‹ Découvertes dans la Troade. Dissertations sur les monuments de la plaine de Troie et la position de cette ville. Monuments signalés à l'attention des archéologues et des amis de l'antiquité au pas des Thermopyles. Éclaircissements sur la marche de Xercès dans la TroadeChapitre 14 sur 32 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Lettre adressée à U auteur des Découvertes dans la Troade, par le savant philologue F. Dubner.

Meudon, le 29 décembre 184 5.

Monsieur ,

Vous trouverez sans doute que j'ai trop tardé à vous faire mes remerciements de ce que vous avez bien voulu m'envoyer votre bel ouvrage. Ma lecture a été si souvent interrompue par des occupations pressantes, que c'est seulement aujourd'hui que j'ai une idée de tout ce qu'il renferme, et que je puis apprécier toute la valeur que votre présent a pour moi. Ty vois un nouvel exemple des services rendus à nos études par des hommes qui ne se piquent pas d'être hellénistes ou antiquaires, mais qui possèdent toutes les connaissances spéciales d'un art. 11 y a plus : à la science d'architecte vous joignez, Monsieur, non-seulement une exactitude parfaite dans l'observation , mais une rare persévérance à réunir tout ce qui peut dissiper l'erreur ou le préjugé , à tenter toutes les voies pour arriver à une vérification irréfragable. Quant à moi, je trouve que vos Découvertes sont d'une importance réelle, qu'elles enrichissent et qu'elles rectifient ce qu'on savait ; que la plupart de vos discussions, dans ce qu'elles contiennent â! essentiel y sont convaincantes. Ce n'est pas pour faire une sage réserve et pour pouvoir retrancher un jour ce que je voudrais de cette opinion émise , que je dis dans ce qu^ elles contiennent d essentiel : avec vous. Monsieur, je puis m'expliquer. Comme vous n'avez pas, pour ainsi dire , vécu dans les études de l'antiquité , et que vous n'y faites qu'une ex-

cursion à propos de vos excellentes découvertes , l'image de l'antiquité entière (autant qu'on peut là reproduire), la manière de voir des anciens y la valeur de chaque ordre de sources de nos connaissances n'a pas pu vous être ausrsi "femilière qu'aux philologues ou aux antiquaires de profession qui, ^a^^^ ce rapport , pourront trouver à reprendre dans votre ouvrage. Mais ce n'est pas là ce qui constitue l'essentielde vos discussions ; c^en est la partie concluante qui se fonde sur les faits de votre observation, sur la nature des choses, sur des témoignages irrécusables. Vos lecteurs pourraient seulement désirer que vous eussiez fait une part moins large à la polémique : il y a cependant de l'avantage à ce que l'exercice de la •justice, en ce qui touche les sciences et les arts, ne soit pas rerais tout entier à' la postérité: celle-cr 'ignorerait trop souvent les circonstances tontes particulières qui déterminent quelquefois la hausse ou* la baisse sur la place littéraire.

AgnéesyJMbGoiaieui'tnexpnessîmi sincère, etc.

5/^/1^; Fr. DUBNER.

Réponse de i' Auteur: .

. Paris., le 3 1. décembre 1^4^-

, Mqnsxeuj^^

Les termes de votre lettre du 319 courant m'ont causé d'autant plus dp satisfaction qu'ils. xuç confirment dans les opinions que j'ai conçues dès .longtemps sur quelques points notatJes de me^ écritsu Ainsi,, je ne m'étaii? pas .di3simulé qu'un bon noaabre de mes lecteurs pourraient y trouver Ja.ps^^t de la poléoiique par trop large; mais4'ieth0rd, j'ai sur ce sujet à faire valoir pour excuse, âî j'en ai

réellement besoin^ que j'ai été engagé dans cette . polémique tout à fait contre mon inclination; et ensuite , que si pourtant je l'ai soutenue jusqu'au bout avec une énergie qui a pu paraître excéder parfois la convenance, cela tient k ce que, quoi qu'on en puisse croire, j'écrivais animé beaucoup moins par le sentiment de mon intérêt personnel que par un désir ardent de faire prévaloir les vérités dont je me sentais pénétré , et le plus souvent pour l'acquit d'une tâche que je m'étais imposée, dès le principe, comme un devoir presque sacré, parce que, en m'efforçant ainsi de faire rendre de mon vivant bonne justice à des compatriotes dont je fus, plus que mes adversaires, en position d'apprécier le mérite, j'avais en vue précisément de parer à ce que la postérité pût être égarée dans les jugements qu'elle aurait à son tour k porter sur chacun d'eux.

Mais, Monsieur, tout en croyant avoir rendu, par les dissertations dont vous avez bien voulu agréer l'hommage , un service de quel* que valeur aux amis des sciences historiques , géographiques et archéologiques, et surtout aux artistes ^ cette classe d'hommes -que je me suis particulièrement proposé de servir, je ne me suis lait aucune illusion touchant le rang que mes écrits doivent occuper dans les sciences et la littérature. Publiés pour la plupart en réponse aux critiques qui furent faites de mes premières pensées , en réfutation des arguments spécieux qui , dans le cours de quatre ans, me furent successivement opposés, ils ne peuvent avoir cet ordre, cette concision que l'on doit s'attacher par-dessus tout à donner aux œuvres didactiques ; aussi je m'empresse de profiter de l'occasion que m'offre le résumé si flatteur et si bienveillant de vos opinions sur les fruits de mes diverses recherches , pour prévenir mes lecteurs qu'ils ne doivent voir dans le livre où je les ai exposées, qu'une sorte de recueil de faits et d'observations ayant pour but de concourir à fixer définitivement , si la chose est possible ,

leurs idées relativement aux questions énoncées au titre de ce même livre.

J'espère , Monsieur, que, grâce à là confiance que vous inspirez, il me suffira, pour achever de faire concevoir que ce livre, considéré sous le seul point de vue que je viens de dire , peut cependant encore offrir un assez vif intérêt, de faire remarquer que la plupart de ces questions , telles que celles relatives à la position de la véritable Pergame de Priant , et des autres villes plus ou moins anciennes de la Troade dont j'ai cru devoir m'occuper, aussi bien que celles qui ont pour objet Tidentité du tombeau d'Achille, et même l'authenticité des œuvres d'Homère comme récits historiques, avaient été jusqu'ici, on peut le dire je crois, infructueusement débattues, et que celle qui a trait à la priorité de l'emploi de l'airain chez tous les peuples, pour la confection des armes et des armures , si elle fut mise en lumière dans ces derniers siècles par des esprits tels que le vôtre, comme, jusqu'à la distribution gratuite que j'ai faite de mes écrits depuis trois ans, elle n'avait été discutée qu'incidemment ou dans des livres qui ne sont pas à la portée de tout le monde , elle est restée généralement ignorée des hommes à qui il importait le plus de la connaître.

J'ai l'honneur d'être^ avec une bien haute considération. Monsieur,.

Votre tout dévoué serviteur,

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