‹ Découvertes dans la Troade. Dissertations sur les monuments de la plaine de Troie et la position de cette ville. Monuments signalés à l'attention des archéologues et des amis de l'antiquité au pas des Thermopyles. Éclaircissements sur la marche de Xercès dans la TroadeChapitre 5 sur 32 · II · texte numérisé non relu

II

renfermés. Mais il n'existe pas là pierre sur pierre^ et je n ai pu m'assurer si cest une forme dé rocher ou une construction; c'est pourquoi je tien ai pas parlé dans mon mémoire.

Quant aux traits qu'offre le plan donné par M. de f^hoiseul à l'est du Pergama, j'ai la conviction qu'ils ont été faits en souvenir du plan particulier, que j'ai levé et qui, ainsi que je l'ai déjà fait observer, est resté dans les mains de M. Barbie du Bocage, depuis le 6 mars i8ia jusqu'au mois de juillet i8i3. J'en fournirais en quelque sorte la preuve; car je puis faire lire sur mon journal , à la date du i3 octobre r6i3, ces propres mots : ^Je me suis rendu ce matin chez M. Barbie du Bocage, sur son in\>itaiion; il m'a montré tous les matériaux que M. de Choiseul a pu réunir sur la Troade y et j'ai pu me convaincre que les murs dont fai levé les plans n avaient encore été vus par personne avant moi (i). »

Remarquons que M. de Choiseul, dans la plupart de ses relations, parle à' la première personne du singulier. On pourrait croire^ qu'en cette circonstance, il était seul, si on n'avait lu, quelques pages avant, ces mots qui semblent lui être échappés : nous quittâmes nos ch^aux. Du moins ne nomme-t-il aucun de ses compagnons de voyage; mais nous savons par Lechevalier, qu'au temps dont il est ici

(i) Depuis que i*ai écrit ceci j ai trouvé dans le Voyage pittoresque de la Grèce, chap. XIY, p. 261, une note de Téditeur, probablement M. Barbie du. Bocage, insérée dans Touvrage depuis la mort de M. de Choiseul j dans laquelle note il est dit que ces indices de constructions ont été figurés sur le plan d*après M. Gell. Je reviendrai sur cette note à la fin de la première section.

question, M. l'ambassadeur était accompagné des capitaines; Truguet et Desmarets, et que de plus ce fut lui, Lechevalier, qui eut Thonneur de lui servir de guide (i).

J'ai dit : au temps dont il est ici question , parce qu'il résulte des propres écrits de M. de Choiseul , d'abord qu'il ne visita la Troade que deux fois; ensuite, que la première fois, non-seulement il ne vit aucun reste d'Ilion, mais qu'il ne connut pas même sa position précise. On lit au chap. XIV da Voyage pittoresque de la Grèce, p. aoa : ce Je voudrais retourner une troisième Jois sur les ruines d'IUon pour y réparer mes négligences. » Et plus loin, à la page 207 : fi Ne prévoyant pas que je dusse revoir ces rivages, j'avais alors renoncé , non sans un vif regret ^ à V espoir de jamais connaître le véritable emplacement de la ville de Priant. »

M. de Choiseul a omis, il est vrai, et peut-être à dessein, de nous dire en quel temps il fit sa seconde visite; mais il suffit que nous sachions qu'il n'en fit que deux, pour connaître aussi l'époque de la dernière ; car, pour peu qu'on ait foi aux rapports de M. Lechevalier, on a la conviction qu'il ne retourna dans cette contrée qu'après que Lechevalier et le peintre Cassas eurent rapporté à Constantinople la carte qu'ils venaient de dresser de la plaine de Troie. C'était , à la vérité, pour le compte de M. de Choiseul qu'ils étaient allés faire ce travail , mais ils n'avaient été chargés de ses commissions qu'à la suite des rapports faits antérieurement

(i) Voir dans le premier volume du voyage de la Troade, cliap. IV, page 295.

( «3 ) par M. Ijcchevalier, lorsqu'il s'appartenait entièrement (i). Disons encore, en passant, que ces expressions tiirrini in precipiti staritem, conviennent bien mieux aux murs dont j'ai levé les plans, murs qui présentent la forme de tours, qu'à celle dont parle M. de Ghoiseul. On he sait trop à quoi celle- ci aurait servi , dans un temps où l'on ne connaissait pas l'artillerie, ni même les catapultes; car cette tour eût été en arrière des remparts; les traits que ses défenseurs auraient pu lancer eussent été perdus. Pour moi, je ne concevrais pas par quel privilège, Ilion et sa citadelle ayant été si complètement détruites, qu'à grande peine j'ai pu retrouver quelques faibles parties des murailles de la dernière sur le bord

( I ) Ce deTait être assez pour la satisfaction de M. le comte de Ghoiseul d avoir pu réunir, coordonner et mettre au jour les riches matériaux qui composent son Voyage pittoresque de la Grèce; il est fâcheux qu'il ait été si parcimonieux dans la part qu'il a faite à quelques-uns des' hommes de méfite qui concoururent avec lui à l'édification de cet œuvre important. Si on lit avec attention les chapitres de son ouvrage qui traitent de ^la Troade, on voit avec peine que dans tout ce qui est sorti de sa plume sur ce sujet, il n a pas cité une seule fois le nom de Lechevalier, dont cependant, sur nombre de points, il na fait que paraphraser le texte. Je ne puis, je l'avoue, me défendre d'un mouvement d'humeur des plus vifs chaque fois que je vois cet auteur, et cela arrive fort souvent dans le cours de ses écrits , prendre tous les tours possibles pour nous faire croire qu'il a lui-même tout découvert^ tout vu, tout exploré. Puisque j'ai pris, à tâche de rectifier des faits, je dois avoir le courage de dire aussi la vérité sur ce point : or la vérité est que M. de Ghoiseul n a absolument rien découvert dans la Troade, qu'il n'y a rien vu que ce qu'on lui a fait voir, et qu'il n*a exploré que les livres et les cartes qui traitaient de tous les objets qifil a décrits. (Voir le N® II des pièces justificatives.)

extrême des précipices dont Fœil des hommes étrangers à ma profession n'ose pas sonder les profondeurs y je ne. concevrais pas, dis-je, par quel privilège cette tour, dont parle M. de Ghoiseul , se serait conservée presque debout, sur un point où il aurait été si facile d'en enlever les matériaux.

Le peu que je vi«^ns de dire, touchant la position des constructions dont j'ai fait le tracé, explique comment ces constructions ont pu échapper durant tant de siècles à tant de regards. On verra dans ma relation comment je fus conduit à les trouver : tout gît dans une pensée; c'est l'œuf de Christophe Colomb ; il ne fallait qu'avoir cette pensée, et peut-être aussi l'œil d'un architecte , ou d'un couvreur.

L'idée de lier son nom au souvenir d'une ville aussi célèbre que l'était Ilion , a quelque chose d'assez flatteur pour qu'on puisse me pardonner d'être entré en d'aussi longs détails , en bonne partie, j'en conviens, dans le but de justifie^ la prétention d'être le premier de notre temps qui ait vu pierre sur pierre de ses remparts. Je regrette d'avoir eu à défendre cette prétention contre un auteur que j'honorais de son vivant, et c'est pour moi une satisfaction d'annoncer que si , dans les discours qui vont suivre , je dois être encore dans le cas de combattre quelques-unes de ses opinions , du moins ce que j'ai à dire n'est pas de nature à pouvoir dispenser les amis des arts, des lettres et de l'antiquité, de la reconnaissance qu'ils doivent à l'homme dont les savantes recherches et la munificence nous ont valu un aussi bel œuvre que le Voyage pittoresque de la Grèce : paix à ses mânes !

Achevons maintenant d'exposer en peu de mots les dernières causes du retard éprouvé par cette publication.

J'avais eu trop souvent l'occiision de remarquer le vif m-

( i5) térêt qu'on prenait aux récits de ma découverte, pour ne pas avoir conâervé le désir de la rendre tout à fait publique; cependant, dégagé du service de Russie et rentité en France, je fus encore arrêté par une considération, celle que tant d'années s'étaient écoulées depuis mon voyage dans laTroade, que j'aurais peut-être mauvaise grâce à en «publier les fruits. J'éprouvai une sorte de nécessité, avant de le faire, d'aller donner à mes écrits un nouvel à propos. Il me vint en pensée deretourner à Gonstantinople, et là, non-*seulement de. prier l'ambassade de France de me faciliter de nouvelles recherches, mais d'inviter de plus quelque attaché de cette ambassade et de celle de Russie à se joindre à moi pour constater la réalité de mes premières observations. Ce fut dans de telles vues qu'au mois de mai de l'an 1829, je quittai Paria pour me rendre à Naples. Mais dominé par le désir de revoir les plus belles des contrées dont j'avais gardé le souvenir, voyageant à petites journées, et m'arrêtant partout, ce ne fut qu'au mois d'avril 1 83o que j'arrivai dans la nouvelle Parthenope. Je ne pouvais consacrer ipoins de trois mois pour voir cette ville , les merveilles de tout genre qui l'environnent , et pour jouir de la société d'anciens et bons camarades qui y occupaient des postes dignes des talents qu'ils- ont acquis dans nos écoles ; d'ailleurâ je jugeais convenable de laisser passer le temps des grandes chaleurs avant de me rendre en Asie. Sur ces entrefaites, la révolution dite de juillet, éclate en France. Ce n'est point ici le lieu de manifester mon opinion sur ce grand événement ; mais on concevra qu'il ait pu légitimement changer mes dispositions. En ^efTet, je dus craindre qu'une guerre longue et terrible embrasât de nouveau l'Europe, et que mes moyens d'existence fussent com-

( '6) promis. Je retournai donc à Rome et je saisis avec empressement l'occasion qui se présenta de me faire attacher au bel établissement de la villa Medici (i).

Redevenu libre depuis deux ans, rassuré sur la possession d'une pension honorable que je tiens de la munificence du généreux monarque qui récompensa par elle les services que je fus assez heureux de rendre à son auguste frère et prédécesseur, peut-être en considérant l'état actuel de l'Europe, serait-on disposé à me dire : Maintenant qui vous retient (2)?

A une telle observation , si elle m'était faite , voici ce que j'aurais à répondre :

Déjà depuis plusieurs mois je suis entré 'dans ma soixantetroisième année et je pense qu'à cet âge , on n'est plus guère propre à entreprendre un tel voyage , à soutenir les mêmes fatigues que je bravai avec tant d'ardeur vingt-six ans plus tôt. Je crois, par cette considération , devoir laisser à d'autres ce soin d'aller vérifier mon travail et de le compléter ; mais j'avoue que ce n'est pas sans regrets.

Dans mes nouvelles dispositions, avant de rien publier encore, je n'avais plcis qu'un parti à prendre, celui de m'assurer du moins que ce que je veux mettre au jour est toujours susceptible d'intéresser un bon nombre de lecteurs. Dans cette vue j'ai visité nos bibliothèques , j'ai pris des informations auprès des personnes qui, par leur position , sont le plus à même de savoir ce qui peut avoir été rapporté depuis 181 2 sur la ville célèbre dont Lechevalier, mon auteur,

( 1 ) L auteur devint à cette époque secrétaire de F Académie royale de France.

(a) Tout ceci était écrit en février i838.

( 17) me paraît avoir déterminé la véritable position. Tout ce que j'ai lu était propre à m'encourager dans la résolution de répandre enfin ces mémoires ; un de nos savants les plus distingués m'y a décidé* Comme j'opposais encore ce laps de temps écoulé depuis l'annonce faite à la tribune de l'Institut : Eh! qu'importe ce temps , m'a-t-il répondu, si votre décou-verte est toujours nouvelle !

Or, je pense qu'on peut encore la considérer comme telle : en effets parmi tous les voyageurs qui m'ont suivi dans la Troade, ou qui ont écrit sur cette contrée célèbre, depuis 1812 , la plupart ont disserté seulement sur ses monuments , sur la position d'Ilion, et ont appuyé ou combattu les divers systèmes qui ont été formés sur ce sujet, assez susceptible de débats, il faut en convenir. M. Ambroise Firmin Didot est le seul qui parait avoir vu et décrit quelques restes des murs du Pergama; mais tout ee q[u'il dit ne peut être considéré que comme un témoignage qui vient corroborer le mien, et conséquemment augmenter plutôt qu'atténuer l'intérêt que je dois désirer inspirer.

Les deux derniers ouvrages qui ont paru en France, où il soit question de Troie , sont la Correspondance d'Orient par Michaud et Poujolat, et le Voyage du maréchal duc de Raguse. Quoique le célèbre auteur de l'Histoire des croisades et son compagnon aient passé plusieurs jours sur le théâtre de l'Iliade, et qu'ils soient revenus à plusieurs fois sur le sol du Pergama , ils n'ont vu de ses défenses que celles que cette citadelle devait à la nature. Us l'avouent dans des lignes élégantes que je me plais à transcrire. Voici comme l'un ou l'autre s'exprime dans la lettre XIX^, datée de Kioum- Kalé, le 28 juillet i83o :

« Vous m'accuserez peut-fêtre, mon cher ami, de manquer a à la religion des souvenirs , et d'être indifférent pour l'an- « tiquité, si je vous dis que je n'ai pas vu une seule fondation, <c ou même quelque chose qui ait l'apparence d'un vieux <c mur /

« A notre avis , la seule ruine qui parle aujourd'hui de Tance tique Ilion, c'est ce grand pic (i) qui portait les hautes a tours troyennes ; ce sont ces rochers qui défendaient c Tacropolis comme des remparts inaccessibles , ces ravins « profonds creusés par le fleuve orageux , qui offraient ù a l'ennemi autant de fossés que nul ne pouvait franchir. « Voilà tout ce qui reste de la ville battue par les vents , de « la citadelle élevée sur des abîmes; je voudrais que sur quelce que rocher de cette colline solitaire , on gravât ces poroles « si souvent répétées : Campos ubi Trojafuit. » f p. 273.)

Pour ce qui est du duc de Raguse, son Voyage, d'ailleurs si rempli d'intérêt, est , relativement au sujet dont nous nous occupons , d'une stérilité complète. Lie maréchal n'a rien vu que par les yeux de Lechevalier, et toutes ses observations ont pour objet de rendre hommage à cet auteur.

( I ) Je crois devoir faire observer que cette expression /7tc, laquelle fait fort bien dans cette période^ est de nature à induire en erreur les faiseurs de systèmes qui n'auront point été sur les lieux. La position du Pergama est plutôt une sorte de plateau, lequel n'est élevé que d'environ 35o pieds au-dessus du lit du Simoîs , et auquel on parvient par des pentes médiocrement fortes ; et sans beaucoup de fatigue; c'est seulement du côté qui regarde le torrent que, sur quelques points, les rochers sont kpic; mais la position vue de la plaine n'a rien qui lui mérite ce titre.

Le moment est venu de parler un peu plus au long de k note dont j'ai fait mention à la page 1 1.

M. Barbie du Bocage, en convenant que les indications de constructions que l'on voit sur le plan particulier de Troie, ont été faites après coup, dit quelles ont été figurées (T après M. GelL Cela pourrait être , puisqu'il paraît certain que ce voyageur, dont je n'ai pas encore pu me procurer l'ouvrage , m'a précédé dans la Troade ; mais les termes mêmes dont se sert le continuateur de M. de Ghoiseul ne permettent pas de le croire : les deux paragraphes qu'on va lire mettront à même d'en juger ; on lit au chap. XIV, p. 261, en note :

a Aujourd'hui il n'y a presque plus de vestiges de cons-a tructions sur l'emplacement de la citadelle de Troie ; les « édifices ont disparu , on n'en découvre pas même les a fondements. Quelques restes de la muraille d'enceinte se « laissent encore apercevoir du côté des tombeaux ; mais il a n'y a rien au-dessus de terre. »

(cDans la partie orientale, M. Gell a cru voir également a des fondements de murailles sur la pointe de la colline : « nous les aidons figurés d'après lui; mais ces murailles <c laissent à peine quelques traces qui n ont point été aperçues npar d'autres voyageurs. »

Peut-on croire que M. Barbie du Bocage qui , dans tous Jes articles qu'il a fournis au Voyage pittoresque de la Grèce, s'est montré si circonspect , ait fait tracer sur le plan particulier d'Ilion , des constructions d'une manière positive (i), uniquement sur le rapport d'un homme qui croit avoir vu ? N'est-il pas plus naturel de penser qu'on a voulu me punir

(i) Voyez la fig. 2, pi. P*.

( ao)

de ce que j'ai refusé de rendre les plans qu on avait possédés par une sorte d'indiscrétion, et qu'à cet effet on a préféré 'faire honneur de ma découverte à un étranger ? Mais en tout cas, à part la petite malveillance dont je suis l'objet (i), je vois dans cet article encore de quoi me réjouir, puisque mon témoignage s'y trouve confirmé doublement, d'une part, par ce tracé fait , dit-on , d'après M. Gell, tracé qui a un excessif rapport avec le mien , ensuite par ces mots : Quelques restes de la muraille d'enceinte se laissent encore apercevoir du- coté des tombeaux.

J'ai donc eu , dans ma relation , l'insigne avantage de prouver que M. Gell n'a point été induit en erreur par ses sens; que les objets qu'il a vus étaient bien réellement des bases de constructions; que ces constructions appartenaient à une enceinte de fortifications; que ces lignes tellement douteuses que le voyageur anglais n'osait affirmer que ce

(i) Au moment où je livrais ces feuilles à l'impression, M^ Forshammer, antiquaire danois, qui se propose d'explorer la Troâde dans le cours de la présente année iSSp, m'a communiqué un plan copié sur celui donné par M. Gell. Ce plan m'a confirmé dans l'opinion que je me suis faite touchant cette malveillance, et l'intention que doit avoir eu l'éditeur de M. de Choiseul, par les raisons que j'ai dites, -de faire honneur de ma découverte à un étranger. Il me parait évident que les traits faits après coup sur te pian particulier d'Ilion, publié dans l'ouvrage de M. de Choiseul, et dont je donne une copie exacte , pi. F^, fig. 2, ont beaucoup plus de rapports avec ceux du plan que j'ai levé et que M. Barbie du Bocage eut plus d'un an entre les mains (voir pi. II, fig. 2), qu'avec les vagues tracés de M. Gell. Sans vouloir déprécier le travail de l'architecte anglais , je puis dire qu'en voyant son plan , il semble au contraire qu il n'ait indiqué de semblables constructions que d'après des renseignements imparfaits qui lui auraient été donnés sur ce que j'ai vu et tracé moi-même.

(ai )

fussent des constructions, que ces lignes^ dis-je, se rattachent à d'autres où le doute n'est plus permis , puisque là on voit jusqu'à quatre assises de pierres les unes sur les autres , et de plus l'épaisseur du mur, épaisseur suffisante pour qu'on puisse croire que ces murs ont servi de défense à une cité quelconque, à une époque où les machines de guerre étaient encore inconnues.

J'ai parlé de malveillance : je suis malheureusement forcé de la reconnaître dans ces dernières lignes qu'on lit à la fin de ce même paragraphe :

« M. Dubois a descendu avec beaucoup de précaution les ff rochers presque perpendiculaires qui sont au midi de la « citadelle. Il n'y a point vu les rampes ou escaliers faits de « main d'homnje que M. Mauduit annonce y avoir trouvés. ^

Ainsi , bien qu'on ait eu dans les mains un plan de moi levé géométriquement, et figurant des constructions existantes, à la partie orientale de la citadelle , on dit que M. Gell seul a vu des constructions sur ce point ; mais que ces murailles nont point été aperçues par d'autres ^voyageurs ; on ne se souvient de moi que pour me donner une sorte de démenti. Heureusement que je suis parfaitement en mesure d'expliquer pourquoi M. Dubois n'a pas vu les rampes ou escaliers ; c'est tout simplement parce que, sur de fausses indications qui lui ont été apparemment données , il est allé chercher au midi du Pergama, ce qui est à l'orient de cette citadelle. I/escalier ou échelle dont je parle existe au point même où M. Gell a cru voir des fondements de murailles; mais cet escalier n'existe que sous terre ; car, après m'être assuré de son existence , je l'ai recouvert : on verra plus tard pourquoi je l'ai fait , et j'espère qu'on m'en saura gré.

( aa )

Avant de laisser passer mes lecteurs à la seconde section , j ai la satisfaction de leur annoncer que l'existence des murs qui, depuis la découverte que j'en ai faite en iSri, avaient encore échappé aux regards de tous les voyageurs qui m'ont suivi sur le théâtre de l'Iliade, vient d'être constatée par M. Raoul Rocbette.

Instruit au mois d'avril dernier, i838, que cet antiquaire allait être envoyé en mission dans l'Asie Mineure , pour recueillir à Assos les marbres qui lui paraîtraient dignes de l'intérêt de nos savants ou de nos artistes, je désirai profiter d'une circonstance si favorable d'obtenir enfin la confirmation du fait que je viens si tardivement produire. Ajournant encore une fois l'impression de cet ouvrage, j'ai donné à M. Raoul-Rochette et à l'architecte que M. le ministre de l'instruction publique lui avait adjoint, toutes les communications susceptibles de les faciliter dans les recherches que je les engageais à faire. Malheureusement le peu de temps dont a pu disposer le savant académicien ne lui a point permis de suivre celles de ces recherches qui , par leur nature , exigeaient un séjour dans la plaine de Troie; mais il a vu du moins les restes précieux du Pergama que j'avais plus par* ticulièrement désignés à son attention, et il en rend un témoignage non équivoque dans une lettre que, à ma demande , il a bien voulu écrire à la date du ^ décembre dernier, et que, vu son étendue et son objet, j'ai placée parmi les pièces justificatives. (Voir le N* III desdites pièces.)

Dans cette lettre, M. Raoul Rochette, tout en satisfaisant à mes demandes , parait ne. pas apprécier l'importance que je mets à son témoignage ; mais ceux de mes lecteurs qui ont pris la peine de lire, dans ce qui précède, les expressions des

estimables auteurs du Voyage d'Orient (i), et principalement l'extrait que j'ai donné, p. 19, de ce qui a été publié dans l]œuvre de M. de Choiseul depuis le retour du dessinateur envpyé par lui sur les lieux, concevront que ce témoignage était devenu pour moi indispensable.

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