AU COMTE DE MONTESQUIOU-FEZENSAC
Le poète infini qui, doublant et triplant Les nuances, sonda jusques à nos scrupules, Crevant les mauvais arguments comme ces bulles De savon qu'il suffit de détruire en soufflant,
Le voilà, composant d'un geste sobre et lent, Un bouquet frais-cueilli, lors des doux crépuscules Tombant, « dahlia, lis, tulipe et renoncule » Et toutes fleurs au monde et par delà, relent
Mystique qu'il fallait pour compléter la fête Parfumée où le mage exquis nous conviait, Et dont nous jouissions d'un frisson inquiet.
J'admire le penseur subtil et l'àpre esthète Des pensers voletant comme chauves-souris^ Mais j'aime le fin enchanteur aux sorts fleuris.
GII
GABRIEL DE YTURRY
Yturry ! C'est un nom terrible, Evocation de Pyrénées Prises, reprises, rançonnées Par un chef au visage horrible.
Œil de feu sous le sombrero
Il se moque un peu du bourreau.
Tel le torero du taureau.
Balles pleuvent comme d'un crible,
Femmes se sauvent, dépeignées Par quels bras affreux empoignées !
Tout voyageur est une cible...
Fi ! c'est le Cavalier exquis Tout à Tami qu'il a conquis Parmi quelques Amaéguis.
CIH
A AURÉLIEN SGHOLL
A seize ans, l'âge du bachot épouvantable D'antan, et du bachot bizarre d'aujourd'hui, Comme nous nous passions « Denise » sous la table En nous disant tout bas : Lis, mon bon, c'est de Lui
A l'Escrime, le seul de nos maîtres sortable, Robert, nous démontrait quelque coup inouï D'audace magnifique ou de ruse admirable Et nous clamions à plein gosier : Ça c'est de Lui !
Lui ! c'est vous. Et, depuis, par la vie où le lucre Où le rêve vont nous usant, qu'on aime donc Votre amère sagesse et l'esprit qui la sucre
Et la sale et la poivre et, souples, tel le jonc
Qui vous fat coutumier au dam de maintes faces
Et maints dos, vos mots pleins de grâces et d'audaces.
Hôpiial Broussais, 28 août 1893.