REPONSE DU ROI OTHON
Monsieur , comme l'expédition de Troie est un des plus anciens faits qui ont illustré les peuples de la Grèce, confiés à mes soins par la divine Providence, il est bien naturd que je prenne un vif intérêt à tout ce qui peut y avoir quelque rapport. Aussi c'est avec plaisir que j'ai reçu votre ouvrage soir la Troade , où vous avez exposé votre précieuse découverte sur l'emplacement de cetite ville célèbre de l'antiquité, et traité plusieurs questions archéologiques avec autant de clarté que de justesse. Un intérêt égal ont dû m'inspirer vos observations sur le tumulus et les ruines du temple qu'on remarque près du défilé des Thermopyles» Je ne tarderai pas, Monsieur, de faire faire des recherches sur les lieux y et ce sera d'un haut prix pour moi, si ces recherches prouvent que les ossements de Léonidas et de ses héroïques compagnons d'armes y reposent effectivement.
Recevez, Monsieur, l'expression de mes reme? ciments pour l'offre que vous m'avez faite , et les assurauces de ma considération distinguée.
Athènes, ce |4 décembre 1B40.
Votre bi^n affectionné, OTHON.
( 'X) AU ROI FERDINAND II, roi des I>£ux*^sICIL£s.
Paris , le ao février 184a.
Sire ,
Je suis reconnaissant, comme je dois Fêtre , que Votre Majesté veuille bien faire placer dans sa bibliothèque particulière un exemplaire de mon ouvrage sur la Troade; toutefois, s'il m'est permis de m exprimer avec franchise , je lui dirai que ma satisfaction ne sera complète qu'autant que je pourrai savoir qu'ellte-même, par quelque rapport de Tune de ses académies auxquelles j'ai déjà fait hommage de ce livre, aura acquis la certitude qu'il peut mériter effectivement une telle faveur de la part des princes qui, comme vous. Sire, ont à cœur de favoriser dans leurs Etats les sciences susceptibles de contribuer aux progrès de la littérature classique et des beauxarts. Autrement, je pourrais seulement considérer la demande que S. E. M. le duc de Serracapriola m'a faite en votre nom , comme un simple encouragement que , dans sa bonté. Votre Majesté aura voulu me donner comme auteur. Or, Sire, je ne dois point le cacher à Votre Majesté, je suis dans une situation à ce qu'un tel encouragement à mon égard ne puisse être d'aucun effet; car, j'en ai pris la résolution dès longtemps, cet ouvrage étant parvenu à sa fin, je ne me propose plus de rien écrire , du moins sur aucun sujet de ce genre. En voici la raison :
Je n'ai point la prétention d'être un savant ; je ne suis qu'un
artiste 9 ou plutôt qu'un apôtre. Jai eu \mé vocation , je crois l'avoir remplie. En effet, pour me déterminer à entrer en lice, il n'a pas moins fallu que l'abandon que j'ai vu faire avec un dépit presque cruel, des plus saines croyances qui nous ont été transmises par la haute antiquité , de ces croyances dont je fus imbu dans ma jeunesse , et dont plus tard je fus en mesure de constater la convenance parfaite. J'ai été séduit, je l'avoue , par l'occasion qui s'est offerte à moi d'associer mon nom aux souvenirs que laissera encore pendant bien des siècles , du moins chez les littérateurs et les artistes de tous les pays civilisés, cette guerre de Troie que, dans ces derniers temps, on a voulu classer parmi les fables; au souvenir du plus ancien , du plus justement renommé des écrivains de l'antiquité , dont les œuvres sont parvenues jusqu'à nous ; au souvenir d'Homère , s'il faut que je le nomme , d'Homère, cet être tout à la fois poëte, historien et géogra* phe , qui fut successivement l'objet de la vénération de Lycurgue, de Pisistrate, de Solon, d'Alexandre, de César et de tant d'autres grands esprits et grands souverains, et dont les sceptiques de nos jours étaient cependant sur le point de faire nier généralement qu'il ait jamais pu exister.
Satisfait d'avoir mis les érudits de notre temps en mesure de rectifier leurs opinions sur des points de l'histoire et de la géographie des anciens qu'il m'a paru important d'éclaircir, ayant tout sujet de croire que, par là, j'ai , selon mes vœux, rendu un service notable aux sciences historiques et archéologiques, à la littérature classique et aux arts, je n'ambitionne plus rien, et, désormais, je ne veux plus m'occuper qu'à répandre, autant qu'il sera en mon pouvoir de le faire, ce livre qui contient tout ce qu'il me fut donné d'écrire en vue