‹ Dédicaces et lettres autographesChapitre 16 sur 21 · A JULES JANIN · texte numérisé non relu

A JULES JANIN

A Jules Janin, au maître toujours admiré, toujours cher, j'offre en tremblant ma chélive moisson. Hélas ! c'est Bavins qui ose se présenter chez Horace!

1" juillet 1867.

Un des livres sur lequel il a peut-être été écrit le plus de dédicaces, c'est V Horace de Jules Janin. Le célèbre critique improvisait des petits vers d'envoi, avec une facilité et une grâce ravissantes. Rien d'ailleurs de plus varié de forme et de couleur. 11 disait à Sainte-Beuve :

De ce triple salut ne prenez point d'ombrage ! Âmi, je vous présente un sage Traduit, mais non pas corrigé.

Il vous dira qu'à la sagesse On n'est pas toujours obligé ; Que chaque mois, à sa maîtresse, On peut fort bien donner cojigé.

II aimait le vin, moins l'ivresse ; Il piquait, mais il était doux ; Il faut qu'on l'aime et qu'on le craigne ; Il savait... Eh ! ce qu'il enseigne Pas un ne le sait mieux que vous.

A Madame Ristori, la grande tragédienne :

Fille des vieux Latins de Rome et de Corneille, En lisant ces échos d'un esprit tout romain,

Tu diras : Ces accents ont frappé mon oreille, Et j'ai porté ma lèvre à cette urne d'airain !

A l'éditeur Léon Gurmer :

Entre les sages d'ici-bas Homme heureux, je vous donne un livre Qui vous apprendrait à vivre, Si vous ne le saviez pas.

A son secrétaire et ami, Alexandre Piedagnel :

Piedagnel Ne fera pas le pied de grue Au devant de VHorace, édition incongrue, Dans laquelle Tabeille a laissé peu de miel!

A Henri Houssaye :

Toi qui marches vers les printemps

Eclatants Si loin de nos jours moroses.

Prends nos fleurs, nos chansons, nos amours et nos roses !

A M. Villemain :

Il vous apprit Tart d'écrire et de plaire, A mêler l'utile au charmant ; Vous nous apprenez maintenant L'art du courage et du bien faire.

Pour M. de Pontmartin, il fait une double allusion :

Prenez -la, mon ami, vous qui valez mieux qu'elle. Pourquoi ? me direz-vous. — Vous êtes plus fidèle.

S'il est fidèle à ses opinions, M. de Pontmartin ne Tapas toujours été à ses amitiés. Il Ta pris de bien haut avec les journalistes dans les Jeudis de Madame Charbonneau, et son vieil ami Jules Janin y est grififé le plus gentiment du monde.

Le critique des Débats pouvait être spirituel et méchant à son tour ; il aima mieux pardonner, se montrer juste envers un injuste détracteur. Il écrivit à M. Emile Page, de Tulle, qui avait pris sa défense, des pages pleines de sentiments élevés sur la profession des lettres (1), et mit cette note sur 'son exemplaire des Jeudis de Madame Charhonneau :

Première édition, avec toutes les violences innocentes du comte de Pontmartin,

On ne pouvait donner une meilleure leçon à celui qui avait essayé un instant d'être le Veuillot de la Gazette de France. .

Emile de la Bédollière n'était pas oublié :

Voici, confrère, un bon garçon, Compagnon de notre jeunesse !

[\) Voir Correspondance de Jules Janin.

Il nous chantait à l'unisson Le vin, Tamour et la paresse.

11 fut votre maître en chanson.

Il est notre émule en sagesse.

M. Thiers aussi avait reçu V Horace et il en accusa réception au traducteur par cette lettre charmante :

Paris, 45 février 1861.

Mon cher monsieur Janin,

Ne prenez pas pour un acte de bienveillance de ma part, le jugement favorable que j'ai porté sur votre traduction à' Horace, Je suis un entêté en toutes choses, surtout en fait de littérature classique, et l'été (seul moment où j'aie un peu de loisir), je relis à l'ombre des bois, du Ftrgft/e, de Y Horace j du Bossuet, du Rollin^ et je regarde passer les révolutions avec une parfaite tranquillité d'esprit et de cœur, en continuant de penser, d'aimer, tout ce que je pensais, tout ce que j'aimais jadis.

C'est dans l'une de ces lectures que je me suis aidé de votre traduction ; car, bien que je sache le latin comme un passable élève de l'Université, je ne hais pas le secours d'une bonne traduction. J'ai trouvé tant d'élégance, de grâce, d'heureuse tournure dans la vôtre, que je me suis promis de m'en servir toujours en lisant Horace^ et vous ayant vu, je vous l'ai dit avec la simple franchise de ma nature. Sans doute, s'il m'avait fallu de la bienveillance pour vous bien juger, elle ne m'aurait pas manqué ; mais l'impression de votre traduction a suffi pour m'inspirer ce que je vous ai dit.

Je suis bien heureux de tenir ce joli volume de votre

main ; je vais le faire relier avec le texte de Didot, pour porter ensemble le latin et le français dans mes rêveuses promenades. Hélas ! de tant de choses que nous avons vues, vous et moi, il ne me reste que le souvenir, et je jouis de ce mirage qui n'est pas sans charme, quoiqu'il soit sans illusion !

Je suis heureux d'avoir une petite, mais une bonne part dans votre souvenir, et je vous prie d'y ajouter la certitude d'une sincère et amicale estime pour vous, de laquelle vous auriez la preuve directe, si vous veniez la chercher.

, Tout à vous,

A. Thiers.

Si l'illustre homme d'État faisait des compliments à Jules Janin, le docteur Trousseau, un de ses amis d'enfance, le morigénait de la belle façon :

Je te prie de croire, — lui écrivait-il le 22 août 1860, — que j'ai lu déjà une partie des Odes et des Epîtres, et que, sans aucune flatterie, — et tu verras tout à l'heure que je ne te flatte guère, — j'ai eu le plus vif plaisir à lire une traduction, la seule jusqu'ici qui ne m'ait pas fait regretter mon poète de prédilection. Tu as des pages entières admirables et quelques autres où j'aurais bien à redire , mais ce sera pour la seconde édition.

J'ai lu deux et même trois fois, ta dédicace au duc d'Aumale ; elle m'a fait peut-être plus de plaisir que tout le reste. Mais parce qu'elle est un chef-d'œuvre de talent et de cœur, je ne veux pas que tu y laisses des abominables bêtises.

Cicéron a-t-il eu un autre enfant que sa fameuse fille

TuUie? Si oui, je n'ai rien à dire ; si non, comment fais-tu étudier à Athènes le jeune Gicéron avec le jeune Horace ?

Tu fais suivre à Horace le parti de Pompée, lequel Pompée, né juste la même année que Gicéron, meurt 48 ans avant Jésus-Ghrist, quand Horace avait \S ans.

Tu me fais promener Horace dix Jmiicule au Vatican.,, Mais, abominable monstre, le mons Vaticanus n'a jamais été dans la ville des sept collines. Il y est aujourd'hui et seulement depuis l'invasion barbare, comme Bagnolet est dans Paris depuis le 1" janvier 1860. La vieille Rome d'Auguste n'avait pas le Vatican.

Mais tu couronnes l'œuvre par un crime. « Témoin notre illustre et malheureux contemporain Jean de Witt, naguère déchiré par des monstres. » Or, Jean de Witt que tu fais notre contemporain, est mort assassiné il y a deux cents ans, en 1672, victime de la canaille hollandaise, pour n'avoir pas su prévoir l'invasion de la Hollande par Louis XIV.

Vois-tu ! c'est abominable, quand on est, comme toi, l'un des écrivains les plus éminents de notre époque, de n'écrire qu'avec des souvenirs de collège, au lieu d'avoir, dans ses lieux d'aisance, ce bête de livre qu'on appelle le Dictionnaire universel d'histoire et de géographie^ de Douillet, lequel n'a pas plus de mérite qu'un almanach de Mathieu Laensberg, mais qui, du moins, nous empêche de faire des anachronismes à rendre fiers les maîtres d'études, et qui, par conséquent, se croient des écrivains supérieurs à toi et à Lamartine. .

Il n'est pas possible que tu envoies au duc d'Aumale, sans l'avoir réimprimée et corrigée, cette belle dédicace.

Maintenant que je t'ai dit des injures, et que peut-être je t'ai déplu, laisse-moi te dire que je t'aime bien fort.

A. Trousseau.

Le célèbre chirurgien eût mieux fait de ne pas écrire cette spirituelle boutade. Certainement Gicéron a eu un fils ; certainement Horace pouvait suivre le parti de Pompée, même après la mort de Pompée, puisque ce parti, le parti républicain, se perpétua longtemps encore. Quant à « notre contemporain Jean de Witt, » Trousseau n'avait pas remarqué ces lignes qui terminent la préface, sur le sens de laquelle pourtant il ne s'était point trompé :

Traduit de la préface du petit Horace m-12, imprimé à Amsterdam, par Daniel Elzevier.

Or, Daniel Elzevier et Jean de Witt étaient contemporains, ce me semble.

Voici la dédicace de V Horace envoyé à M.

Edouard Fournier :

Grand chercheur, habile inventeur, As-tu rencontré mieux qu'Horace ?

Fais-m'en part, et soudain je passe De mon poète à ton auteur.

Le savant bibliothécaire de l'Arsenal qu'il est difficile de prendre sans vert, répliqua :

Non, régal de ton cher Horace Je ne Tai jamais rencontré...

On sent que tu le mets à Taise

Comme en son Tibur tant fêlé.

Tu lui rends la grâce française.

Pour le latin qu'il t'a prêté.

Sa naissance était incertaine, Et partageait les beaux esprits :

A Rome, on le disait d'Athène ; Maintenant, il est de Paris.

Le poète des Méditations était sobre de dédicaces ; il envoyait ses livres à la manière ancienne :

De la part de M. de Lamartine, son ami, à Jules Janin.

L'auteur des Paroles d'un Croyant avait une façon touchante de dédier ses livres. Après l'impression de ses Œuvres posthumes, par les soins de M. Forgues (18S6) (1), il en prit un exemplaire et écrivit sur le faux-titre :

Lorsqu'un jour Gabriel (Benoît Champy) saura qu'il eut jadis un vieux cousin, ceci lui sera comme un souvenir de la tendre affection du vieillard, et des vœux qu'il forma pour lui.

F. DE Lamennais.

Il fallait qu'il se crût bien oubUé, le pauvre grand homme !

(1) Lamennais avait voulu soigner lui-môme rédition suprême de ses œuvres. Il est mort en 1861.

On se rappelle les protestations soulevées par le Tragaldabas de Vacquerie, joué au mois de juillet 1848. C'était inouï. On se serait cru revenu aux grandes luttes des romantiques contre la vieille école. L'ardeur était la même, et les exagérations allaient leur train. Jules Janin, Tun des chauds adversaires de la pièce nouvelle, écrivait à madame Jules Janin, le 25 juillet 1848, le lendemain de la première représentation :

Et la pièce de la Porte-Saint-Martin ! C'est une fable On ne croira jamais ce qui s'est passé ce soir-là. J'aurai beau le raconter en détail, j'y perdrai mon encre et mon latin ! Figure-toi Frédérik Lemaitre en haillons, plein de verrues, de taches, de rouge, de vin, de saletés, d'obscénités, d'infamie ! Il y a des scènes où il vomit^ une autre scène où il fait pis que cela ! Toute la pièce est composée pour des vidangeurs ; la moralité de l'œuvre est digne des détails. M. Hugo, aux stalles, applaudissait et donnait le signal à un bataillon carré de claqueurs. Tout le monde hurlait et sifflait. Le plus étrange, en tout ceci, c'est le discours final du comédien Frédérik Lemaitre. Gomme le désordre était à son comble, il s'est avancé sur le bord de la scène, tenant à la main un magnifique bouquet qu'on lui avait jeté, et alors il a prononcé un discours en charabia. Le discours ne produisant par tout l'effet désiré, notre homme a crié : Vive la République I Aussitôt, de tous les côtés de la salle : A la porte 1 à la porte Vivrogne ! à la porte l'i^isolent !

. Quoi qu'il en soit de cette appréciation passion-

née, Vacquerie fut content de Frédérik Lemaître, puisqu'on 1878 il se souvenait encore de cette soirée et envoyait son livre à Tartiste avec cette dédicace :

Au grand comédien qui a été un si admirable Tragaldabas, son ami reconnaissant : Auguste Vacquerie.

Chères dédicaces ! on les met à toutes sauces. L'auteur de Diêzes et Bémols écrit sur un exemplaire de ses poésies :

A Termite de Fontenay-aux-Roses, à l'illustre baron Brisse, souvenir respectueux d'un aide-cuisinier.

De Baugé.

Elles consacrent même les douces aventures du cœur. Je trouve dans le catalogue Baillière de septembre 1876, cet article curieux :

379. LADY Jane Gray, épisode du xvi® siècle. 1 vol. in-8 maroq. rouge, fers dorés, d. s. t. Manuscrit de d43 pages in-8 daté de Bourneville, 1836. 20 fr.

Ce manuscrit porte les lignes suivantes sur ses gardes :

M"« Sabine de Noailles a composé cet épisode à l'âge de 14 ans et demi. Lorsqu'elle exprimait avec tant de charme

la grandeur el la beauté, elle ignorait, dans un âge si tendre, qu'elle se peignait elle-même.

Et plus loin :

A mon cher cousin Henri de Chabot. Offert par Cécile Standish, souvenir d'une réconcihation.

43 juillet 1863.

Ces notes sont un peu indiscrètes, et enjambent gaillardement le mur de la vie privée. Mais que diable ! M. Henri de Chabot s'est bien empressé aussi de se débarrasser du souvenir de sa cousine.

Voici encore une dédicace qui aflfecte un certain air de mystère. Je la copie sur un exemplaire de CanariSy dithyrambe au profit des Grecs. Paris, Sanson, 1826 :

A M"« d'Hervilly. Hommage et preuve que j'ai profité de ses bons avis.

A. Dumas.

Et celle-ci, sur les Bienfaits de Champavert, comédie- vaudeville en un acte, 1862 :

A M^*® Marie Dupuis,

Gratitude, souvenir.

Henri Rochefort.

Et cette autre, sur le Beau Léandre :

A M"* Léontine Bertin, que le grand Watteau eût

choisie, d'une beauté si délicate et si pure, pour le modèle de Golombine, noire adorée.

Théodore de Banville.

Un poète élégiaque, un peu voilé à Theure présente, mais qui aura encore son heure, car les déchirements de Tâme, les cris du cœur ne s'oublient pas, Madame Desbordes-Valmore envoyait ainsi Bouquets et Prières (1843) à Sainte- Beuve, son protecteur de tous les instants :

Au cœur du poète, Un cœur de femme.

Marceline Valmore.

Madame Desbordes-Valmore mourut le 23 juillet 1859. Jules Janin lui ayant consacré quelques lignes du feuilleton, il reçut ce billet de Sainte-Beuve :

Mon cher Janin,

Vous avez eu une heureuse inspiration en parlant de cette femme-poète, du petit nombre de celles qui le sont ; vous avez eu des accents qui font honneur à votre cœur. J'ai été touché que vous y ayez mêlé mon nom. Je n'étais pas son protecteur ; mais nous sommes tous des nageurs qui devons nous tendre la main, si Tun est en danger de rester en arrière et de couler au fond. Hélas ! un peu plus tôt, un peu plus tard^ nous y passerons tous. Chacun a la

mesure de sa pleine eau : Tun va jusqu'à Saint-Cloud, l'autre va jusqu'à Passy. J'y vais aujourd'hui. A vous de tout cœur,

Sainte-Beuve.

Ce 3 août.

Ces sentiments font un peu oublier le fameux Livre d'Amour, qui reste comme une tache sur la mémoire du poète des Consolations (1).

(1) Voici comment Alphonse Karr parlait de Sainte-Beuve, dans les Guêpes d'avril 1845 :

a ... Il s'agit tout simplement d'une grande infamie que prépare dans l'ombre un poète béat et confit; un saint homme de poète.

« Ledit poète est fort laid. Il a rêvé une fois dans sa vie qu'il était l'amant d'une belle et charmante femme. Pour ceux qui connaissent les deux personnages, la chose serait vraie qu'elle n'en resterait pas moins invraisemblable et impossible.

« Il a réuni dans un volume de 101 pages toutes sortes devers, qu'il a faits sur ses amours invraisemblables. Il a eu soin d*en faire un dossier avec pièces à l'appui, pour laisser sur la vie de cette femme la trace luisante et visqueuse que laisse sur une rose le passage d'une limace.

u Non seulement il a eu soin de relater dans ses vers toutes les circonstances de familles et d'habitudes, qui ne permettent pas d'avoir le moindre doute sur la personne qu'il a voulu désigner ; mais encore il l'a nommée à diverses reprises.

« Ce livre de haine est appelé par l'auteur Livre d'Amour, »

Le Livre d'Amour, tiré à 1^ exemplaires seulement, pour les intimes,estde toute rareté. Il est déformât in-12, couverture de papier verdâtre. Le titre porte simplement en haut du la page : Livre d* Amour, et au bas : Faris 1843. Au verso du titre, on lit au bas de la page : Imprimerie de Pommeret et Guénot^ rue Mignon, 2.

Ce petit volume se compose de IV-107 pages de texte et d'une page de table. Il contient 41 pièces de poésie et 4 pièces finales.

Il se vend de 250 à 300 francs.

Il était d'ailleurs peu sympathique. Si Toii admirait son grand talent, on méprisait son caractère. Les cordons-bleus eux-mêmes se faisaient Técho de ces répulsions et Madame Sophie, cette puissance dans Thôtel du docteur Véron, complimentait ainsi Jules Janin de sa réception à l'Académie. Je conserve l'orthographe de la lettre; c'est un de ses assaisonnements, et les profanes n'ont pas le droit d'y toucher :

Pardonnez-moi la respectueuse liberté que je prend de vous écrire pour vous prier d'accepter mes humbles et cincères félicitations. Enfin il y a encore de la justice et de Téquité dans ce monde. Si mon regretté maître vivait encore, il serait content. Si M. Sainte-Beuve revenait, il mourait tout de suite de rage de sa seconde mort, de vous voir dans son fauteuil.

Cette allusion de la « modeste cuillinaire »

(c'est ainsi que se qualifie Madame Sophie Delalande) à la sourde opposition que Sainte-Beuve fit toujours à Jules Janin chaque fois qu'il se présenta à l'Académie, ne manque pas de sel.

On voit qu'elle était au courant des petits mystères de la cour d'amour de Saint-Gratien.

Mais Sainte-Beuve pouvait se consoler des dédains de Sophie. Un esprit ailé, un génie, lui envoyait, en 1866, Monsieur Sylvestre, avec ces lignes superbes :

A mon ami Sainte-Beuve, chère et précieuse lumière dans ma vie.

George S and.

S'il fut un nom souleveur de tempêtes, c'est celui-là. On portait Técrivain aux nues, on jetait la femme aux gémonies. A chaque œuvre nouvelle, la presse s'emparait du nom de George Sand et le mêlait à ses cantiques, à ses malédictions.

George Sand, au milieu de ces admirations, de ces haines, de tout ce bruit d'applaudissements et de huées, avait des heures sombres.

Elle écrivait au critique des Débats, en 1840, à propos de Cosima :

Je vous remercie de ne pas venir à la répétition. Ce sera une séance de votre ennui que je n'aurai pas à me reprocher, au lieu de deux que je vous offrais. Mais je veux me défendre un peu d'avance, de ce que vous allez penser de ma présomption, en voyant une si mauvaise pièce. Le premier venu vous dira que les comédiens l'ayant trouvée détestable, m'avaient engagée à la retirer, comme on dit, et que je l'avais retirée en effet. C'est Buloz qui par des raisons d'autorité (de ces arguments sans réplique qu'on a contre un pauvre auteur à qui Ton a avancé de l'argent), a persisté à la faire jouer. On vous dira que je suis là comme un chien qu'on fouette, ennuyée, enrhumée, dégoûtée, forcée à tout instant de couper et de recouper ma robe pour en faire une blouse, une casaque, un sac, un haillon. Si bien que vous n'avez pas besoin, je vous jure, de me conseiller d'en rester là pour l'avenir. Dieu

me préserve d'y retourner, eussé-je un succès, sur lequel je ne compte, certes, pas.

Soyez donc aussi sévère qu'il faudra sur la chose littéraire en elle-même ; mais ne me peignez pas comme une tête ambitieuse de popularité. Qui sait mieux que vous que je n'ai aucun genre de présomption, et que je ne suis pas vaine? Mais je suis pauvre, je suis malade ; on m'avait dit que je guérirais en travaillant moins et que je gagnerais quelque chose en ne me donnant aucune peine ; on m'avait trompée. Il m'a fallu plus de peine, de temps et de santé pour monter cette platitude, qu'il ne m'en eût fallu pour écrire quatre volumes, et je n'y gagnerai peut-être que des pommes cuites. •

Ainsi, épargnez -moi un chagrin, car j'en ai assez. C'en serait un pour moi que de me voir condamnée et méconnue par vous, non dans mon talent (vous m'en accordez toujours plus que je n'en ai), mais dans mon caractère qui est simple et droit, aussi peu charlatan que possible. Vous savez que vous m'aviez amicalement offert une position plus brillante et plus avantageuse ; je l'ai refusée et je la refuserais encore, ne voulant pas me mettre trop en vue et m'engager à faire preuve d'une fécondité et d'une puissance que je n'ai pas.

J'avais fait une pièce, sans songer à la faire jouer, comme j'avais fait déjà quelques romans dans la forme dialoguée, simplement pour me reposer de l'autre. On m'a fait aller où je ne voulais pas. En fait d'affaires, je n'ai ni esprit, ni prévoyance. Mais les sottises que je fais ne m'enivrent pas. Je garde ce grand caractère que vous m'attribuez quelquefois, pour recevoir sans humeur les sifflets et les critiques. Tout ce que je vous demande, c'est de ne pas oublier que je suis bon enfant avant tout, et que je n'aurai jamais les prétentions et les vices de l'enfant gâté.

Pardonnez-moi de vous tant parler de moi depuis quelques jours, et de vous importuner comme ferait un solliciteur. J'ai conservé une âme si calme, au sein de la vie littéraire, que je défends mon calme, comme les autres défendent leur gloire. Vous avez fait sur moi un beau vers latin ; mais j'espère qu'après ma mort, vous me ferez une plus belle épitaphe encore. Vous direz en bon français : a Elle n'avait rien d'un homme de lettres. »

Adieu et à vous,

George.

Mais le grand écrivain avait porté les lèvres à la coupe enivrante, et tous les serments du monde ne pouvaient Tempêcher d'y revenir. Le succès de François le Champi (1849) et de Claudie (1851), lancèrent tout à fait George Sand dans la littérature dramatique. Longtemps après , elle écrivait encore à Jules Janin :

Si vous vouliez revoir un bout de troisième ou de quatrième acte de Villemery à TOdéon, vous jugeriez par vous-même des artistes à qui un mot d'encouragement de votre part assurerait la victoire. Je crois qu'ils méritent celte protection et que VUlemer, s'en ressentirait heureusement.

Vous l'avez déjà bien glorieusement encouragé, lui, ce simple drame domestique où vous avez trouvé du cœur. Mon cœur, à moi, vous en remercie et frappe, cette fois, avec confiance, à la porte de l'ancien vôtre.

George Sand.

Palaiseau, 20 octobre 4864.

Les ex-dono de Sainte-Beuve ne manquent pas d'originalité. En voici un écrit pourChampfleury :

A l'auteur des Chats y L'auteur de Volupté. .

Sainte-Beuve.

Ceux d'Henry Houssaye sont caractéristiques ; on y sent Tinfluence paternelle. Il envoya ainsi un des vingt exemplaires sur papier de Hollande de son Histoire d'Alcibiade :

A mon cher maître Jules Janin, de l'académie de Platon, de l'académie d'Horace et de l'académie Française.

Henry Houssaye.

Le grand poète provençal, Frédéric Mistral, est sobre à Texcès. Il fait partir Mirèio avec ces simples mots :

A Jules Janin, un pouloun de Miréio.

Un baiser de Mireille !

Il serait de marbre, celui que n'enivrerait pas cette caresse de la belle fille du Mas des Micx)coules !

Mais que dire de ces lignes :

Je prie M. Dessolliers d'accepter cet exemplaire des Odeurs de Paris et d'excuser les fautes de l'auteur.

Louis Veuillot.

Et de cet envoi de la Restitution de la basilique de Saint-Martin de Tours :

A M. MiCHELET,

Hommage affectueux, mais de pénible digestion.

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