A JULES JANIN
H.-H., 1" janvier 1860. Victor Hugo,
Et cette autre, sur un fascicule des Châtiments :
A Jules Janin,
A Eraste, Au grand esprit, Au vaillant cœur, Au charmant et puissant écrivain, Fratri fratelhis,
Victor Hugo.
Hauteville-House, juin 1863.
On sait avec quel courage le critique des Débats vint en aide aux proscrits. Eugène Sue, Hetzel, Deschanel, Arago, Edgar Quinet, furent loués par lui avec une ardeur voisine de Timprudence. Victor Hugo lui en décerna ce magnifique témQignage dans une lettre du 16 août 1856, reliée avec les Contemplations :
Je ne suis rien, je vous Tai dit en vers comme je vous le dis en prose ; mais aujourd'hui la situation est telle que
dire mon nom c'est protester ; dire mon nom c'est nier le despotisme ; dire mon nom c'e^ affirmer la liberté, et ce nom militant, ce nom déchiré, ce nom proscrit, vous le dîtes avec tant d'intrépidité!... Vous le chantez comme avec un clairon et vous jetez tout ce qu'il contient de guerre à la face de l'empire et de l'empereur... Je ne vous en remercie pas, je vous en félicite...
En 1869, le grand poète écrivait encore au feuilletoniste :
Hauteville-House, 30 janvier.
Mon éminent confrère,
Ma femme, dont vous avez si admirablement parlé, vous
aimait bien. Elle avait la douce superstition de prendre
les plumes avec lesquelles j'avais écrit, et de les conserver.
' Elle vous en a légué une. Yoici un passage du codicille de
son testament, récemment ouvert :
« A Jules Janin^ le vaillant ami de tous les exilés et de « tous les courages, je donne la plume avec laquelle mon « mari a écrit le Revenant (des Contemplations), Elle est « enfermée dans un papier sur lequel mon mari a lui- « même affirmé l'authenticité. On trouvera cet objet dans « un des tiroirs intérieurs du meuble de citronnier qui est (( dans ma chambre. »
Je vous envoie le souvenir ; quant à la plume, cela n'en vaut pas la peicie. Une plume à vous ! Vous aussi, certes, vous avez le droit de dire : J'ai mon épée.
Je veux seulement que vous sachiez à quel point ce grand cœur qui était aussi un grand esprit, vous honorait et vous aimait.
Tuus :