Rapports
Sentant la nécessité de se soutenir sur des points aussi éloignés de la place que le sont ceux qu'occupent nos avant-postes du Stolzenberg et du Zigankenberg, on se décide, pour les soutenir, à établir au Zigankenberg trois lunettes formant système entre elles et se trouvant un peu en arrière du village, de manière à ce que les deux des extrémités aient leurs gorges appuyées à l'escarpemefit qui se présente aux feux de la place, à 400 toises en avant (lu saillant de la lunette.
Ces ouvrages sont commencés le 2 ou le 3. On s'occupe également à palissader et à couvrir par un masque de terre la dernière maison du Stolzenberg que l'on avait crénelée depuisquelquesjours. Enfin, on commence une batterie à gauche de l'allée de Langfuhr sur un mamelon à peu près à hauteur de la grande allée et découvrant parfaitement toute la plaine de Schellmiihle ainsi que la tête de Langfuhr et de Neu-Schottland.
L'on entreprend vers le même temps de couvrir par un ouvrage la maison Kabrun que l'on avait crénelée dans le mois d'avril, ainsi qu'une serre placée à l'extrémité d'un jardin d'une maison à gauche de la grande allée, en face d'Aller-Engel.
5 juin. — A 6 heures, l'ennemi fait un mouvement pour nous attaquer, on bal la générale et, dans un moment, tout ce qui devait sortir se trouve en présence. L'ennemi se retire après avoir tiré quelques coups de canon qui nous tuèrent deux soldats et une fille dans le village de Stolzenberg.
8i DEFENSE DE DAN'IZIG
6 juin. — Nous apprenons que l'ennemi a fait le mouvement de la veille pour couvrir le passage de quelques centaines de prisonniers français qui, venant de Neustadt, filèrent derrière les lignes ennemies sur Dirschau.
Ojuin. — Monsieur le Gouverneur, tant pour protéger un grand fourrage que pour en imposer à l'ennemi qui harcèle constamment nos avant-postes, se décide, le 9juin, à une sortie générale.
Pour faire le plus de mal possible à l'ennemi et pour étonner les nouveaux venus qui ont établi des camps à demi-portée de canon des avant-postes, on se résoud à employer le plus d'artillerie possible. Le général Lepin fait jiréparer 40 pièces bien attelées.
Dès le point du jour, les troupes gagnent les hauteurs qui conduisent à la plaine de Wonneberg sans que l'ennemi ait le moindre avis de notre mouvement ; les chevaux des Cosaques et de la cavalerie paissaient encore dans la plaine, l'infanterie était dans son camp. On annonce les victoires de Lutzen et de Bautzen, des cris de vive l'Empereur sont mille fois répétés par nos soldats. L'ennemi, ne sachant ce que tout cela veut dire, fait tirer son canon d'alarme. Toute notre artillerie est démasquée au même moment, notre feu fait grand ravage dans les masses ennemies. On voit partout la confusion dans ses rangs et plusieurs pièces sont démontées. 11 est obligé d'abandonner son camp de Pitziiendorf. Il ne peut contenir les nouvelles
recrues qu'en plaçant un rang de Cosaques derrière elles ^
i. Au cours de son rapport sur l'affaire du 9, Je général Rapp cite « le général Lepin, officier si précieux dans toutes les circonstances, qui a dirigé son artillerie ainsi qu'il l'a fait dans toutes les sorties et a mérité les éloges de nos ennemis.
« Le général de division de Campredon et le colonel du génie de Richemont, qui m'ont accompagné dans toutes les sorties. Je dois dire à Votre Majesté que, dans plusieurs circonstances, leurs lumières et leur expérience m'ont été de la plus grande utilité.
« MM. les généraux Grandjean et Heudelet m'ont rendu les plus grands services dans toutes les occasions. Je me trouve heureux que le hasard et les bontés de Votre Majesté les aient placés sous mes ordres. »
Le général Cavaignac a eu un cheval tué sous lui. Le rapport nomme, comme s'étant distingués, les généraux Husson, Breissan, Devilliers, le colonel d'Egglofstein, le lieutenant-colonel Hoppe, les majors Schneider, Gleize, Fremy, Danger, Bellancourt, le chef de bataillon Duprat, le capitaine Preuthin, le sergent Vignaux.
iO juin. — On reçoit, vers deux heures après midi, la nouvelle de l'armistice conclu, le 4 juin, sous Breslau, entre les diverses armées.
M. Planât, envoyé de l'Empereur, arrive le même jour *.
1. Nous reproduisons ici le texte des instructions données, lors de l'armistice, aux officiers envoyés dans les villes bloquées : « Les officiers rendront compte verbalement de l'état des choses aux commandans des places, du bon état de l'armée, de la santé de l'Empereur.
« Nos affaires vont au mieux ; l'armée est dans le meilleur état
et animée du meilleur esprit. Elle est forte de hommes
La conclusion de l'armistice donne des espérances pour la paix. Ne vous laissez influencer par aucune insinuation ni faux rapport. Pendant l'hiver vous serez bloqués. L'Empereur jouit de la meilleur santé. »
« Faire une relation de tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée de l'Empereur à Paris, en ne parlant pas de la conscription extraordinaire, de la levée dos chevaux; se contentant de dire que nos armées sont à 1 200 000 hommes et qu'il règne dans l'Empire le meilleur esprit ; la régence de l'Impératrice.
« A leur retour, ils apporteront l'état de situation de la place, celui des approvisionnemens de bouche, celui de l'artillerie et des munitions.
« On doit prévoir le cas où, dans le retour, les officiers pourraient être dépouillés par des partis non avoués, afin d'avoir leurs dépêches. Ils conviendront avec les oommandans de faire tripler les nombres, c'est-à-dire que, s'il y a 100 canons, on mettra le triple en sus, ce qui fera 400. S'il y a 1000 quintaux métriques de farine, on mettra 4000 et ainsi de suite, de sorte que la vérité sera le 1/4 de la quantité anooncée. Mais il faut avoir soin de ne pas suivre ce principe pour les choses dont
L'Empereur au général comte Rapp.
5 juin 1813.
Le Major-général vous fait connaître la situation des affaires. J'espère que la paix sera conclue dans le courant de l'année; mais si mes vœux étaient déçus, je viendrais vous débloquer. Nos armées n'ont jamais été plus nombreuses ni plus belles. Vous verrez par les journaux toutes les mesures que j'ai prises, et qui ont réalisé 1 200 000 hommes sous les armes et 100 000 chevaux. Mes relations sont fort amicales avec le Danemark, où le baron Alquier est toujours mon ministre. Je n'ai pas besoin de vous recommander d'être sourd à toutes les insinuations et, dans tout événement, de tenir la place importante que je vous ai confiée.
Faites-moi connaître par le retour de l'officier ceux des militaires qui se sont distingués. L'avan-
l'ennemi a connaissance ; par exemple, il serait ridicule de dire qu'une compagnie d'artillerie, forte de 100 hommes, est de 400. Mais au lieu d'une compagnie, on mettra 4 compagnies ; de même pour les bataillons.
« Cette disposition n'est applicable que pour les commandans qui n'ont pas de chiffre. Ceux qui en ont. écriront en chiffi'os.
« Envoyer un chiffre au général Rapp; si le chiffre arrive à bon port, il s'en servira. On lui enverra la collection du Moniteur.
« Les officiers envoyés demanderont aux commandans de la place de l'artillerie et du génie le récit de ce qui s'est passé dans la place. Ce récit sera chiffré pour les choses importantes. Ces officiers resteront 7 à 8 jours dans les places, sous prétexte de fatigue. Ils verront tout dans le plus grand détail de manière à pouvoir en'rendre compte au retour à l'Empereur.»
cernent et les décorations que vous jugerez qu'ils auront mérités et que vous demanderez pour eux, vous pouvez les considérer comme accordés et leur en faire porter les marques, jusqu'à concurrence de 10 croix d'officier et de 100 de chevalier. Choisissez des hommes qui aient rendu des services importants et envoyez-en la liste par le retour de l'officier, afin que le chancelier de la Légion d'honneur soit instruit des nominations.
Vous pouvez également remplir dans vos cadres toutes les places vacantes jusqu'au grade de capitaine inclusivement. Envoyez aussi l'état de toutes ces promotions.
Napoléon.
Le même jour, j'ai une entrevue avec S. A. R. le prince de Wurtemberg, commandant les troupes du blocus, qui avait fait demander à M. le Gouverneur de l'envoyer chercher. Je l'accompagne de devant le Stolzenberg, par Langfuhr, jusqu'au delà de Stries; en passant dans une gorge, nous recevons un coup de fusil d'une de nos vedettes.
Il remarqua particulièrement à Langfuhr les grenadiers du 5* régiment polonais.
Plusieurs officiers russes vinrent à nos avantpostes et y avouèrent des pertes considérables qu'ils avaient faites la veille. La totalité s'élève à 1 300 pour les Prussiens et 500 pour les Russes.
Le 10, dans la journée , plusieurs enterremens marquans dans les camps ennemis. Les officiers
russes ont raconté que des milices prussiennes étaient restées à plat ventre pendant toute l'action, et que les coups de bâtons n'ont pu les faire relever. U juin. — Je suis envoyé auprès du prince. Mais, par un malentendu, je ce puis traverser les postes ennemis.
12 juin. — Je vais à son quartier-général de JuUmin (chez M. Kralat). Arrivé à trois heures et demie après midi, j'en reviens à onze heures du soir
L'Empereur a mis à la disposition de M. le Gouverneur 100 croix de la Légion.
Il meurt 40 hommes par jour.
13 juin. — Le colonel de Richement, que j'avais laissé à JuUmin, s'en retourne.
Il y va de nouveau le 14.
Ces allées et venues n'avaient d'autre but que de régler le modus vivendi adopté pendant l'armistice.
Les belligérants, en convenant d'une suspension d'armes, cherchent, pendant toute sa durée, à maintenir, en principe, intacte la situation respective des troupes en ligne. Des stipulations interviennent pour sauvegarder les intérêts des deux parties et régler leurs rapports.
Aux places assiégées, l'armistice serait nécessairement fatal, au même titre que le siège lui-môme, si les vivres i continuaient à se consommer. Aussi, les puissances con- ji viennent-elles en général que l'ai mée de blocus approvi- ; sionnera la garnison de manière à ce qu'elle puisse, au jour |^ de la reprise des hostilités, continuer la lutte avec les i^l mêmes chances qu'au jour de la cessation. C'est ce qu'avait t-l stipulé Napoléon pour ses places, dans l'article 5 de l'ar-j] niistice de Pleiswitz 5^^, ]
L'AUMISTICE 91
Art, 5.— Les places de Dantzig, Modlin, Yavosk,
Stettin et Gustrin seront ravitaillées tous les cinq jours, suivant la force de leur garnison, par les soins du commandant des troupes de blocus.
Un commissaire, nt)mmé par le commandant de chaque place, sera près de celui des troupes assiégeantes, pour veiller à ce qu'on fournisse exactement les vivrBs stipulés.
Il leur avait en outre assuré, comme faveur, une région neutre, de manière à éviter les conflits et à laisser respirer les garnisons dont, sans cela, la situation aurait été fort tendue après deux mois de prolongation du siège. Mais au lieu d'éviter.les difficultés, cette précaution devait être pour Dantzig la source de premières chicanes.
Ignorant la situation singulièrement favorable et sans précédent, qu'avaient créée l'habileté et l'énergie du Gouverneur, Napoléon avait fait insérer la clause suivante qui se référait aux cas ordinaires où. l'assiégé est enfermé dans la place.
Art. 6. — Pendant la durée de l'armistice, chaque place aura, au delà de son enceinte, un périmètre d'une lieue de France. Ce terrain sera neutre.
A la seule rédaction de'la clause, on voit qu'elle était coQçue en faveur des places assiégées et non contre elles. Or, à Dantzig, cette lieue de rayon au delà de l'enceinte, nous l'occupions en maîtres. L'abandonner et retirer nos avant-postes pour en faire une zone neutre eût été déplorable et contraire à l'esprit de la clause. Larticle aurait, à lui seul, fait ce que cinq mois de combats n'avaient pu faire. C'est là cependant ce que prétendait exiger le duc 4e Wurtemberg.
C'était de notre ligne de défense, des ouvrages construits à Ohra, à Zigankenberg, à Langfuhr, et que nos troupes défendirent, du reste, plus tard, comme elles eussent fai^ les ouvrages avancés d'une place forte, que devait, d'après nos commissaires, se compter la zone neutre.
On transigea et la question fut réglée par le statu qiio, chacun gardant ce qu'il occupait.
Des difficultés furent dès le premier abord soulevées au sujet du ravitaillement; une convention, que signèrent le général Lepin et le colonel de Richemont, sembla un moment aplanir les contestations sur ce sujet, mais elles devaient renaître à chaque distribution, au point de compromettre la situation de la place. Le général Rapp profita du départ du capitaine Planât pour en prévenir l'Empereur.
Le comte Rapp à l'Empereur.
Sire,
M. Planât rendra compte à V. M. des chicanes que m'a faites le duc de Wurtemberg : elles étaient faciles à prévoir. Ces Messieurs sont de mauvaise humeur de n'avoir jamais pu réussir contre nous. Cependant, Sire, je dois dire à V. M. que, si l'armistice durait longtems, notre position serait plus fâcheuse que pendant les hostilités et surtout pour les habitans. Car avant les hostilités, je trouvais toujours moyen de faire entrer quelque chose dans la place soit par la force des armes, soit par adresse; maintenant rien n'arrive et l'ennemi nous bloque | plus sérieusement que jamais, puisqu'il n'a autre | chose à faire et voulait même empêcher nos pêcheurs II de sortir, tandis qu'il n'a pu y réussir dans l'état de 1'
guerre. J'ai donné l'ordre de faire tirer sur les Hottes russes et anglaises, si elles inquiètent encore la pêche.
Il serait bien important que V. M. pût avoir la facilité d'envoj'er tous les cinq jours un officier qui retournerait au quartier-impérial après avoir reçu mes dépêches.
Je joins à cette lettre la copie du traité passé entre le duc de Wurtt^mberg et moi au sujet des articles de l'armistice dont l'exécution a souffert, ici, beaucoup de difficultés.
Je suis avec le plus profond respect, Sire, De Votre Majesté Impériale et Royale, Le plus obéissant et le plus fidèle sujet,
Signé : Rapp.
Dantzig, le 17 juin 1813.
Convention signée par les deux généraux en chef, le général Rapp et le duc de Wurtemberg, relative au mode de ravitaillement de la place et à la démarcation des limites :
1° Les positions respectives des deux corps d'armée resteront telles qu'elles sont présentement, d'après la proposition faite à ce sujet par S. Ex. M le comte Rapp; l'interprétation de l'article 6 de l'armistice ayant éprouvé des difficultés, l'on s'en remettra par conséquent de part et d'autre à la décision des commissaires nommés par les trois couronnes pour aplanir les difficultés qui pourraient
naître de la mise à exécution des articles de la . trêve.
2oEn conséquence de l'article précédent, les deux parties pourront s'approprier les récoltes existantes en arrière de leurs vedettes et se partager à l'amiable celles comprises entre les avant-postes.
3° La flottille russe ainsi que les chaloupes canonnières françaises participant naturellement à l'armistice, s'abstiendront réciproquement de toute hostilité. La flottille russe se tiendra à portée de canon de Weichselmiinde et de Neufahrwasser, ou à l'embouchure de Vistule à la même distance. Tout bâtiment ou toute embarcation qui dépasserait cette limite, à moins le cas de détresse ou d'accident, ou qui chercherait à s'approcher pour sonder sera réputé appartenir aux Anglais. Il est de même interdit aux chaloupes canonnières françaises de s'approcher de la flottille russe plus près qu'à distance d'une portée de canon.
4° La quantité des rations de vivres et des rations de fourrages demandée pour la garnison de Dantzig; et la composition de ces deux espèces de rations, n'ayant pu être admises par S. A. R. le commandant en chef de l'armée assiégeante, vu que, d'après les renseignemens qui lui sont parvenus à ce sujet, cette quantité diffère trop considérablement des données qu'elle a sur la force de la garnison ; d'un autre côté, M. le gouverneur comte Rapp, ne pou-: vant se départir de l'état de force de la garnison; qu'il a présenté, il a été convenu de s'en remettre
aussi à ce sujet à la décision des commissaires cidessus mentionnés; en attendant, la place sera ravitaillée immédiatement en calculant sur 17 000 hommes et 1800 chevaux ^ La composition des rations de vivres et de fourrages sera, en attendant, celle de l'armée russe et conforme à ses règlemens de troupes qui seront remis à S. Ex. le Gouverneur comte Rapp,quide son côté, fournira de même celle prescrite par le nouveau règlement français du 22 février 1813.
7° Le ravitaillement devant, par suite de l'article 2, s'effectuer d'après la composition des rations et les règlemens russes, il ne sera alloué provisoirement pour les hôpitaux que les médicamens calculés d'après cette base et pour 2 000 malades; mais en cas de décision des commissaires de la Grande- Armée en faveur des assiégés, la quantité de vin prescrite par les règlemens français pour les malades sera fournie par l'armée assiégeante, et s'il y avait impossibilité absolue de se procurer le tout ou