Rapport de l'artillerie
Journée froide, mais assez belle. Il avait gelé la journée précédente.
Nuit du 28 au 29 et journée du 29. — L'ennemi continue ses travaux. Il a couronné le ravin, à la droite de sa redoute. Il tire sur les batteries Frioul avec 12 ou 15 pièces.
Il établit une nouvelle batterie sur la digue, dans le village d'Ohra; elle tire sur la première coupure et le couvent des Jésuites.
Le travail de nuit consistant à réparer les batteries Frioul et à former deux traverses en avant n'a pu se faire, faute d'ouvriers. Le nouvel ouvrage de Schidlitz en a aussi manqué pendant le jour. Ces contrariétés nous ont fait du tort.
Un sapeur a été tué à la coupure d'Ohra.
On se propose d'établir un ouvrage à la gauche du Stolzenberg.
Mauvais tems, mais moins froid. Pluye, neige par intervalle.
Nuit du 29 au 30 et journée du 30. — Dans la nuit, l'ennemi ajoint.par une communication à droite;, ce qu'il avait établi, à droite, sur la crête du ravin, avec la redoute au bas du plateau, en avant du Zigankenberg. Il a fait une levée de terre en avant de notre petit poste du Stolzenberg.
Il a beaucoup tiré sur Frioul, mais peu sur la ville.
L'on n'a eu que très peu de travailleurs aux batteries Frioul à cause du feu de l'ennemi. Elles en ont beaucoup souffert. Los talus extérieurs sont ruinés
et les logemens criblés par les boulets de l'ennemi. On a été forcé de remettre leur restauration à la nuit prochaine.
On a commencé pendant la nuit le poste à gauche sur le plateau du Slolzenberg. On a aussi continué de nuit le travail de l'ouvrage de Schidlitz.
Pendant le jour, on a travaillé à la coupure, à l'avancée de Frioul, à l'ouvrage de Schidlitz et au camp retranché. Aux deux premières, on a perdu trois travailleurs bourgeois, et deux soldats à l'ouvrage de Schidlitz.
Dans la matinée, on voit arriver dans le port de Farhwasser un bâtiment russe pris par une embarcation de notre marine, commandée par le capitaine Dumontier. Ce bâtiment, d'environ 200 tonneaux, était chargé principalement de suif, de sirops et d'huile de lin.
Belle journée, froid modéré, beau soleil.
Nuit du 30 au 31 et journée du 3i . — L'ennemi a débouché par deux boyaux du redan qu'il avait ouvert la nuit dernière à l'extrémité du contrefort qui descend des batteries Frioul. Il s'est avancé d'une trentaine de toises et semble vouloir cheminer sur Frioul. Il a beaucoup tiré de toutes ses batteries.
Les nouveaux travaux de l'ennemi se trouvent, au matin, encore plus rapprochés de l'avancée du Frioul, ce qui inspire de l'inquiétude pour ce poste et pour les batteries de Frioul elles-mêmes. On forme le projet d'avancer dans la nuit, sur la gauche
du Stolzenberg, quelques pièces de campagne sou- ] tenues par de l'infanterie, pour prendre à revers ] ces nouveaux travaux. Mais on y renonce ensuite \ dans la crainte d'engager une affaire trop considé- j rable. On se contente de porter trois petits mortiers j à l'avancée de Frioul, afin de tourmenter l'ennemi J sur ce point et de retarder ses travaux de nuit, en j faisant agir en même tems les pièces de Frioul et | celles du Biscliofsberg qui peuvent battre ces nou- ] veaux ouvrages. On a continué, jour et nuit, les ] réparations des batteriesFrioul et dumasque à droite î de la batterie de droite. On a eu 3 ouvriers blessés. ]
L'ouvrage au-dessus de Schidlitz a été continué l sans éprouver de perte malgré que l'ennemi tirât à | mitraille. ]
La i" coupurea été évacuée en partie, on n'y a laissé \ qu'un poste. On a incendié en se retirant les maisons entre les coupures et, par là, on met à découvert nos travailleurs de la 2™^ coupure, qui n'est pas encore achevée. Il n'y a pas eu d'accord pris dans cette mesure qui est prématurée.
Très froid, un peu de neige.
Nuit du 31 au i°^ novembre et journée du i^'. — Dans la nuit, l'ennemi poussa deux nouveaux boyaux en zigzags contre les batteries Frioul et s'avança par là d'une trentaine de toises. Il n'est plus qu'à 150 ou 180 toises de ces batteries. Il fit deux reconnaissances, l'une sur notre poste de Windmùhle, l'autre sur celui du plateau du Stolzenberg. Il y perdit quelques hommes et se retira.
Continué les réparations de Frioiil et fait un masque aux murs des logemens pour les préserver des coups directs et plongeans de l'ennemi. Continué l'ouvrage de Schidlitz où quelques hommes furent blessés.
Le feu des petits mortiers eut à peine commencé;, que toutes les batteries ennemies tirèrent sur cet ouvrage et sur Frioul. Le feu de l'ennemi fut tellement vif et supérieur que nous cessâmes le nôtre. Celui de l'ennemi continua toute la journée et il fut si' constant, qu'il fit soupçonner que l'ennemi ferait quelque tentative dans la nuit. En conséquence, on mit une réserve dans le ravin de Weinberg.
Belle journée.
Après avoir parcouru tous les avant-postes, je venais rendre compte au gouverneur de mes observations ; il sortait à pied, relevant de maladie, et me proposa de l'accompagner. Nous allâmes visiter tout le Bischofsberg et ensuite la prison des Russes. Je dinai chez lui.
Nuit du i""- au2 et journée du 2. — Vers 7 heures, au moment où nous prenions le café et où il venait de se remettre au lit, étant très incommodé de sa course, on vient nous annoncer un incendie dans risle des magasins. Je m'y rends de suite, il était déjà effrayant ; au bout de 2 heures , sa violence (excitée par un vent impétueux qui soufflait dans la direction de nos magasins de vivres) devient telle qu'il n'y a plus moyen de l'arrêter, à l'exception
de la partie où sont nos six moulins à chevaux] et une autre, près du pont de Lang-garten, où est ! un magasin de 4.000 quintaux de froment i. Vers ' minuit, presque tout le quartier de Speicher-Insel : est en flammes ou menacé d'y être bientôt. On i ne songe qu'à évacuer ce qu'on peut, ressource j d'autant plus faible que la majeure partie des soldats ^ amenés pour porter secours, ainsi que la populace i de la ville, se livrent toute la nuit à un affreux ] pillage. j
L'ennemi, tout en continuant avec violence son j bombardement sur les points menacés, profite du ;; moment où l'incendie est en pleine activité pour j attaquer la coupure d'Ohra et l'ouvrage qui en | appuie la droite. Il s'y porte avec des forces consi- i dérables et parvient à s'emparer de ce dernier, en se| jetant dans le fossé et arrachant les palissades 2. ' Aussitôt que cette attaque est connue, on rassemble j des troupes, et la compagnie franche, soutenue par ; un bataillon polonais ayant à sa tête le major j Fremy, s'élance dans la redoute occupée par les | Russes et passe tout ce qui s'y trouve au fil de j
1. Sauvés par lo chef d'escadron Turkheim. — MM. Gottin, colonel d'artillerie, et de Marquessac, sous-chef d'état-major, sauvèrent un magasin de grains et un dépôt de munitions.
2. L'avancée, encore inachevée, était défendue par 50 hommes. Le capitaine Mangin fut tué, le lieutenant du génie Boërio reçut 'î deux coups de feu. Les rapports citaient, en outre, le chef de ba- !^ taillon Dybawski, les capitaines Boguslawiski, Lipinski et Mey- ^ nier, l'adjudant commandant Qucsnel, le chef de bataillon Cla- H mont, l'adjudant-major Boulanger, le capitaine du génie Sudour, )| le lieutenant Jaimebon et le sous-lieutenant Connard.
répée, à rexception d'une trentaine de prisonniers dont un officier blessé.
Pendant le tems que l'ennemi occupait cette position, il avait entrepris un boyau partant de ses tranchées, en face des batteries Frioul,et aboutissant à la gorge de l'avancée.
Dès que l'on eut repris ce poste, on effaça une partie de ce boyau ; l'autre partie au delà d'un ravin, à une cinquantaine de toises en avant, ne put être détruite, mais comme elle était enfilée par notre ouvrage, l'ennemi ne put s'en servir que lorsque nous l'eûmes évacué (le poste).
Repoussé sur ce point, il se porta, vers minuit, sur le plateau du Stolzenberg *et,en troisième lieu, sur le nouvel ouvrage au-dessus de Schidlitz, et commença de suite de s'y établir. Il ouvrit sur le Stolzenberg une tranchée de 350 toises du saillant de la lunette Gafarelli. Au-dessus et à droite de Schidlitz, il profita, pour se couvrira la gorge de notre ouvrage , d'un fossé destiné à recevoir les palissades, et la prolongea à droite, de manière à couronner la crête qui domine Schidlitz, et à gauche de manière à se relier avec la batterie qui est en arrière. Mais cette communication n'était pas faite sur toute son étendue; il n'avait pu l'entreprendre que sur 150 toises environ. A la pointe du jour, nous lui enlevâmes toutes ses positions, et nous
1. Il bloqua dans une maison l'adjudant-major Rivet, qui s'y maintint toute la nuit.
détruisîmes les travaux qu'il avait entrepris *.
Dans ces différentes affaires, les pertes de l'ennemi furent très considérables; on lui fit 150 prisonniers et il eut un millier d'hommes tués et blessés. Les prisonniers nous apprennent qu'ils avaient tous les jours cinquante canonniers et un grand nombre de travailleurs tués ou blessés.
Dans la journée, on replante les palissades enlevées à l'avancée de Frioul, on efface tous les travaux de l'ennemi, et on continue le masque en terre destiné à couvrir les corps de garde des batteries Frioul des coups directs et plongeans 2.
Assez belle journée.
L'ennemi continue à bombarder la ville ; un nouvel incendie se manifeste avec violence près de la grande église de Pogenpfuhl. On parvient à l'éteindre.
Jusque-là, malgré un développement de tranchée considérable, l'armée combinée des Russes et des Prussiens n'avait pas encore pu diriger ses approches contre le Bischofsberg lui-même. Les travaux n'avaient pu avoir d'autre but que de faire tomber le premier rideau ;de fortification passagère, qui couvrait la place. L'attaque générale, tentée dans la trop fameuse nuit du l^"" novembre, n'avait eu
1. Les généraux Breïssan et Devilliers balayèrent le plateau du Stolzenberg et reprirent sur le Zigankenberg l'avancée Kirgoner. Cités : le major Deskur, les chefs de bataillon Poniato-\vsky et Gryzewski, les capitaines Fahrbeck, Daconto, Perrin, Jeannin, commandant Carré. Le général Breïssan fut gravement blessé.