'un alliage. L'or s'appelle chrusos, l'argent, argurion, l'étain, ca^siteros, d'où est venu le nom des îles Cassitérides , à cause de l'étain que les anciens en retiraient, n y a une assez grave difficulté sur les noms du cuivre et du bronze; des deux mots dont se sert Homère, kalkos et sidèros, lequel désigne le bronze, lequel désigne le cuivre?

(c Les annotateurs disent bien que le kalkos est le bronze, et le sidèros le cuivre ; mais on pourrait également dire le contraire, et peut-être avec plus' de raison. En général, les armes offensives et défensives , comme les boucliers et les épées, sont en kalkos. Il y a des pointes de lances en kalkos au cinquième livre de \ Iliade, au sixième, au quatorzième et au seizième ; il y a des casques en kalkos au onzième livre de Y Iliade, au treizième et au vingt-troisième. Enfin il y a un bouclier de kalkos au douzième livre; une cuirasse au treizième ; une cotte de mailles au vingt-troisième.

( 17» ) ce Nous n'avons vu nulle part que les armes offensives ^en kalkos, comme les épées , et il y en a une au huitième livre de Y Odyssée, celle précisément que Bitaubé a faite d'acier trèsfin, servissent à frapper d'estoc, c'est-à-dire, de pointe. Au sixième livre de Y Iliade, Hector coupe avec son sabre la hampe de la lance d'Ajax, qui. était en bois de frêne. C'est le coup le plus rudement appliqué qu'il y ait dans Homère, où les héros ne se servent presque jamais de leur épée. Le poète ne dit point en quoi était le sabre d'Hector. Il était probablement en kaUios, comme celui de l'Odyssée. Il y a une épée d'argent au vingt- troisième livre de V Iliade. Ces épées étaient des lames assez minces et assez longues, qui ne servaient qu'à frapper de taille, et qui pliaient à chaque coup. Il y a pourtant, au seizième livre de Y Odyssée, une épée à deux mains, ce qui suppose qu'on en fabriquait aussi de fortes. Tous les peuples barbares ont ainsi commencé par se servir d'épées en cuivre. Les Gaulois n'en avaient pas d'autres , même lors de leur troisième invasion de l'Italie, et peu de temps avant Annibal. Polybe raconte, au chapitre six du deuxième livre de son histoire , qu'à la bataille de Télamon , gagnée par le consul Émilius, les Gaulois avaient des épées en cuivre avec lesquelles ils ne pouvaient frapper que de taille, qui se pliaient d'un bout à l'autre au premier coup, et que les soldats étaient obligés de redresser sous leur pied, avant d'en frapper un second.

« Les annotateurs pensent donc en général que le kalkos désigne le bronze. Voici les raisons qui nous font penser qu'il désignait au contraire le cuivre. D'abord, les chaudrons étaient en kalkos, ce qui nous semble bien décisif, car pour faite un chaudron en bronze, il faudrait le couler, et ce serait

( 171 ) peut-être difficile, même aux fondeurs d'aujourd'hui. Ensuite, comme le bronze est plus dur que le cuivre, il était naturel que les instruments qui ont besoin d'une grande résistance , fussent en bronze. Or, il y a précisément à la fin du quatrième livre de YlUade, une hache de charpentier en sidèros. Il y a également une doloire de sidèros au neuvième livre de Y Odyssée. Enfin il y a une massue du même métal au septième livre de Y Iliade. Ajoutons une circonstance dont nous avouons que nous ne savons pas toute la valeur. Au neuvième livre de Y Odyssée, il y a un forgeron qui trempe le sidèros, en le plongeant très-chaud dans de l'eau froide. Homère ajoute que de cette trempe venait toute la force du sidèros. Trempe-Uon le bronze ou le cuiçre de cette manière .^ Enfin, et nous voudrions bien que ceci ne parut pas trop subtil , il nous semble qu'entre un métal et son alliage , c'est le métal qui est la généralité, et l'alliage l'exception. Il nous semble encore qu'un ouvrier tire naturellement son nom de la généralité et non de l'exception de son ouvrage; or, le forgeron porte dans Homère le nom de kalkeus, par exemple au douzième livre de YlUade. Ce qui est plus positif encore, c'est que l'ouvrier du neuvième livre de Y Odyssée qui travaille le sidèros, et qui le trempe, se nomme également kaJkeus. Nous serions donc très-porté à croire^ contrairement à l'opinion commune, que kalkos désigne le cuivre, et que sidèros désigne le bronze 3>

(Feuilleton du 27 janvier iSSg.)

«Les anciens avaient des armes en bronze, ou en airain. Il en existe dans les musées d'antiquités , et les chimistes en

( 17^ ) ont analysé : ceci est dans les traités élémentaires dé minéralogie et de chimie. Secondement, les anciens avaient des armes en cuivre , car Polybe cite , livre II , chapitre VI de son Histoire, les épées des Gaulois, qui se pliaient d'un bout à l'autre au premier coup, et que les soldats redressaient avec leurs pieds, avant qu'ils eussent adopté Tépée en fer des Romains. Nous sommes tout à fait de l'opinion de l'une des lettres qui nous occupent, en ceci que le bronze des anciens était moins du bronze artificiel composé par le fondeur, qu'un alliage naturel extrait de la mine; et ce qui le prouve, c'est que ce bronze a donné à l'analyse des proportions trèsvariables, et surtout fort éloignées des proportions adoptées par la science d'aujourd'hui. Mais il faut bien que le cuivre des épées gauloises fût à peu près pur, comme le cuivre de Chypre , parce qu'un alliage l'aurait rendu cassant.

a Nous savons bien , et ceci est même un argument contre l'autorité des dictionnaires, que nous pourrions renvoyer à ceux qui nous les opposent, qu'on a l'habitude de traduire kalkos et œs par airain, quoique ce fiit évidemment le cuivre; car, comme les anciens connaissaient le cuivre et s'en servaient, de quel autre nom l'appelaient-ils donc.^ Oui, les dictionnaires ont tort de tradjuire kalkos par airain. Nous avions même cité, dimanche dernier, des faits qui auraient dû frapper davantage. Les chaudrons qui sont cités dans Homère , sont tous en kalkos; par exemple celui qui est mentionné au huitième livre de l'Odyssée, vers trois cent soixante-dix , et dans lequel on fait chauffer l'eau d'un bain pour Ulysse. Il est évident que les fondeurs du temps d'Homère n'étaient pas capables de couler un chaudron en airain , surtout si l'on songe qu'il y a de ces chaudrons homériques

( 173 ) qui contiennent un bœuf, notamment au vingt-troisième li^e de l'Iliade , vers huit cent quatre-vingt-quatre. Le kalkos dont étaient faits ces chaudrons était donc du cuivre battu , et non pas de V airain; les dictionnaires ont donc eu tort 'de traduire kalkos par airain : alors pourquoi auraient-ils nécessairement raison, lorsqu'ils traduisent sidèros ^v fer.

ce Les raisons qui nous ont porté à traduire sidèros par bronze ou airain sont nombreuses.

«Premièrement , les anciens connaissaient le bronze, puisque les musées contiennent des antiques en cet alliage. Or, comment les anciens appelaient-ils le bronze, puisque le cuivre s'appelle kalkos?

« Secondement, si les héros homériques avaient connu le fer, ils en auraient fait leurs armes offensives; or, il y a dans Homère des épées en kalkos ou en cuivre, et des épées en argent ; nous avons indiqué dimanche les endroits où le poète les mentionne ; mais il n'y a pas d'épée en sidèros, à supposer que ce mot désigne le fer, ainsi que nos contradicteurs le prétendent.

« Troisièmement, il fallait nécessairement que le sidèros fit un métal aigre et cassant, puisqu'on n'en pouvait faire que des instruments courts, gros et trapus, comme les haches et les doloires; et il devait y avoir un empêchement absolu à ce qu'on en fît des épées, puisque Homère dit dans l'Odyssée , chant neuvième , vers trois cent quatre-vingtdouze, que c'était le plus dur des métaux. Or, si un métal, le plus dur de tous , ne pouvait pas servir aux épées , puisqu'il n'y en a pas faites de ce métal dans Homère , ce n'était pas le fer.

«Quatrièmement, la dureté du sidèros, quelle qu'elle fût, ne

( 174 ) devait pas dépasser de beaucoup celle du cuivre; car lorsque Homère veut exprimer hyperboliquement la dureté d'âme de quelqu'un , il emprunte ses métaphores au kalkos, et non pas au sidèros. Mars est appelé de cuivre au cinquième livre de \ Iliade, vers huit cent soixante et un. Si le mot sidèros avait désigné le fer, métal infiniment plus dur que le cuivre, Homère s'en serait servi au lieu de se servir de kalkos.

ce Cinquièmement , les seules armes offensives à la composition desquelles servait quelquefois le sidèros, c'étaient les pointes des flèches (i). Il y en a de ce métal au vingt-troisième livre de Y Iliade, vers huit cent soixantè-dix-neuf ; ce qui rentre dans ce que nous disions plus haut de la nature cassante du sidèros, qui ne pouvait s'employer que dans les armes courtes, et ce qui prouve que ce n'était pas du fer.

a Mais enfin , et ceci est un argument que nous adresse l'un de nos contradicteurs, puisque, selon nous, kalkos désignait le cuivre , et sidèros le bronze , de quel nom les anciens Grecs appelaient-ils donc lejerp car s'ils ne le connaissaient pas du temps d'Homère, ils l'ont connu plus tard. Ceci est simple, clair et net; nous allons tâcher d'y répondre simplement, clairement, nettement.

« Notre réponse est dans Hésiode. Ce poète mentionne à la fois le bronze et \e/er, et il les nomme de deux noms différents. Notons, en passant, que le troisième âge mythologique

(i) Les pointes de lance se fiaiisaient également en sidèros : le passage du IX* livre de FOdyssée, cité par M. de Gassagnac, explique que c'est pour durcir là pointe tTune lance ou le tranchant d^une hache que le forgeron plonge le sidèros clans l'eau froide.

( 175) da monde , entre l'âge d'argent et l'âge de fer, est appelé à tort en français l*dff€ d'airain, toujours sur la foi des dictionnaires ; c'est âge de cuivre qu'il faudrait dire , car Hésiode l'appelle kalkeion.

« Aux vers huit cent soixante-^eux , soixante^trois et soixante-quatre de la Théogonie, Hésiode mentionne deux fourneaux y l'un où l'on fond l'étain, kassitéros, l'autre où l'on fond le bronze. Il désigne le bronze comme Homère, par le mot sidèros. Au vers cent trente-cinq du poëme Des travaux et des jours, il mentionne le fer; et comme il n'a pas de mots dans la langne pour le rendre, il l'appelle du bronze noir, mêlas sidèros. C'est à l'endroit où Hésiode dit que la découverte du cuivre a précédé de beaucoup celle du fer. Gomme le bronze était le métal connu auquel le fer ressem* blait le plus, il l'appelle bronze; et comme il avait en outre un caractère spécial, qui était la couleur sombre, il l'appelle bronze noir. C'est ainsi que les Latins ^ n'ayant pas de mot pour désigner le cuivre pur, lui donnerait d'abord celui du cuivre naturel ou mélangé, œs; et puis ils ajoutèrent cyprium, pour désigner la qualité spéciale qu'il devait aux mines d'où on l'avait retiré.

a Le nom de bronze noir, dont se sert Hésiode, caractérise le fer avec d'autant plus de certitude, qu'Homère, au septième livre de V Iliade, vers quatre cent soixante-treize, dit que la couleur du sidèros naturel, du bronze, était rutilante. ^>

(Feuilleton du 3 février suivant.)

Dans une note manuscrite , M. Granier de Cassagnac fait remarquer que l'abbé Gédoyn a traduit le mot kalkos indis-

( 176) tinctement par les mots français cuivre, bronze et airain (i).

Il me paraît à désirer qu'on puisse s'entendre sur l'interprétation qu'il convient de donner à ces mots kalkos et dderos, comme aussi sur la signification des mots français cuivre, airain et bronze. Je vais me permettre d'énoncer mes opinions à ce sujet , invitant les personnes qui possèdent des connaissances plus spéciales sur chacun des objets que je traite , à rectifier ce qu'il pourrait y avoir d'erroné dans ces opinions.

Il me semble que l'expression kalkos employée par Homère est, comme Tétait le mot œs chez les Latins, un terme générique qui, ainsi que le mot cuiA^re ou airain chez nous, désigne le métal pris dans sa généralité et , plus particulièrement peut-être , comme i} se trouve composé quand on le tire du minerai, c'est-à-dire, que ce mot qualifie une sorte de bronze natureU

Les anciens Grecs désignaient le métal épuré par Tart , ou naturellement plus pur que certains autres , par une expt*ession équivalente à celle-ci, airain cyprien, ainsi que les Latins le faisaient par œs cyprium, et nos fondeurs appellent du nom de cuivre de rosette cette matière quand elle est entière-

(i) Dans cette même note, M. de Gassagnac, pour fixer son opinion relativement à la matière dont pouvait être un porte-coupe qui , au rapport de Pausanias , était de sidèroSy et se composait de lames soudées ensemble, demande : Si on soude le fer?

La réponse à cette question est afBrmative. On le soude même de dif-> férentes manières, à Tétain, au cuivre, et à Targent Ce dernier moyen peut être le plus heureusement employé pour le cas dont il s'agit , c'està-dire, pour des objets d'art. Le praticien que j'ai K^onsulté m'a dit que quand cette sorte de soudure est bien faite, on peut difficilement l'apercevoir. Un vase composé de lames de fer ainsi soudées pourrait même aller sur le feu, pourvu, bien entendu, qu'il f(it rempli d'eau.

( »77 ) ment purifiée ; c'est ce que nous connaissons sous le nom de cuii^re rouge.

Il suit de ce qui précède, que si le mot sidèros employé par Homère signifie bronze, ce ne peut être que le bronze artificiel. Ceci établi, je vais examiner si M. de Gassagnac est aussi bien fondé qu'il le croit à reconnaître du bronze dans ce mot sidèros.

Je me vois obligé, dès le principe, de communiquer à mes lecteurs deux observations que Ton peut vérifier facilement, et qui sont fort contraires à cette opinion : ayant parcouru avec attention deux volumes tout entiers de Pausànias , ceux qui traitent de l'Àttique et de la Corinthie, de la Béotie et de la Phocide , je n'ai vu généralement employé que le mot kalkos pour toutes les statues qui sont citées dans ces deux volumes, à la seule exception de celles, en bien petit nombre, que les traducteurs donnent pour être de/er.

Or, comme il est bien reconnu que l'emploi du cuivre pur, pour de grands objets , présente dans la fonte des difficultés excessives , il me paraît impossible que dans cette multitude de statues citées par Pausànias, il ne s'en trouve pas un bon nombre qui soient de bronze ; ne (ut-ce que celles qui s'approchaient de la grandeur naturelle, ou qui la dépassaient. Par exemple, on ne peut douter aucunement que la statue de Minerve , placée dans la citadelle d'Athènes , et qui devait être colossale, puisque la pointe de sa pique et l'aigrette de son casque se voyaient de Sunium (i), on ne peut douter, dis-je , que cette statue ne fût de bronze , ainsi qu'une autre statue de la même déesse érigée par les Mar-

(i) Païuania», liv. !•% chap. XXVUI.

( Î78 ) seillais et qu'on av^U placée dans le vestibule de son temple à Delphes , en raison de ce qu'elle était plus grande que celles admises dans l'intérieur; or, Pausanias emploie pour oes deux statues, comme pour toutes les autres, le mot kalkos.

Pour prouver que des statues d'une forte proportion peuvent être en cuUfre, on me citera les chevaux dits de Corinthe que nous avons possédés à Paris , et qui , en effet , sont d'un euivre des plus purs ; mais ces chevaux forment exception : ilîs sont considérés par M. d'Arcet comme le produit d'un tour de force. On remarque qu'on n'a pu réussir à les couler qu'eiii donnant à la matière beaucoup plus d'épaisseur qu'on ne l'aurait fait, si on y avait mis un alliage convenable; et, en outre, on a pu s'assurer que, dès le principe^ <m (ut obligé de remédier aux défectuosités du coolage, en rapportant un grand nombre de pièces.

Ija deuxième observation porte ^r un idxt cgak parsdt tout à liadt concluant, et qui pourtant ne Vest pas, selon moi, co»mme on va bientôt le voir. Je le trouve enloore dans Pawr ^sanias ; il tend à prouver que la signification du mot ddèrcs est celle de .^.

A propos de l'hydre et de rHeroxIe que l'on voyait à Delphes , dans le temple d'Apollon , l'auteur grec s'exprime ainsi : irll est extrêmement difficile de feire des statues en « sitièros et cela eaige beaucoup de travail : c'est donc une « chose très-curieuse que cet ouvrage de Tisagoras que je ne « connais pas autrement. On voit à Pergame une tête de « lion et une de sanglier également en sidèros, et qm ne (c méritent pas moins d'être admirées : on les a placées dans a le temple de Bacchus. »

Or, certainement Pausanias ne se serait point exprimé de

Mtte sorte $i, par le Jonot sidèros, il avait entendu exprimer

des objets en bronze, puisqu'il est reconnu qu'on emploie cette

I matière, principalement par la considération qu elle se prête

infiniment mieux que le cuivre pur à lopération de la fonte.

Quelque force que paraissent avoir tes deux observation^ que je viens de soumettre, je pense cependant qu'elles ne détruisent pas en entier l'opinion de M. de Cassagnac; car il me parait en effet bien peu probable qu'au temps des Agamemnon et des Achille on ait employé le fer, puisque, plu^ de six siècles après, on faisait encore usage du cuivre et du > bronze pour les armures et même pour les armes offensives ; il me paraît du moins certain qu'à cette époque on était bien loin de connaître tout le parti qu'on en a pu tirer par* la suite.

Les mots suivants de Pline fournissent déjà une forte rai*son de croire que lors de la guerre que les Romains eurent à soutenir contre Porsenna , environ sept cents ans après la chute de Troie, non-seulement il y avait peu de temps qu'on faisait usage d'armes offensives en fer, mais même qu'à cette époque ce métal était encore rare, ou d'un usage peu commun : «Du reste ♦ dit le célèbre écrivain, liv. XXXTV, « chap. i4> on a tenté de rendre au fer sa première innocence: € une clause formelle du traité conclu entre le peuple romain « et Porsenna , fut que le fer ne servirait plus qu'à Vagria culture. 2>

Mais en outre Hésiode^ dans ce même poëme cité par M. de Gassagnac, semble décider la question comme il l'entend : ce qu'on va lire tend du moins à prouver que, dans la période homérique, le fer n'était point encore connu. Le chantre des travaux et des jours fait de l'époque oii vécurent les Jason, les Hercule, les Thésée et tous les héros d'Homère,

( »8o,) un âge intermédiaire entre Fâge à' airain et l'âge de^r. Après avoir décrit la nature des êtres qui vivaient dans ce qull appelle le troisième âge du monde, après avoir dit qu'alors le fer, méla^ sidèros, n'existait pas encore, et représenté cette race du quatrième âge comme éteinte, il continue en disant :

<c Lorsque la terre eut ainsi enfermé dans son sein cette troisième race des mortels , Jupiter, plus juste et plus équitable, couvrit pour la quatrième fois la terre d'hommes divins, de ces grands héros appelés demi-dieux ; mais les uns périrent dans les guerres et d«ns l'horreur des combats ; les autres tombèrent auprès des sept portes de Thèbes sur la terre de Gadmus, en disputant la couronne d'Œdipe; d'autres furent engloutis dans les abîmes de la mer profonde, lorsqu'ils allaient à Troie pour V amour de la belle Hélène, oii ils trouvèrent leur sépulture auprès de cette ville fatale. Jupiter donne à ces héros une nourriture et des demeures particulières à l'extrémité de notre globe ; ils habitent maintenant en paix, ces heureux demi-dieux, dans les îles Fortunées auprès du profond Océan ; et la terre féconde produit quatre fois l'an pour eux les fruits les plus délectables.

oc Oh! si je ne me trouvais pas dans le cinquième âge du monde, ajoute le poète, si fêtais mort auparavant, ou si ma naissance avait été retardée, combien mon sort serait doux! mais fêtais réservé à cet âge de fer, et les hommes ne cesseront plus de travailler et de souffrir, etc. , etc. »

Ces mots : mais fêtais réservé à cet âge de fer, ne semblentils pas indiquer qu'Hésiode, le premier poète, je pense, qui se soit avisé de partager l'existence du monde en ces différents âges, considérait celui qu'il qualifie ai âge de fer, comme tout

( i8i ) récent, et caractérisant l'époque dans laquelle il vivait? cette intention me paraît complètement exprimée par ces expressions : si fêtais mort auparavant, ou si ma naissance eût été retardée. Quoi qu'il en soit, si je ne puis affirmer positivement que dans la période homérique on n'a point fait usage du fer, même pour certaines armes et pour quelques instruments, comme, par exemple, pour des pointes de lances ou de flèches et pour des haches , ainsi que le passage du livre TX de l'Odyssée parait l'indiquer, je suis toujours des plus disposés à croire que les objets dont il est question dans ce passage, étaient de bronze, et je ne suis que médiocrement arrêté par cette circonstance qu'Hpmère nous représente un ouvrier occupé, à tremper le métal , absolument comme nous voyons tremper le fer; car quoique le procédé de la trempe pour le cuivre ou le bronze soit inconnu de nos praticiens (i), il parait cependant qu'il était réellement en usage dans l'anti-

(i) Nos praticiens ne pensent pas que les anciens aient trempé le cuiTre ou le bronze; mais ils croient qu'ils faisaient subir au métal une opé* ration qu'ils appellent écrouissagey laquelle consiste à battre le métal à froid. Ce procédé a pour effet de procurer à la matière une plus grande dureté, en donnant aux molécules dont elle se compose, une plus forte adhérence. Je présume que les épées homériques étaient en kalkos, ainsi battu àfroidy et que pour ce qui est du sidèros dont on se servait pour les pointes de lances et de flèches, pour les haches et les doloires, c était le même métal trempé. La différence du kalko$ au sidèros serait donc à peu près celle du fer a V acier.

Je me sers à dessein de cette expression pointes de lances et pointes de flèches^ parce que je crois qu'avant qu'on ait £ût usage du fer ou de l'acier pour cette espèce d'armes, elles n'étaient pourvues que de pointes comme le sont encore les lances des Rosaks et les flèches des Kalmouks.

( i8a ) quité : indépendamment de Faction décrite par Homère dttis ce IX^ livre de l'Odyssée, on trouve une citation tout à fait du même genre dans Pausanias, et même beaucoup plus posi* tive, puisque dans cdle^ci , ce n'est pas le mot sidèros qui est employé, mais bien celui de kaIkos{i)\ ainsi on ne peut douter que l'historien n'ait entendu désigner le bronze ou te cuivre.

En résumé, voici ce qui me parait le plus probable :

Lors de la guerre de Troie , les Grecs faisaient nsage pour

leurs armes et armures d'un bronze naturel qu'ils appelaient

kalkos. Ils connaissaient déjà des moyens de purifier cette

matière pour l'employer à des objets d'art (a), comme aussi

(i) Voir dans Pausanias le Voyage de Corinthe, liv.ll, chap. 3.

(a) Je suis en effet persuadé qu'ayant la guerre de Troie, non-seulement on employait le cuivre purifie pour des vases, mais même pour les statuettes et figurine» telles que celle trouvée dans le tombeau d* Achille. Ce fut sans doute assez longtemps après la chute de cette ville, et lorsqu'on commença à vouloir faire usage du procédé du coulage pour de grands objets, que les Grecs, ayant appris par Texpérience qu'ils en firent, que le métal, épuré se prétait trè8<>difficilement à de grandes opératioiu, s'avisèrent de mêler, dans de certains rappotts, d'autres métaux avec le cuivre rouge. Ils durent profiter des observations qu'ils avaient pu taire sur les qualités plus ou moins supérieures du métal primitif, selon qu'il provenait dune telle ou telle localité, et qu'il y entrait plus ou moins d'étain qui, selon ce qu'ils auront pu reconnaître, était de tous les alliages celui qui facilitait le plus l'opération de la fonte, en même temps qu'il rendait le métal moins susceptible de s'oxyder ; on conçoit qu'une fois que l'oii put être convaincu de la supériorité de la combinaison que la science avait déterminée , on renonça à l'emploi du cuivre pur, du moins pour les objets qui devaient être coulés ; c'est pourquoi dans toute la odlectioii du musée de Naples, on ne voit que des figures de bronoe.

( i83) cehii de lui donner plus de dureté; et ils désignaient par le mot sidèros le métal qu'ils avaient préparé pour ce dernier effet, et dont ils se servaient plus spécialement pour ùdre des pointes de lanœset de Bêches , pour les haches et les doloires.

Plos tard , dans le siècle qui s*écoula entre Homère et Hésiode , on commença à employer le for, et^ comme il n y avait' pas de mot dans la langue grecque qui lui fût propre, on se servit , ainsi que M. de Cassagnac le pense , du mot par lequel on await désigné jusqu'alors le métal qui avait le plus de fiapport avec cette nouvelle matière ^ ayant seulement l'attefntion d'y joindre l'adjectif mélus, qui signiâe iwir. C'est ainsi qu'Hésiode appelle le £er, mélos sidèros.

Par la suite on aura négligé de joindre cette épithète au substantif et le mot sidèros sera resté spécialement affecté pour nommer le fer ; enfin , pour expliquer parfaitement ma pensée, je dis qu'il sera arriçé au bnmze ce ^]id est arrivé au Scamandre : de même que le nom de ce fleuve Ait transporté nu Sim<rîs^ de même celui de sidèros^ qui au siècle d'timn^e désignait encore le bronze, fut, peu après lui, d'abord prêté ^ puis définitivement ceciî^ ail ^r.

Celte orajectore paraîtra admissible si on consÂdère que les Grecs avaient plusieurs manières d'expirimer le cuii^re et le bror^ze «praad ils yngeaient Aaeess«îre de distinguer l'un de l'autre; ainsi ils employaient le mot ^a/^oy isolément^ comme terme générique; mais ils y joi^aient un adjectif qui désignait Ja localité d'oii il était tiré, o» bien eeUe où on le ftibriquait, sdon qu'ils voulaient spécifier une imatière pri* mitive, ou épurée , ou bien composée dans les données déterminées par la science. Ce fut sans doute à leur imitation que les Latins se contentèrent aussi d'un seul mot y

( i84) celui de œs, pour exprimer ce que nous appelons airaùij cuivre et bronze. Quand ils étaient dans l'obligation de spécifier plus particulièrement la nature du métal , ils faisaient comme les Grecs, et employaient les expressions œs cyprUàrij œs salbistianum^ œs Unanufn^ œs maricmum^ œs déliacum^ œs œgineticum^ etc.'

Ainsi, par exemple, l'airain égynète était évidemment du bronze , puisque Pline fait cette observation que File d'Égine , d'où il était tiré, ne produit pas un atome de ce métal; mais que l'art de le bien combiner dans la fonte le rendit just^ ment célèbre* Les quatre premières expressions, au contraire, doivent désigner de Tairaîn purifié ou naturellement plus pur que les autres airains antérieurement connus. Nous sommes fondé à le croire par plusieurs raisons : i^ parce que le mot cuprum, qui doit provenir du mot ayprium, fut adopté pour désigner le cuivre, c'est-à-dire le métal purifié; ^^ parce que Pline fait l'observation que l'airain cyprien tomba en discrédit, quand on eut trouvé d'autres airains plus purs , tels que Vœs sallustianum et successivement ïœs liçiornum^ et Yœs marianum ;

3*^ Enfin , parce que le naturaliste , après avoir cité ces quatre sortes d'airain, ajoute que tous les autres sont des airains artificiels, reliqua gênera artificio constant. (Pline, liv. XXXIV, chap. a.)

n est fort remarquable que la question de savoir si les armes des héros d'Homère étaient de bronze ou de/er fut l'objet d'un doute pour Pline lui-même (i); or ce doute me

(i) Est et rubigo ipsa in remediis, et sic Telephum proditur sanasse Achilles, sitfe id œreâ^ sweferreâ cuspide fecit. liv. XXXIV, ch. i5.

( i85) parait fortifier Fopinion que je soutiens ; car il a dû provenir positivement de ce que, à cette époque, ce mot sideros était exclusivement employé, et déjà depuis. des siècles, pour désigner le/er. Gomme l'auteur latin voyait que dans Homère certaines armes étaient de sidèros, il lui paraissait naturel d'en conclure qu'elles étaient de/er; cependant d'autres observations ne lui permettaient pas d'adopter cette croyance : d'anciennes peintures, entre autres, avaient pu lui donner une conviction contraire; peut-être avait-il vu dans ses voyages sur quelques-unes de celles qui représentaient des sujets de l'Iliade , que les pointes des lances et des flèches qui , au rapport d'Homère, étaient en sidèros, offraient dans ces peintures une couleur qui ne pouvait représenter que du cuivre ou du bronze (i).

(i) Les auteurs de la Biographie ancienne et moderne se refusent à croire que Pline ait voyagé en Grèce. Us s expriment ainsi : « Ce n*-est que « sur des conjectures assez légères que des écrivains modernes ont supposé « qua cet âge (a a ans) il servit dans la marine et qu'il visita la Bretagne, « l'Egypte et la Grèce. On voit au contraii-e , par le témoignage de son ■ neveu, qu'il eut, assez jeune, de l'emploi dans les armées romaines, a en Germanie. »•

Pour moi, je pense que l'un n*empéche pas Tautre, et il me parait peu présumable qu'on l'eût fait plus tard commandant d'une flotte, si , dans sa jeunesse , il n'avait pas servi sur mer. Mais en supposant que ce ne fût point à l'âge de 22 ans qu'il ait visité la Grèce , ne peut-il l'avoir fait quand il commandait cette flotte qui cwait la garde de toute la Méditerranée? Je me persuade qu'il est même allé en Troade, et que s'il n'y est pas descendu , il a du moins voulu voir ces lieux qu'Homère a rendus si célè^ bres. La description qu il fait de cette contrée me dispose à croire qu'il n*a pu s'y arrêter que fort peu de temps , mais qu'il Ta tout au moins vue da font de son nai^ire. Il l'aura explorée depuis Hamaxite jusqu'à Abydos , et sera entré dans le golfe d'Ilion.^

Convenance de s*entendre pour donner une spéeiaUté à chacun des mots airaix, cuivre, laiton et bronze.

Je crois avoir démontré qlie clans )es siècles postérieur» à Homère, les Grecs n'avaient plus que le mot kalkos pour désigner le cuwre^ Vairain et le bronze^ qu'il en était de même des Latins, et comment les uns et les autres suppléaient au manque de termes spéciaux. Il .me semble que pour ce qui est de nous autres Français, puisque nous sommes assez heureux pour posséder quatre mots, nous devons, en les conservant, nous entendre pour assigner à chacun d'eux une signification particulière.

Selon moi, airain doit être pris comme terme générique; à ee titre, et comme traduction du mot latin œs, et non pas d'un mot grec quelconque , noos pouvons continuer à l'eipployer dans le haut langage , et notamment pour désigner le troisième âge mythologique du monde; à ce titre également , je pense que les traducteurs d'Homère peuvent fort convenablement faire de Mars un être â!mra£n^ qu'ils ont même raison de le faire, piûsque^ d'une part^ ils y sont sufiisamment autorisé» par la signification réelle du mot, et que d'ailleurs il est reçu dans notre langue que le mot airain est plus noble que celui cui{>re : il est des préventions qu'il convient de respecter, lors même qu'on ne pourrait parfaitement les justifier, et celle-ci me paraît de ce genre.

Le, mot cm^r^^, employé i^lémeat, doit s'^nteoidre du métal purifié, e'est^HÎire, de icette«natière que nous connaissons sou& la dénomination de cuii>re rouge, et qtie nos fondeurs appellent

( »«7) cuivre de rosette. On peut appeler cui\>re jaune le cuivre dans lequel le zinc ou la calamine entre comme alliage, et plus convenablement laiton cette même matière préparée en feuille (i); mais je pense qù*il faudrait réserver cette belle expression bronze pour celle des compositions dues à la science, que rèxpérience a feît recoïinaître comme 1h plus durable, et dont, à cet «ffet, nous faisons ^usage pour les grands objets dont nous enrichissons nos pflaoeB p^ibliqnes et nos temples , et que nous avons à cdefur de fkire passer à la postérité la plus reculée.

(i) L'alliage du zinc a pour effet de rendre la matière plus ductile, comme celui de Tétain de la rendre plus facile à couler et plus durable. Une particularité assez singulière, et peu connue des gens du monde, est que le laitoD, passé au feu, perd sa duetililé, et que, pour la lui rendre , on le plonge dans Feau après lavoir mis de nouveau au feu. Ainsi nos praticiens trempent aussi le cuivre^ mais c'est pour obtenir un résultat tout opposé à celui que les anciens avaient en vue , en trempant le Jcalkos ou le sidèros : je présume que cela tient à la différence de Falliage.

ce Dans l'hypothèse où j'acquerrais la certitude que les flc fragments en question n'ont point été substitués à des « objets de plus ^de valeur, certitude que je suis bien loin a d'avoir...., etc. » P^ 94.

Extrait d'une lettre adressée des Dardanelles à J. Dallaway par Un de ses amis.

« J ai eu une conversation intéressante avec le fils du dernier consul français, M. Salomon Gormezano, au sujet de l'ouverture du tombeau d'Achille, près le cap Sigée. Il m'a dit avoir été employé par le comte de Choiseul-Gouffier pour examiner le tombeau et faire la recherche des antiquités qu'on pourrait y trouver, et qu'on y avait travaillé la nuit pour tromper l'aga et le peuple, en prétextant le projet de découvrir une source d'eau qui serait fort nécessaire aux habitants de Jeni-Cheyr; que deux mois ont été employés sans fruit à ce travail , et que, comme personne ne l'aidait dans cette inspection , il avait voulu fréquemment l'abandonner, désespérant de réussir; mais qu'on l'avait engagé à persévérer. Qu'à la fin il avait découvert le lieu de l'intérieur où les reliques étaient déposées; qu'il les avait recueillies toutes, et avait fait part du. résultat heureux de ses recherches à celui qui l'employait, et avait rempli une grande caisse de tout ce qu'il avait trouvé ; que M. de Choiseul lui avait en-

( i89) joint de les lui apporter et de ne pas les perdre de vue, mais quil n avait payé sa peine que par des remercùnents; qu'il avait pris alors la résolution de garder par devers lui diverses pièces qu'il nous a montrées fort obligeamment et nous a expliquées, n'ayant, nous a-l-il dit, rien à craindre désormais de M. de Choiseul.

a Voici la liste de ce qu'il nous a fait voir :

a i'' Quelques os calcinés, a** Des pièces dun 'va^e de métal. Je lui fis quelques questions sur le vase et sur l'état dans lequel il avait été trouvé. Il me dit qu'il était rompu , et qu'il n'avait qu'un léger ornement vers les bords; mais qu'il en restait assez pour voir que le vase était d'une grandeur considérable et pour en reconnaître la forme (i). Ce que j'en ai vu était si fort endommagé par la rouille^ que je n'ai pu former aucune conjecture plausible sur sa forme. 3" Du charbon fait de ceps de vigne. 4^ Une pièce ôiun mortier et une pierre qui paraissent avoir passé par le feu. 5® Un morceau de métal déforme triangulaire, 6** Quelques morceaux d'une poterie très-jolie, bien peinte, avec des guirlandes de fleurs d'une couleur olivâtre foncée. Il nous fit observer que quelques-unes de ces pièces semblaient avoir appartenu à de très-grands vases

« Il avait donné aussi à M. de Choiseul un fragment d'un

(i) Ne se pourrait-il pas que les lions ou sphinx que Fauvel a placés sur les bras et les épaules de la figure principale du groupe restauré *par lui , n'aient point appartenu à cet objet , mais qu'ils aient été tout simplement les anses du vase dont il est fait ici mention?

( ^90 ) objet (i) en cuivre de la longueur d'envirou un pied et demi , et qui, dans son milieu et sa partie la plus épaiàse^ avait la ciroonférenoe d'environ une bouteille de pinte et pesait sept ou huit livres. On crut d'abord que c'était la garde d'une épée; mais ettsui|:e M. de Choiseul décida que c'était la statue d'un homme ayant un lion sous chacun de ses pieds.

(c 7** On trouva encore un petit morceau d'une substance transparente appartenant , nous dit-il, à une sorte de tuyau travaillé et fermé par un bout. Il n'est pas aisé de deviner à quel usage cela a pu «ervir. D'après sa description, je croirais qu'il avait environ un pied de long et deux pouces de diamètre, orné de branches ciselées et en relief, et d'une matière si transparente que les objets se voyaient distinctement au travers. Ce morceau n'était pas fort endommagé et n'avait qu'une légère fracture à un bout, etc.» (Voir Constantinople ancienne et moderne , traduit dé l'anglais par Morrelet, t. II, p. 189 et suîv.)

Cette lettre me paraît mériter toute confiance. Il est impossible que Dallaway l'ait supposée ; et puisqu'il s'est décidé à la rendre publique, c'est qu'il a cru son auteur digne de foi. Sans doute il est hors de toute croyance que le comte de Choiseul n'ait payé Gormezano que par des remercîments ; mais on conçoit facilement que cet agent ait pu avancer et soutenir une telle imposture ; car il n'avait pas d'autres moyens d'atténuer le délit dont il s'était rendu coupable.

(i) U y a dans la traduction "ocLBt^ au lieu du mot ohj^t^ «nais ce ne peut kxxé qu'une faiMae interprétation du texte anglais, car lobservation qui suit prouve que oe ue pouvait être un vaae; je doute aussi que l'expression qui désignait la quatrième pièce ail été bien rendue par le mot martien

Je ferai observer que l'état de décomposition dans lequel se trouvaient les objets de métal montrés à l'auteur de la lettre , ofFre un tel rapport avec celui des objets livrés à Fauvel, et dont il a reconstitué un groupe, qu'on a toute raison de croire qu'ils provenaient du même lieu. Je tiens donc pour prouvé que plusieurs pièces ont été distraites, entre autres des fragments assez importants d'un vase en métal , et j'en conclus que Gormezano a pu leur substituer d'autres objets insignifiants et d'une antiquité moyenne, tels que ces débris de vases en terre cuite dont )a planche 3o du Voyage pittoresque de la Grèce offre les dessins. Mais, je le répèle, s'il m'était prouvé que ces fragments ont été bien réellement trouvés au centre de la base du tumulus, je considérerais ce fait comme une indication certaine que cçs fragments appartenaient à l'époque de Priam, et qiie les yases qui , dans nos collections , nous présentent un galbe et des ornements à peu près semblables, ont été faits ainsi par tradition ou imitation de vases fabriqués dans les premiers temps de l'art.

Tout ceci doit inspirer aux amis dts recherches historiques un regret et un vœu : le regret, est qu'on se soit si mal pris pour fouiller le tombeau d'Achille ; le vœu , est qu'on fasse avec toutes les précautions convenables une opération semblable dans le tumulus désigné pour celui de Patrocle. Quand je dis toutes les précautions convenables , j*entends qu'on s'y prenne de manière à ne point altérer la formée et les dimensions dn monument, et à donner à tous les savants de FEurope , qu'une telle recherche peut intéresser, la certitude qu'aucune distraction , aucune substitution n'auront été possibles.

Observations des sources du Scamandre. (V. la note p. ïi8.)

Lechevalier a vu les sources du Scamandre en 1786 et 1786.. Je ne sais comment il s'exprime à leur sujet dans la première édition de son Voyage; mais dans la deuxième, qui fut publiée en 1798 ou 99 (l'anVII de notre république), il ne précise pas positivement la différence qu'il a pu observer dans leur température ; toutefois on doit croire qu'il en a trouvé une, même très-sensible, car, après avoir rapporté les expressions du livre XXII de l'Iliade qui caractérise si singulièrem,ent ces deux sources , il dit : a On voit que ce tableau est encore aujourd'hui de toute vérité. »

Une observation faite le 10 février 1787, et publiée par M. de Ctioiseul (1) , établit entre la température des eaux qui jaillissent du fond du bassin et celles qui s'échappent des crevasses du rocher une différence de i4 degrés; les premières ayant donné 22 degrés au-dessus du zéro, et les autres seulement 8 degrés, température inférieure de deux degrés à celle qu'avait alors l'air atmosphérique.

Morrit est arrivé à Bounar-Bachi le la novembre 1794* Il paraît qu'il n'avait pas de thermomètre; néanmoins il rend compte de ces sources d'une manière qui ne comporte aucun doute, a Le jour suivant (i3 novembre) , dit-il , notre premier

(i) Voyage pittoresque de la Grèce, t. II, chap, XIV, p. :l6q.

( 193 ) (c soin fut d'examiner la nature des sources situées au-dessous a du village dont nous dessinâmes la vue. La source froide (c jaillit par cinq ou six crevasses , au pied d'un rocher qui (c formait le devant du tableau que nous avions sous les yeux. ^ A peu ^ de distance de cet endroit, sort une autrb source « qui se trouvait alors d'une chaleur considerahle. Dans la <c partie du bassin par laquelle l'eau s'introduit, la tempec< rature était à peu près la même que celle des bains chauds a de Bristol {i).y>

Les docteurs Sibtorpe et Dalla way visitèrent ces sources l'année suivante , aussi dans le mois de novembre. Ils doivent avoir encore remarqué entre elles une différence assez forte. Sibthorpe se ôontente de dire : On dit que l'une d'elles est chdude en hiver; mais Dallaway est plus positif : « Cette ce source, dit-il, est au moins tièd£, et l'aga de Bounar-Bachi (C nous a assuré que, dans les mois d'hiver, elle était chaude a et fumante. »

L'aga ne parlait donc en ce temps, ainsi que l'avaient fait Lechevalier, Ghoiseul et Dallaw^ay, que d'une source qui fût chaude.

Le docteur Glarke, le 4 mars 1801, six ans plus tard que Dallaway, les a trouvées d'une température qu'il dit égale, mais marquant, l'une et l'autre, 6 à 7 degrés de chaleur de plus que l'air atmosphérique; ce dont il convient de prendre acte à son égard , puisqu'il est un de ceux qui refusent de reconnaître dans ces sources celles du Scamandre. Son ther-

(i) Voir Lechevalier, t. III, chap. II, p. 220 et aai. Mon hâte de Bounar-Bachi caractérisait également ces eaux en disant que, dans Us temps de neige ^ elles étaient chaudes comme Teau d'un bmn,

(194) momkre de F^hri^dheit i à Tair extérieur^ avait indiqué d'abord un nombre de degrés équivalant à 7 degrés 1/9 du thermomètre de Réaumur, et, peu après le coucher du soleil ^ il était descendu à un nombre correspondant à 6 2/9. Plotigé dans les -eaux, soit du bassin, soit des creux du rocher, il avait, dans les unes comme dans les autres, donné i3 degrés i/3. Mais il faut &ire attention que Tobseorvation du bassin fut faite etprès le coucher du soleil, d'où l'on peut induire que les eaux de ce bassin avaient subi l'impression de 1 air atmosphérique qui s'était déjà refroidi d'à peu près un degré; ainsi, même l'observation du docteur Clarke indique une différence de température entre les eaux du bassin et celles du rocher.

Pour ce qui est de moi , quand j'observai ces différentes eaux, dans les journées des 2 , 3 et 5 novembre 181 1, vingt** cinq ans après Lechevalier, n'ayant pas non plus de thermomètre, tout ce dont j'ai pu m'assurer, c'est que leur température, dans les cavités du rocher comme dans le bassÎA, était beaucoup plus haute que celle de l'air atmosphérique. Je l'estimai, le 5 novembre, de 17 à 18 degrés; mais comme l'air était devenu assez froid pour qu'une mare voisine eonunençât à se couvrir de glace (1), il se peut que le contraste m'ait fait tentir trop vivement la différence, et que j'aia porté cette «estimation 3 à 4 degrés au-dessus de la réalité; mais certainement ce n est pas au delà.

(i) En supposant que la chaleur des sources n'ait été que de i4 degrés, puisque la glace commençait à se former sur la nare voiune, la différence de la température de Teau à celle de l'air se trouvait toujours d au moins 14 degrés.

Il ne semble que de tout ceci il d<»t résulter peur nom là «mvietîon que les sources sont au moins tîèdes^ et qu'elles OHiservetit cette température en toutes saisons ^ l'extrême cbaleur de Tété, comme je l'ai dit, les faisant paraître yh>t^6<^^ et le froid de l'kiver k» faisant paraître chaudes.

Il me semble de plus, que la diflerence entre les eaux qui sortent du rocher et celles qui jaillissent dans le fond du bassin , est assez bien constatée par les rapports de Lèchevalier, de Morrit et de Dallaway, pour nous dispenser de tenir compte de l'observation de 1 787 ; mais je pense pourtant qu'on ne peut considérer cette observation comme controuvée , puisque M. Dubois qui fut envoyé sur les lieux vers la fin de 181 4) en partie pour cet objet, et qui à cet effet avait été muni de deux bons thermomètres de Réaumur, s'est assuré par des observations renouvelées cinq jours de suite, du 12 au 16 janvier 181 5, qu'il existait entre ces deux sources une différence de 5 à 6 degrés (i); on peut même dire que cette observation de 1 787 a été confirmée dans toute sa force par ce que Morrit dit des eaux du bassin , auxquelles il a trouvé une c/ialéur considérable, et qu'il compare à celle des bains de Bristol. Tout ce qu'on peut inférer de la différence extrême qui existe eintre cette observation, et celle fsdte par le docteur Glarke en 1801, est donc que la température des sources du Scamandre varie par des causes qui nous sont inconnues; mais il demeure constant que toutes les eaux ne. proviennent pas d'une sovroe imîqùe^ leur état de tiédeur indiquerait déjà guiiisamment un mélange d'eau froide et

(i) Voir dans le Voyage pittoresque de la Grèce, t. II, chap. XIV, la note de la page 170.

( 196 ) d'eau chaude,- sî les expressions de Morrit que je vie&s de rapporter et que ce savant consciencieux n'a appliquées qu'aux eaux du bassin , ne prouvaient qu'il y a réeliement là deux sources ; comme cette fumée épaisse et semblable à celle d'un grand /eu, qui, chaque hiver, s'élève du bassin, ainsi que je l'ai pu voir moi-même, tend à nous convaincre que la source qui produit cette fumée, est une de celles décrites par Homère (i).

« Eh bien , on retrouve encore quelques vestiges du bourg a d'Anthéla, ainsi que le tumulus qui couvre les cendres des a compagnons de Léonidas , et les fondements entiers du « temple de Cérès Amphictyonide » Voir p. 121.

J'ai dit entiers; parce que l'on voit à fleur de terre deux cercles concentriques et parfaits ; Fun doit être le fondement du mur de la cella , et l'autre celui qui portait les colonnes du péristyle.

Je croyais être le seul qui eut remarqué ces deux monuments très-rapprochés l'un de l'autre ; car, non-seulement je n'avais rien lu qui les concernât dans Choiseul , mais pas

(i) Voir les observations que j'ai déjà faites aux pages 120 et suiv.

( ^97 ) même dans Pouoqueville, qui cependant a résidé dix années dans une contrée assez voisine, et qui a consacré six gros volumes in-8^ à une description de la Grèce. Je n avais rien trouvé non plus dans Bronsted; et on m'avait assuré qu'il n'en était pas fait mention dans Dodwell. Mais enfin j'ai pu savoir que ces monuments n'avaient point échappé à l'attention du colonel Leake. Toutefois le voyageur anglais ne donne point de nom à ces monuments, et parait y avoir attaché peu d'importance, puisqu'il ne les a pas même marqués sur sa carte. Il s'est contenté de rapporter qu'il a trouvé au pied des rochers qui dominent et forment le passage des Tliermopyles , sur la rive droite du Sperchius, et directement au-dessus du marais, un tumulus et les fondements d'un monument circulaire (i).

Pour ce qui est de moi, je suis fort disposé à croire que le tumulus est celui. des Grecs, et que les fondements circulaires appartiennent au temple de Gérés Amphictyonide. Je fonde cette opinion sur le récit qu'Hérodote nous a fait dès derniers moments de la lutte terrible qui s'engagea entre les Perses et les généreux compagnons du roi de Sparte, après que ceux-ci eurent rapporté dans le défilé le corps de leur chef.

€f Le combat fut très-violent sur le corps de Léonidas, dit « Hérodote; les Perses et les Lacédémoniens se repoussèrent <£ alternativement ; mais enfin les Grecs mirent quatre fois « en fuite les ennemis , et par leur, valeur ils retirèrent de

(i) Traifels in northen Greece^ ouvrage publié à Londres en i835, t. II, p. 38.

( I9« ) « la mêlée le corps de ce prince. Cet avantage dura jusqu'à « l'arrivée des troupes conduites par Ëphialtès. A la nouvelle «L de leur approdie ^ la victoire changea de parti ; les Orecs « regagnèrent l'endroit le plus étroit dû défilé; puis, arfont « passé la muraillâ, et leurs rangs toujours serrés , ils se «tinrent tous, excepté les Thébains, sur la collme qui est « à rmtrée du passage^ là où se voit aujourd'hui le lion de a pierre érigé en l'honneur de Léonidas. »

Hérod.,liv.Vlt, Sa25.

a Ils furent tous enterrés au même endroit où ils avaient a été tués. 3> § 228.

Or, le tumulus dont nous parlons se Voit en effet sur une QolUne, et fort près du point ou le défilé est le plus étroit, là où dut être la muraille derrière laquelle les Grecs s'étaient réfugiés.

Relativement au temple de Gérés , Hérodote ne détermine pas sa position bien prédse ; mais il dit qu'il était prw du bourg d'Anthéla, lequel était lui-même assez peu distant de la colline. Il y a donc de fortes raisons de croire que les constructions circulaires qui se trouvent positivement entre la colline et le seul emplacement qu'on puisse assigner au bourg d'Anthéla, sont les fondements de ce temple. Il se peut cependant que ce soient les bases du monument élevé par la reconnaissance des peuples de la Grèce à tous ces guerriers qui s'étaient si généreusement dévoués à la mort, et qui périrent en eflfet , accablés comme ils le furent à la fois, par tes troupes d'Hydarnès et par celles qu'avaient

(«99) conduites les propres frères du roi des Perses (i); comme il se peut aussi que le monument que M. Leake et moi nous avons pris pour un tumulus, soit la souche de ce monument particulier qui portait le lion de pierre érigé en l'honneur de Léorddas.

Quoi qu'il en soit, il importerait de faire des fouilles du mmns daus le monument qui se dessine à fleur &e terre par deux cercles concentriques. Oi aurait, je pense-, d'autant plus lieu de se féliciter d'avoir entrepris ces fouilles , qu'il ne partit pas qu'on y en ait jamais fait; de telles fouilles fi'of&*iraient peut-être pas moins d'intérêt que celles qui fvrent efTectuées parmi les décombres du temple d'Égine : car si la capacité de l'édifice, dont le diamètre n'excède guère 1 2 mètres , ou 36 pieds , ne permet pas d'espérer qu on y trouvera un aussi grand nombre de statues, cet emplacement, qui fut le théâtre de scènes si héroïques, ix)rte à croire que les recherches qu'on y pourra faire offriront un intérêt d'un autre genre, ^lais non moins grand.

(i) On voit encore, dit Strabon (liv, IX, ch. V, § VII), le monument commun à tous ces braves , où les divers peuples sont nommés sur différents cippes, dont celui des Lacédëmoniens porte l'épigraphe si ccmnue: « Passanij 7/a dire aux Lacédëmoniens que nous reposons ici^ fidèles à leurs - ùuUSuiions. »

ftMais ce savant (Rennel) ayant eu sous les yeux une w carte singulièrement vicieuse, déjà, sous ce rapport, ses a raisonnements ont peu de fonds. » Voir ]a note de la p. 124.

Il est assez singulier que Rennel ait fait une observation semblable pour la carte dressée par Lechevalier. Je ne prétends point garantir la parfaite exactitude de celle-ci ; mais je crois pouvoir convenablement rendre raison de ce qui y 'manque.

riechevafier n'était pas ingénieur; une carte d'une assez grande étendue était pour lui une œuvre fort difficultueuse et au-dessus de ses facultés; on peut donc bien concevoir qu'il a dû porter plus particulièrement ses soins sur tous les points de cette carte dont il avait à entretenir ses lecteurs. Ce fut en effet à ceux qu'il considérait comme appartenant au théâtre de l'Iliade qu'il a accordé son attention, et comme, lorsqu'il exposa son système, il ne pensait nullement que , refusant d'en reconnaître la base , d'autres savants iraient faire dû Kimar le Simois, du Simoïs le Scamandre, et placer la cité de Priam dans cette Dallée où notre carte indique les deux courants que je viens de citer, il ne s'occupa de cette partie que pour déterminer à peu près la position d'Aktché, dont probablement il ne s'est pas approché , et la direction du chemin qui de Bounar-

Bachi ccmdiiit à Abydos , en, passant par le yillage de Tumbreck. Voilà, sans doute, pourquoi toute la partie de sa carte qui correspond à celle où la nôtre fait voir le cours du Thymbrius , le bourg des Iliens, le Kimar et le Kalifat- Osmak , ne représente aucun de ces objets.

Notre auteur aura pensé pouvoir négliger cette partie avec d'autant moins d'inconvénients que, égaré par une conformité de noms, ce n'était point de ce c^té qu'il plaçait la vallée de Thymbra, mais bien entre les collines où Ton est maintenant d'accord de placer Ilium Recens , et celle où il a cru voir le tombeau d'Ajax (i) ; à ça près , on peut dire que le reste de sa carte offre une exactitude suffisante. Il ne me sera pas difficile de prouver que celle dont s'est servi Rennel n'est pas moins défectueuse, même sur le point où il la croyait infiniment supérieure à celle de Lechevalier; mais elle ne peut être mise en comparaison avec cette même

(i) M. de Choiseul a exposé ses conjectures touchant les causes qui purent faire donner à cette vallée le nom de Tumbrek, lequel a tant de rapport avec celui de Tymbra; voici la mienne : On sait que les habitants d'Ilium Recens « non-seulement eurent la prétention d occuper la véritable position de Troie , mais même qu'ils parvinrent à le persuader successivement à Alexandre, à César eê aux autres empereurs romains, si bien que , grâce à la considération que leur valut cette erreur, ils obtinrent une puissance telle quils purent détruire les villes de Sigée et d*AchiIlée, parce que leurs citoyens avaient refusé de se soumettre à leur domination. Ne se peut-il que , en vue d*appu jer leur vaine prétention , ils aient donné à cette belle vallée, que leur ville dominait, le nom de Thymbra , que les Turcs ont traduit par le nom Tumbrek P Je ferai voir un peu plus tard que ces mêmes Biens, toujours dans les mêmes vues, durent aussi changer le nom d*une ville voisine dottt les habitants , avec plus de fondement qu'eux, prétendaient aussi occuper le sol de la Pergame d^Honère.

( 2oa )

carte depuÎB quelle a été rectifiée par Kauffer et fiarbié du Bocage : c'est cdle*>oi qui m'a paru mériter la préférence pour mon ouvrage ; toutefois je ne l'ai employée qu'en y faisant encore quelques modifications; mais j'airotie, qu'agissant en cela comme Lechevalier, je ne me suis occupé que des points sur lesquels je, me suis proposé d'ouvrir des discussions ; je ne garantis point du tout l'exactitude des autres.

Pour revenir au major Rennel, il me faut avouer que je ne possède point la langue anglaise; je dois donc être circonspect dans ce que je puis dire à son égard ; cependant , d'après œ qui m'a été traduit de son ouvrage , je crois pouvoir tenir pour certain qu'il n'a pas été sur les lieux. Il me paraît de plus 9 qu'il a lui-méi|)e confectiolmé la carte sur laquelle il a entendu appuyer ses argumentations , et qu'il a fait cette carte en grande partie sur lies fvues panoramiques qui ont été dessinées par son compatriote l'architeete Gell. Or, ces vues panoramiques l'ont induit dans des erreurs fort étranges, ainsi qu'on va le voir.

Le point de vue des dessins que le major avait sous les yeux , fut pris probablement des tombeaux troyens , au sommet de notre Pergame (voir noti:e carte, planche i"). Son intention était d'appuy«r le ^y^tème de Démétrius de Soepsis , lequel établit l'ancienne Troie sur la position du bourg des Iliens ; mais ignorant que cette position que Démétrius avait en vue est entièrement plane, comme ilfallaît à sa ville une citadelle qui pût être battue par les vents, selon les expressions d'Eiomère, il a supposé que cette cita^ deXle pouvait avoir existé sur mv^ hauteur qujei le dessin panoramique lui faisait voir au nord dé ce bourg des Iliens. jMalheureusement le dessin ne lui a pas permis d'apprécier kis

( bo3 )

distances : il en est résulté qu'il a confondu toutes les localités , tous les objets. Voulant placer son Ilion sur le sol du bourg des Ilieus, entre le Kimar et la Simoîs, dans lesquels il s'obstine à voir le Simois et le Scamandre d'Homère, il a bien établi la ville sur l'emplacement déterminé par Démétrius, mais il a donné pour position à la citàddle uù mamelon dépendant des collines qui s'élèvent éti arrière du Kimar âtir sa rive droite (i), et il a rejeté cette rivière de l'autre côté dfe la colline , faisant du Kim»* et du Kalifat -* Odmak un Aeu) et même courant. C'est une confusion qu'on ne peut concevoir que si vémablement^ comme j'en ai la perstiasion^ cette carte n'a point été levée géométriquemeM sur les lieux ^ mais Seulement oon* fecCionnëe^ selon ce qu'indique ma traduction, à l'aide de dessina panotamiques , dont les perspectives linéaires et aériennes ont été mal saiiies.

Ces observaticms sur la cafte du major Rénnel , et ce que je connais de ses dissiertâtions , m'autorisent, je crois, à poser en principe que ^ pour raisonner pertinemment sur la partie géographique de l'Iliade, il faut avoir vu soi* même les localités que le poète a décrites et les Moir bien vues.

(i) Voir la Cârte pi. T* à cette ctoix *, à droite du cîitietière de TchiWak.

( ao4)

a C'est bien à tort que pour s'éclairer sur ce sujet, op a ce eu recours à Démétrius ou à Strabon. j» Voir p. 126. -

La plus forte objection que Ton fait valoir contre le système de Lechevalier porte, comme on a pu le voir, sur un passage de la géographie de Strabon, lequel s'exprime d'après Démétrius de Scepsîs. Mais en vérité je ne conçois pas l'im-por tance que l'on accorde au dire de ce Démétrius. On appuie beaucoup sur ce qu'il était né dans la contrée, à Scepsis : je ne doute point que cela soit vrai , puisque Strabon nous le dit ; mais il parait aussi par son propre témoignage qu'il n'habita point le théâtre de l'Iliade, qu'il se contenta de visiter cette partie , et qu'il était fort jeune quand il la parcourut. Je ferai remarquer en outre, qu'il vivait à une époque où la population indigène, ayant été remplacée par des peuples nouveaux, les anciennes traditions de la contrée s'étaient perdues ; enfin ce fut bien loin de cette contrée , à Alexandrie en Egypte , et fort longtemps après qu'il eut quitté le lieu de sa naissance , qu'il s'occupa à composer récrit d'où Strabon a tiré les principaux détails de sa topographie de la plaine de Troie. Tout porte à croire , et nos pbservations le prouvent , qu'il a écrit ces détails sur des souvenirs confus ou sur des renseignements erronés qu'il a pu lui-même recueillir. Or, pour connaître la mesure de confiance qu'il convient d'accorder à des rapports de ce genre ,

il £Eiut lire ce qae Strabon à écrit en vue sans doute de pré«^ venir les reproches qu'on se croirait en droit de lui faire , touchant les inexactitudes qu'il pouvait commettre :

« Nos lecteurs, dit ce .géographe , doivent être indulgents, «c soit à cause du grand éloignement des lieux , et du petit « nombre des voyageurs, soit à cause de la légèreté et de « l'ignorance qui régnent dans leurs relations. Souvent n'ayant V. rien vu quen passant et ne parlant que sur des ouï^dire, « ils n'en décrivent pas moins les objets comme s'ils les avaient « scrupuleusement examinés, d

Telles sont les paroles que Strabon adresse aux lecteurs de sa géographie, d'ailleurs bien justement estimée. Moi, je demanderai aux miens de me permettre de tirer encore une fois de mes propres mémoires un exemple propre à leur faire sentir la nécessité d'apporter une attention extrême dans l'examen des témoignages contradictoires, et celle d'accorder toujours la préférence aux écrivains dont on a pu apprécier non-seulement l'intelligence, mais aussi le zèle scrupuleux. La lecture de ma relation et de toutes les dissertations qui la suivent a pu convaincre que je n'ai manqué ni de l'une ni de l'autre ; il m'est donc bien permis d'espérer que si l'on prend la peine de lire les témoignages suivants qui ont été donnés contradictoirement à quelques parties de mes récits, on n'en tirera que la conclusion que j'ai en vue et que je viens d'exposer.

J'ai déclaré d'une manière bien positive dans la relatioiv dont il a été rendu compte en séance publique de l'Institut, au mois d'octobre i8ia, qu'il existait encore des restes de murs très-remarquables sur l'emplacement que Lechevalier a déterminé comme étant celui de l'antique Ilion ; j*ai même

( ao6 )

fait cotuiaiitré à cette époque, ce même plan que je raprësente aujourd'hui (pi. II), et qui offre> le» tracé de restes et de ves*^ tiges très^seusibles de ces mur^; eh bien, immédiatemeDt après le retour d-un homme qui fut envoyé sur les lieux seulement trois ans plus tard, et en partie pour yérifier la réalité de mes assertions, on a imprimé dans Je Voyage pittoresque de la Grèce, ces propres mots :

A Aujourd'hui il n'y a presque plus de vestiges de cons* a tructions siur l'emplacement de la citadelle de Troie; <c quelques restes de la muraille d'enceinte se laissent encore rc apercevoir du côté des tombeaux ; mais il n'y a rien au- « dessus de terre.

a Dans la partie orientale, M. Gell a cru voir également des « fondements de murailles sar la pointe de la colline ; mais (c ces murailles laissent à peine quelques traces qui n*ùnt « point été aperçues par d'ojutres "voyageurs, »

Je demande ce qui pourrait arriver si nous vivions encore dans des temps comme les temps anciens, oii les voyageurs se suivaient si rarement Supposons que Lechevalier et moi nous eussions précédé de deux siècles l'envoyé de M« de Choîseul , et que , deux siècles après , un nouveau Démétrius fût venu dans la Troade : ce dernier voyageur n'aorait-il pu consigner dans quelque ouvrage plus ou moins important, une observation telle que celle-ci?

« On voit encore sur ï emphucement désigné par Leche^ c palier comme étant celui de r ancienne Ilion, quelques bases 0 de murailles qui paraissent avoir appartenu à des forti- KfiQ(xtionsf mais ces constructions ne peuvent être celles que a M.... a vues en l6i i; car nous Usons dans Choiseul que le a nommé* **f que l'auteur Ai f^oynge pittoresque de la Grèce

( aoy ) te w€uê envoyé exprès sur Us lieux, deux siècles plus tard, na c plus rien trouvé de ces murailles. j>

Le nouveau Démétrius n'aorait^il pu écrire aussi à peu près dans les mêmes termes relativement au tombeau d^Achille, puisqu'on peut lire également dans ce même Voyage pittoresque, t. II, p. 3â2, la note suivante imprimée du vivant de l'envoyé de M- de Choiseul , note qui n'a pas été contredite par cet envoyé ? « Depuis que M. de Ghoiseul a fait ouvrir « ce tumulus en 1787 par le juif Gormezano, il parait que, n doutant que la fouille ait été bien faite, on Ta recommencée, * et que par suite le tombeau a été entièrement détruit. € Il n oiTre plus aujourd'hui qu'une légère élévation dans le « terrain servant de sépulture à une famille particulière. C'est € dans cet état que M.* * * l'a vu et en a reconnu Vemptacea rnent en i8i5. » *

J'avoue que cette note, dont je n'ai eu connaissance qu assez

récemment, m'avait très-péniblement affecté. Je ne pouvais

me faire à l'idée que ce monument que j'avais vu avec tant

d'intérêt, et qui trois fois particulièrement s'était offert à

mes regards, de la mer, quand des vents contraires m'avaient

contraint autant de fois à rentrer dans l'Hellespont, était

entièrement détruit. J'en voulais à M. de Choiseul, qui par

ses fouilles inconsidérées avait provoqué cette destruction.

Très4ieureusement que je n'ai pas tardé à apprendre , en

lisant les paroles suivantes dans la Correspondance d'Orient,

que cette assertion de Téditeur du Voyage pittoresque de

la Grèce était fausse : «Trente siècles se sont écoulés, le

« g^zon a revenefe trois mille fois sur ce twtre révéré, sans

« que le monument ait rien perdu des formes que hs Grecs

« lui avaient données, et selon tes prophétiques paroles de

( ao8 )

« rOdyssée , le tombeau d'Achille sera salué dans tous les âges

« par les navigateurs de FHellespont. t^ Lettre XXII , p, 44^-

Pour ce qui est des restes des murs de Troie, ce n'est que

depuis le retour à Paris de M. Raoul Rochette que j'ai pu

être parfaitement tranquillisé à leur égard : je dis parfais

tentent, car j'avais déjà vu dans les ^otes d'un Voyage dans

le Levant, fait en 1816 et 1817, c'est-à-dire, moins de deux

ans après l'expédition de M,***, qu'il en existait encore

quelque chose.

Ce grand et be^u voyage que j'ai fait en 181 1 et 18 lâ m'a mis à même de relever plus d'un fait de ce genre : je pourrais citer entre autres , un monument d'un grand intérêt pour les artistes et les archéologues , parce qu'il tient aux plus an* ciens temps de l'art grec, et dont un des voyageurs les plus illustres de notre époque avait annoncé l'entière disparition, bien qu'il en existe encore sept colonnes portant leur architrave ; mais comme je n'ai en vue que de mettre en garde contre cette trop grande confiance acooidée^ à Démétrius, je pense que le seul exemple des notes publiées sur les témoignages de M.* * *, me suffit , et je crois pouvoir d'autant mieux me contenter du peu que je viens de dire sur cet autre fait, que l'auteur de l'assertion a été assez heureux pour réparer luinième son erreur presque aussitôt après l'avoir commise ; je ferai seulement observer qu'il doit probablement cet avantage à ce que nous ne vivons plus dans des temps comme ceux ou vivait Démétrius. Avec la facilité et la fréquence des relations actuelles , il est difficile que des erreurs semblables se propagent; car il est presque impossible qu'elles ne soient pas promptement sigi^alées.

( ao9 )

Page 1