ÉTAT DE LA PLACE EN JANVIER
(Note de la main du général de Campredon.)
Le Gouvernement français, après s'être rendu maître de Dantzig en 1807 \ avait cherché à en faire sa plus grande place d'armes dans le nord de l'Europe et le principal point d'appui de ses opérations offensives. Sa position admirable sous tous les rapports favorisait beaucoup les vues du Gouvernement ; le plan adopté pour cela présentait un ensemble de fortifications, l'un des plus vastes que l'on ait jamais conçus.
Une chaîne de forts, dont quelques-uns très considérables, devait lier la place même de Dantzig, qui est déjà immense, avec celle de Weichselmûnde, située à l'embouchure de la Vistule, à plus d'une lieue de Dantzig.
Cette forteresse, qui défend un bon port ainsi qu'une excellente rade, avait été fort agrandie des deux côtés de la Yistule et se liait au camp retran-
1. Dantzig avait été déclarée par l'Empereur ville libre s'administrant elle-même.
ché de Fahrwasser, en sorte que l'ensemble des ouvrages de Weicliselmunde formait à lui tout seul | une grande place de guerre. j
D'après cet aperçu, on peut se faire une idée de { la prodigieuse étendue de la totalité des fortifications ^ de Dantzig, que 60 000 hommes auraient pu occuper i sans gène et qui en exigeait 2b à 30 000 pour être ] bien défendu, tandis que l'état de faiblesse où j les malades avaient mis la garnison, dès les pre- '' raiers jours du blocus (qui commença le 15 janvier < 1813), lui laissait à peine disponible le tiers des ] forces qui auraient été nécessaires.... i
On avait recueilli environ 36 000 hommes de | troupes de vingt nations diverses, Français, Polo- j nais, Espagnols, Napolitains, Allemands, etc., ] sujets de douze à quinze princes. Ces troupes appar- ^ tenaient à plus de cent corps différens ^ et ren- ^ fermaient une foule d'hommes malades, écloppés, J épuisés de faim, de fatigue ou à moitié gelés, dont 1 la plupart portaient dans leur sein le germe de': cette fièvre nerveuse répandue alors dans toute | l'armée. Malgré les soins infinis que l'on se donna, i les hôpitaux furent bientôt encombrés, ou plutôt la 1 ville entière devint un vaste hôpital et la contagion ^ fut si rapide qu'en moins de trois mois, on vit périr ; la moitié de la garnison. La majeure partie de J l'autre moitié restait encore malade ou infirme et, .'^ vers les premiers jours de mars, à peine avait-on |