Capitaine du génie Dieudonné
d'autre but que d'ouvrir enfin contre lui une première parallèle.
Nous avons vu comment elle avait échoué, mais l'assiégeant revint à la charge et réussit le lendemain.
Nuit (lu 2 au 5 et journée du 3. — L'ennemi n'entreprend rien de nouveau du côté d'Ohra et à la droite de Schidlitz, mais il s'empare du plateau du Stoizenberg et trace une parallèle à 350 toises des lunettes avancées et à 450 toises du fort, s'étendant depuis le petit poste que nous occupions en avant de la maison crénelée de l'étang, jusqu'à l'un des mamelons qui couronnent Sclîidliz, en suivant à peu près les contours du terrain comme l'indique le plan. Favorisé par le brouillard, qui ne se dissipe qu'à raidi, il perfectionne et étend sa parallèle et ses communications. Il continue à bombarder.
On essaya, dans la matinée, d'enlever de nouveau, à l'ennemi, le plateau du Stoizenberg, et on parvint même jusque dans ses tranchées, mais il fit soutenir ses travailleurs par des forces si considérables qu'on fut obligé enfin d'y renoncer. Cette nouvelle position voyant absolument la gorge des batteries Frioul, on jugea alors qu'il serait impossible d'y tenir longtems et on reconnut s'il ne serait pas possible de prendre une position en arrière ; le plateau du Judenberg parut d'abord assez favorable, mais l'impossibilité d'établir une communication sûre, dès que l'ennemi serait aux batteries Frioul, et la difficulté de l'exécution, firent l'ejeter cette idée^, et on se contenta de couvrir, par des tra-
■verses, les corps de garde des batteries Frioul, et d'épaissir les parapets des lunettes Leclerc et Gafarelli. D'ailleurs, l'ouvrage que l'on aurait pu établir sur le Judenberg avait, de toute nécessité, le grand défaut d'avoir toutes les faces enfilées ou prises à revers, et les faibles moyens d'exécution qu'on avait entre les mains ne pouvaient guère faire espérer de le terminer à tems ; ce qui devait être d'une grande considération d'après les intentions que manifestait l'ennemi de commencer le siège et d'après l'état de la garnison.
Journée très brumeuse, mais point froide.
A cette époque, la situation des assiégés devint extrêmement fâcheuse : les fatigues excessives, les maladies, qui commençaient à reparaître, les avaient affaiblis au point de ne pouvoir presque pas suffire à la simple garde des ouvrages de cette grande place, dont aucun pourtant ne tomba au pouvoir des ennemis.
Mais ce qu'il y avait de plus alarmant, c'est qu'une partie de la garnison était en défection. Les troupes allemandes, instruites des malheurs de Leipzig et rappelées par leurs souverains, refusaient le service extérieur et pouvaient faire craindre, à chaque instant, une insurrection, malgré les efforts de leurs chefs et de leurs officiers, dont la conduite a toujours été digne des plus grands éloges, et qui, dans une position aussi difficile, ont su con-
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(Hier jusqu'à la fin les lois de l'honneur avec la soumission qu'ils devaient à leur gouvernement. Les Bavarois, dont la bravoure et le zèle ne pouvaient être surpassés, montrèrent constamment des sentimens qui les rendaient chers aux Français. Les braves Polonais, plus nombreux que les Allemands et qui se sont signalés pendant tout le siège par une valeur et un dévouement admirables, étaient fortement sollicités, par les proclamations de l'ennemi, de nous abandonner. Les Français, en petit nombre, à qui, pour cette raison, on était obligé de confier les postes les plus pénibles, étaient écrasés de service, et perdaient chaque jour beaucoup de monde.
La disette commençait à se faire sentir vivement ; le soldat, qui ne recevait depuis huit mois qu'une chétive ration de chair de cheval desséchée (car c'était ceux hors de service qu'on envoyait à la boucherie) était même au moment d'en être privé tout à fait; tous les animaux les plus immondes, pouvant ^ servir à la nourriture, étaient consommés. Il n'y avait plus de viande salée, ni de légumes secs ; l'eau-de-vie et le sel devaient bientôt manquer entièrement ; le moment approchait où il ne devait rester pour toute ressource que quelques
1. On a mangé environ 29 mille chiens ou chats dans la ville de Dantzig pendant le blocus et le siège. Le poisson joua un grand rôle dans l'alimentation de la garnison ; surtout au moment des crues, ou l'on eut le poisson à très bon marché.
Voir, page 297, le prix des denrées à ûantzig.
190 DÉPENS K IK UAMZIG
grains dont la moutur*^ était très difficile; le bombardement de l'ennemi, qui augmentait chaque jour de violence, détruisait une partie de nos moulins et menaçait sans cesse de détruire le reste.
Enfin, il paraissait de toute impossibilité de pouvoir soutenir les forces physiques des troupes exténuées de fatigue.
Il faut ajouter à tous ces malheurs la privation de solde depuis cinq mois, qui occasionnait beaucoup de mécontentement parmi les troupes étrangères.
Au milieu de tant de calamités, que l'approche des gelées allait encore augmenter en facilitant sur tous les points les attaques de vive force de l'ennemi, la garnison montra encore une fermeté inébranlable, et dans les actions journalières, qui devenaient sans cesse plus sanglantes, les troupes françaises surtout déployèrent un courage héroïque.
La place n'avait plus de vivres que jusqu'au 1" janvier, la garnison était réduite à i2 900 hommes valides dont une grande partie étrangers, et désormais mal disposés.
Le Gouverneur, sentant la nécessité d'informer l'Empereur de la situation nouvelle qui lui est faite, se décide à faire sortir son aide de camp, le capitaine Marnier, avec mission de gagner le Danemark, et, de là, le grand quartier général.
Nuit du 3 au 4 et journée du 4. — L'ennemine s'avance pas au delà des positions qu'il occupait la veille, et se contente d'établir des communications en zigzags; d'une part, entre la droite de sa parallèle et la batterie en arrière, et de l'autre, entre sa
gauche et un petit poste placé sur le mamelon de la crête de Schidlitz, à hauteur de la tète du Stolzenberg, et qu'il a façonné en forme de redoute. Il établit une batterie de 4 embrasures sur le mamelon en arrière de ce dernier et couronne par une levée de terre celui qui est en avant et auquel vient aboutir l'extrémité de sa parallèle.
Il tire fort peu ce jour-là. Des officiers russes s'étaient avancés sur la batterie Montbrun avec des papiers à la main, on a tiré quelques coups et lisse sont éloignés. Ils portaient des proclamations pour corrompre la garnison et se présentaient chaque jour à tous nos postes pour les faire recevoir des vedettes.
Le Bischofsberg,le bastion Kœssel, le Hagelsberg et les batteries d'Istries et Kirgener firent un feu très vif sur les travaux de l'ennemi et le tourmentèrent fort.
Je visite le plateau du .Judenberg avec le général Lepin et le colonel de Richement, pour chercher l'emplacement de nouveaux ouvrages. Le plateau au-dessus de Schidlitz que nous occupions toujours offrait une très belle position pour placer une batterie volante qui enfilât et prît de revers la parallèle du Stolzenberg, mais on ne jugea pas, d'après l'état de la garnison, devoir exécuter cette diversion, de crainte de compromettre les troupes destinées à la soutenir. Elle était d'un accès impraticable avec nos mauvais chevaux et d'ailleurs peu soutenue par le poste de Schidlitz.
132 DI^FICNSE dp: DANTZIG
Prévoyant la nécessité d'abandonner incessamment cette position, on mit, dans la nuit, le feu au village de Schidlitz et à toutes les maisons qui étaient dans le vallonentrece village et la hauteur du Zigankenberg. On conserva seulement une maison dans le ravin de droite qui mène à Zigankeaberg. Cette maison fut crénelée et paîissadée dans 24 heures. On ordonne une augmentation d'artillerie sur tous les ouvrages qui ont vue sur l'attaque. On rectifie pour ricocher et battre de plein fouet les tranchées. On fait placer des balles à feu pour éclaircir les travaux et faire en sorte que l'ennemi ne nous dérobe pas un nouvel ouvrage pendant la nuit. On place deux licornes à la gorge des redoutes Kirgener et d'Istrie. Elles sont garanties des anciennes | batteries de l'ennemi et prolongent ses Fxouveaux ouvrages. Du côté du Bischofsberg, on continue à palifesader la coupure d'Ohra et à réparer les bat- | teries Frioul. On s'occupe également du logement ! des troupes tant dans l'intérieur du Bischofsberg ; que dans les ouvrages extérieurs. On commence des traverses pour y garantir les pièces des coups de plein fouet. Le chef de bataillon Michaud com- 'i mande le génie avec le capitaine Dieudonné et les ' lieutenans d'Artois et Lapasque; on leur adjoint les capitaines Cassières et Comte, les lieutenans : Beurnier, Paret et Vanéchout. Le personnel et le matériel de l'artillerie sont aussi organisés. On met 350 canonniers au service des pièces, on cherche à se procurer 500 auxiliaires pour approvisionner J
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les batteries, et on confie le commandement de l'artillerie au commandant Farjon ayant pour adjoint le capitaine Aumont. Le colonel Cabrié commande le fort.
Belle journée.
Pour inquiéter l'ennemi dans ses tranchées, on avait, dès le mois d'octobre, organisé une compagnie franche, composée de 70 hommes d'élite, Français et Polonais, armés à la légère d'un fusil à baïonnette, d'un sabre et de pistolets. Elle était commandée par le capitaine de Chambure, les lieutenants Rosay, Jaimebon et le sous-lieutenant Connard.
Nuit du 4 au ô et journée du 5.— L'ennemi ouvre quatre embrasures à la redoute qui appuie la gauche du StOiZenberg et s'empare de nouveau de l'ouvrage entrepris à la droite de Schidlitz, près le poste dit du Commandant 1. On ne le lui dispute pas; il était impossible d'y tenir. Il avait une batterie à 250 toises et une autre en arrière. Il dépassait ce poste par ses batteries. Ses factionnaires étaientplacés dans des trous, à demi-portée de fusil, et tiraient par salves dès qu'il paraissait un homme. On plaça quelques factionnaires en arrière, sur le prolongement du coteau, à hauteur de la redoute d'Istrie.
Il rétablit sur ce point les travaux qu'il avait commencés la nuit du l^"" au 2 et que nous avions détruits dans la journée suivante, et les relie à la batterie en arrière par une tranchée passant en avant de cette batterie , et allant se réunir à une tranchée qui joint cette dernière avec une nouvelle
i. Avancée Kirgener, en avant de la redoute du munie nom.
194 DÉFENSE DE DANTZIG f
batterie à laquelle il travaille depuis deux jours, eti qui est à pou près dans la direction du Ziganken- 1 berg à Pitzkendorf. La compagnie franche, com-â mandée par le capitaine de Chambure, s'embarque ! à Fahrwasser, dans la nuit du 4 au 5, et vient dé- î barquer dans le Nehrung, en arrière de la ligne en- ? nemie ; elle tombe sur l'état-major du général, met | le feu au village de Bohnsack, fait sauter plusieurs | caissons, se fait jour à travers l'armée pourregagner \ ses embarcations, mais ne les ayant plus trouvées, ' se retire par terre en escaladant les retranchemens ti russes. On estime à 300 hommes la perte de l'ennemi. |
Le sergent d'artillerie Pionnier, chargé dans ces | expéditions d'enclouer les canons et de mettre le | feu, reçut un coup de fusil dans la poitrine en atta- | chant un tourteau à la fenêtre du quartier général. % Le factionnaire placé dans l'intérieur ajusta mal, et il en fut quitte pour avoir la barbe et les habits brûlés.
L'artillerie continue à tirer sur les ouvrages de l'ennemi; mais son feu n'est pas aussi bien dirigé qu'on pourrait le désirer. On continue les travaux entrepris et les réparations des batteries Frioul.
Belle journée, tems doux.
Nuit du 5 au 6 et journée du 6. - L'ennemi commence une batterie sur le mamelon auquel aboutit la gauche de sa parallèle. Cette batterie, ainsi que les deux en arrière sur les mamelons qui couronnent Schidlitz, paraissent dirigées sur le front de Neugarten et les derrières du camp retranché du
LE SIÈGK 198
Zitrankenberg. Quelques embrasures permettent de pouvoir tirer sur les ouvrages de ce camp. Il fait avancer, dans la nuit du 5 au 6 , une batterie volante en avant d'Heûbude et lance des obus, des boulets creux et des fusées incendiaires sur le quartier de Lang-garten et particulièrement sur le palais du gouverneur. Cette expédition paraît être la revanche de celle que la compagnie franche avait faite la veille à Bohnsack. En dehors de cela l'ennemi tire peu. Il perfectionne ses ouvrages, mais n'avance pas.
Le Bischofsberg, le Hagelsberg et les ouvrages du Zigankenberg continuent leur feu sur les travaux de l'ennemi.
Aux batteries Frioul, on répare la nuit les dégradations du jour; aux lunettes Leclerc et Cafarelli, ainsi qu'à celle du Zigankenberg, on s'occupe de l'épaississement des parapets et l'on fait de nouveaux emplaeemens pour établir de l'artillerie entre d'Istrie et Kirgener.
Tems pluvieux, peu froid.
Dans la soirée, un parlementaire se présente aux allées d'Oliva et remet une lettre du duc de Wurtemberg pour le Gouverneur.
Lettre du duc de Wurtemberg au Gouverneur.
Général, Il y a quelques jours que j'ai envoyé à V. Exe.
1% DKPKNSK I)K nANTZIG r
Liu parlementaire, accompagné d'un trompette. Les ! avant-postes, après les avoir laissé approcher sans î les avertir, ont tiré sur l'un et sur l'autre, et l'offi- : cier chargé de mes dépêches n'a pu, par conséquent, ) s'acquitter de sa commission. \
J'essaie encore maintenant de faire parvenir cette] lettre à V. Exe, quoique je ne puisse lui dissimuler ' que j'ai été surpris lorsque j'ai appris cette violation | manifeste du droit des gens, pourlui faire connaitre| la véritable situation des affaires, et qu'elle n'a plus | aucun espoir quelconque d'être secourue avec sa^ garnison. '
Je n'entrerai pas dans des détails surlesderniersi événemens qui ont eu lieu à la Grande-Armée fran-| çaise, puisqu'il me serait désagréable de vous faira| part, mon Général, de choses qui ne pourraient que| vous déplaire. |
Il me suffit de vous assurer sur ma parole d'hon-'^ neur que, d'après les dernières nouvelles, l'armée française est en pleine retraite sur le Rhin, ayant abandonné la Saxe et Erfurt, de manière qu'il y a apparence que, dans le moment où j'écris, elle a déjà repassé la Rhin. Je suis prêt, au reste, à communiquer à V. Exe. les papiers publics et toutes les nouvelles qui en font part.
Il me semble que, d'après cet aperçu fidèle des événemens politiques, V. Exe. fera de mûres réflexions sur la situation critique dans laquelle elle se trouve avec sa garnison, puisqu'il n'en sera bientôt plus tems, et qu'elle tâchera de conserver à son
gouvernement un corps de troupes qu'un arrangement honorable et avantageux pourrait lui garantir.
Au reste, mon Général, je puis vous assurer que j'ai tons les mojens pour vous forcer à ne pas persister plus longtems à défendre une place qui n'a plus aucun espoir d'être débloquée, ni secourue.
Veuillez vous convaincre qu'en essayant encore une fois d'entrer en communication avec vous, mon Général, je n'ai d'autre vue que d'épargner aux malheureux habitans de Dantzig les misères sous lesquelles ils gémissent depuis si longtems.
C'est avec la plus haute considération, etc.
Signé : Alexandre de Wurtemberg, général en chef.
Nuit du 6 au 7 et journée du 7. — L'ennemi perfectionne ses travaux et commence à tirer de la batterie, sur le versant de Schidlitz, la plus éloignée de la place. Son feu est peu considérable dans la journée, il augmente le soir et beaucoup la nuit. Il ne pousse point les cheminemens en avant de sa parallèle.
On continue les travaux entrepris et on se détermine à condamner la porte de JXeugarten, trop en prise aux batteries de l'ennemi.
Journée humide et froide.
Un aide de camp du Gouverneur apporte aux avant-postes de Langfuhr sa réponse à la lettre du duc.
Réponse du Gouverneur au duc de Wurtemberg.
Monseigneur,
Je m'empresse de répondre à la lettre que V. A. R. î m'a fait l'honneur de m'écrire aujourd'hui, 6 no-^ vembre.
Le parlementaire qu'elle m'a adressé dernière-ment aurait été reçu sans difficulté, si, dans le même j instant, on n'avait vu répandre à peu de distance de | lui plusieurs proclamations et adresses à lagarnison, I et si, dans lemômetems,vos batteries n'avaient pasj continué à faire feu; ce n'est même qu'après l'avoir s averti à plusieurs reprises qu'on s'est déterminé à| le forcer à s'éloigner.
V. A. m'annonce des nouvelles fâcheuses pourj l'armée française, et elle me répond sur sa parole' d'honneur de la vérité de ces nouvelles. D'aprèsl cela, il ne m'est pas permis d'en douter. Je me permettrai cependant de lui faire observer que la fortune est inconstante, et que les succès à la guerre peuvent varier d'un jour à l'autre; que les assurances générales qu'elle me donne ne doivent pas m'ôter l'espoir de recevoir des secours quelconques, soit par la force des armes, soit par suite de négociations ; qu'ayant encore tout ce qu'il me faut pour me défendre vigoureusement pendant encore assez longtems, je ne puis songer à entrer en arrangement, sans manquer aux obligations qui me sont imposées.
V. A. m'assure qu'elle a tous les moyens de m'obliger à ne pas persister à défendre la place qui m'est confiée : c'est sans doute le langage qu'elle doit tenir. Mais sûrement elle ne connaît pas ceux qui me restent pour résister, et ce n'est qu'après cette connaissance, qu'elle pourra apprécier la valeur des moyens dont elle peut disposer elle-même.
Je la prie d'ailleurs d'être persuadée qu'attachant le plus grand prix à son estime, je crois devoir, pour la. mériter, continuer à me défendre comme je l'ai fait jusqu'à présent, et ce sentiment suffirait seul pour diriger ma conduite, si elle n'était pas d'ailleurs déterminée par des devoirs sacrés envers mon souverain.
Quant aux papiers publics que V. A. a la bonté de m'ofi"rir, je les accepterais avec reconnaissance, si elle daignait ajouter les journaux français à ceux publiés chez les puissances coalisées.
.Je puis d'ailleurs assurer V. A. que j'ai ressenti pour le moins aussi vivement qu'elle les misères qui accablent les habitans de Dantzig, mais ces malheurs ne peuvent pas m'être imputés.
Quel que soit le parti que prendra Y. A. d'après les intentions que je lui ai manifestées, je la prie de croire que rien ne pourra altérer les sentimens, etc.
Signé : Comte Rapp
Nuit du 7 au 8 et journée du 8 . — L'ennemi démasque complètement la batterie la plus rappro-
chée de la porte de Nengarten. Il perfectionne sa| tranchée et ses deux batteries sur la gauche du } Stolzenberg. ' I
On ouvre, pendant la nuit, les tranchées nécessai- 1 res pour placer des fougasses à bombes sous la con-| trescarpe des batteries Frioul. |
Le Bischofsberg fait un feu assez vif sur les tra- j vaux de l'ennemi, mais les batteries d'Istrie et Kirgener ne tirent pas autant qu'elles le devraient. L'artillerie ne paraît pas sentir tout l'avantage de cette position qui prend d'enfilade et même de revers ; les travaux de l'ennemi sur le Stolzenberg. ;
L'ennemi était fort gêné dans la tranchée qu'il étaitJ obligé de morceler en crémaillère ^. Sa parallèle, au lieu^ d'embrasser le front du Bischofsberg, de former par conséquent, suivant les règles, une ligne concave, forma bientôt une ligne convexe, ainsi qu'on peut le voir sur le plan. Les redoutes du camp l'obligeaient à retenir en arrière, à refuser sa gauche, tandis que les redoutes du côté d'Ohra l'obligeaient à refuser sa droite. Enfin, s'il voulait en déboucher, ses cheminements étaient vus de nos pièces. Il est vrai que, de ses nouvelles batteries, il allait, lui aussi, voir la gorge même des ouvrages de Frioul, ce qui eût suffi
d. La situation difficile de l'ennemi dans sa tranchée du Stolzenberg, d'où il n'osa pas sortir jusqu'à l'heure où la famine { obligea la place à se rendre, montre combien est injuste le reproche, qui a été formulé par des auteurs allemands, de n'avoir su < prévoir que l'attaque dirigée contre le front d'Oliva. L'attaque | contre le Bischofsberg était dans la mesure du possible prévue, et le camp du Hagelsberg, comme une arme à deux tranchants, frappait aussi bien à droite en croisant ses feux avec ceux du Holm, qu'à gauche en battant le Stolzenberg de concert avec les ouvrages de Frioul.
pour rendre les redoutes intenables à tous autres qu'à leurs intrépides défenseurs. Ceux-ci, bien que la situation y fût désormais précaire, ne les abandonnèrent pas. Le génie ayant dû renonQpr, faute de temps et de ressources, à étalilir un ouvrage plus en arrière sur le Judenberg, s'attacha à prolonger la résistance des redoutes de Frioul en élevant, à la gorge des redoutes et de l'avancée, des traverses qui se trouvèrent prêtes à point le jour où l'ennemi put diriger sur elles son feu. Et, de fait, ses ouvrages tinrent encore 20 jours ; ils auraient même tenu davantage contre la seule action de l'artillerie.
Journée assez belle, froid modéré.
Le duc de Wurtemberg envoie une seconde lettre particulièrement relative aux troupes bavaroises et en même tems quelques feuilles du journal de Londres. Il invite le gouverneur à faire de sérieuses réflexions, et à balancer les inconvénieus inévitables d'une résistance tout à fait inutile avec les avantages qui résulteraient en conservant à son gouvernement un corps de troupes aussi distingué que celui de la garnison de Dantzig.
La lettre du prince finissait par ces mots :
« S. M. le roi de Bavière ayant fait une alliance offensive et défensive avec les puissances coalisées, j"ai l'honneur d'en prévenir officiellement V. Exe, afin qu'elle veuille bien accorder la permission aux troupes bavaroises, qui se trouvent à Dantzig, de sortir de la place, vous donnant en même tems ma parole d'honneur, mon Général, que ces troupes ne seront point employées par moi, mais renvoyées
directement en Allemagne. Je pense qu'elle voudra d'autant moins se refusera cela, que le gouverneur de Wurtemberg en a déjà donné l'exemple.
« Je serai, dans peu de jours, dans le cas de lui faire la même demande relativement aux troupes polonaises et saxonnes, puisque, d'après les nouvelles, on attend à chaque instant la conclusion de la paix et d'un traité d'alliance entre les puissances coalisées et le roi de Saxe qui est à Berlin. »
Nuit du 8 au 9 et journée du 9. — L'ennemi joint ses boyaux de l'attaque sur les batteries Frioul avec la parallèle qui couronne le plateau du Stolzenberg, par une tranchée passant à 50 toises environ du poste du Sergent et ayant un boyau d'amorce dirigé sur la maison crénelée de l'étang. Il étend à sa droite la tranchée jusqu'au village de Schottenhauser et établit en arrière une communication en zigzags allant aboutir dans la plaine, à la parallèle établie à la hauteur de la tête de Schott- | land. Ces travaux le rapprochent beaucoup des bat- | teries Frioul. |
On reconnut, à la pointe du jour, qu'une partie des f, nouveaux boyaux de l'ennemi était complètement '■ enfilée de l'avancée de Frioul et qu'un obusier, placé ;; dans cet ouvrage, serait d'un très grand effet. On a « continué les travaux entrepris. J
Le corsaire l'Heureuse-Tonton, capitaine Dumou- | tier, part vers 7 heures du soir avec un aide de camp, du gouverneur, le capitaine Marnier, chargé de por ter des dépêches à l'Empereur.
La situation du 10°"= corps à cette date est la suivante :
Malades 4.097 Employés 600
Combattans 12.900 dont au plus 8.000 Français.
Le Gouverneur envoie par un aide de camp sa réponse k la deuxième lettre du duc de Wurtemberg.
Répense du général Rapp au duc de Wurtemberg.
Monseigneur
Puisque V. A. R., par la lettre qu'elle m'a fait l'honneur de m'écrire, le 7, a cru devoir me renouveler les propositions contenues dans celle du 6, qu'il me soit permis de lui en témoigner mes regrets.
Dans toutes les occasions V. A. R. a pu juger des sentimens d'honneur de labrave garnison de Dantzig et de ses dispositions toutes conformes à mon caractère personnel; sa conduite est donc indépendante de tous les événemens ; elle doit se défendre et se défendre jusqu'à la dernière extrémité : et bien loin de croire, Monseigneur, que, si elle était forcée de succomber plus tard, V. A. R. la traiterait moios bien,elle a une trop haute idée de votre grandeur d'âme, pour douter un instant qu'elle ne s'acquiert, au contraire, un titre de plus à votre estime.
V. A. R., pour me déterminer, appuyé sur la misère et les souffi'ances des habitans; assurément
(et ils le savent tous), j'y prends, comme homme, la plus grande part, mais comme militaire, V, A. R. sait que cette considération est la moindre de toutes.
Cependant, si d'une part V. A. R. est convaincue que je ne puis être secouru, et que d'une autre elle croit si bien connaître l'état de mes approvisionnemens qu'elle soit persuadée que je n'en ai plus que pour peu de semaines, il n'y a aucun inconvénient à ce que le bombardement et l'incendie des habitans cessent. Ces dispositions, Monseigneur, ne dépendent pas de ma volonté^, mais entièrement de la vôtre.
Quant à la défection des Bavarois que m'annonce V. A. R., je l'apprends avec d'autant plus de regret que les Français ont toujours eu le plus vif attachement pour cette nation brave et loyale. Mais de pareilles communications ne peuvent avoir pour moi de caractère officiel qu'autant que je les recevrai de mon souverain.
Je dois donc déclarera V. A. R. que je ne peux, sans un ordre de l'Empereur, mon maître, les laisser sortir de Dantzig; mais puisque V. A. R. attache quelque importance à cette sortie, qu'elle veuille bien me permettre d'envoyer en courrier un officier prendre les ordres de mon souverain; son retour apportera toutes les déterminations qu'exige un tel état de choses ; etc., etc.
Nuit du 9 au iO et journée du 4 0. —L'ennemi ne chemine point, il perfectionne ses travaux et palis-
sadeson établissement fait à l'emplacement de notre ouvrage au-dessus de Scliidlitz. Rien encore n'annonce de batterie sur ce point.
Les fougasses à bombes sont placées à l'ouvrage de gauche des batteries Frioul. Chaque caisse est composée de 4 bombes de 10 pouces, chargées de 6 livres de poudre.
On continue les travaux entrepris, tant pour l'épaississement des parapets des ouvrages avancés que pour l'établissement de traverses sur les faces qui peuvent être enfilées des positions de l'ennemi.
La nuit, de la pluye; le jour, assez beau tems; point de froid.
Monsieur le duc de Wurtemberg adresse une troisième lettre au Gouverneur.
Lettre du duc de Wurtemberg au Gouvemenr.
Voj-ant que V. Exe. persiste toujours dans une détermination qui n'est plus motivée par aucun prétexte quelconque, puisque la prise que vient de faire un de nos cutters anglais du bâtiment commandé par le capitaine Marnier * m'a mis entièrement au fait de l'état de la garnison de Dantzig et de toutes ses ressources, ce qui m'a confirmé en plein les renseignemens que j'avais déjà précédemment, il est par conséquent tems que je lui fasse part des
1. Le capitaine Marnier n'avait pas été pris. Il parvint trop tari, mais sain et sauf, à destination, après un voyage digned'un roman d'aventures.
206 DÉFENSE DE DANÏZIG
instructions positives que j'ai reçues relativement! au sort de la garnison. ^
Il y est dit : ,^
« Si, malgré toutes les nouvelles que vous donnerez| au général Rapp de l'état actuel des affaires, desl désastres qu'a éprouvés l'armée française et de sal retraite précipitée vers le Rhin, il continuait encore| à se défendre plus longtems, il est ordonné à V.l A. R. de n'entrer plus tard en aucun arrangements avec lui, si elle ne trouve pas, en entrant dans la| place, au moins pour vingt-cinq jours de vivres, et| de ne lui accorder d'autres conditions que celle de| se rendre à discrétion.
«Dans ce cas, les généraux et autres officiers se-'i ront envoyés dans les villes de district et autres en- j droits des gouvernemens d'Orenbourg et de Perm, où se trouvent déjà le général Vandamme et ses officiers et les soldats, partie dans le gouvernement de Wiatka, partie dans celui de Tomsk. Le général d'infanterie Korsakow, gouverneur militaire de Wilna, auquel, dans ce cas, les individus formant la garnison de Dantzig doivent être préalablement adressés, a déjà reçu, à cet égard, les instructions nécessaires, ainsi que les gouverneurs civils des provinces où ces troupes doivent passer le tems de leur captivité. »
La paix étant faite avec la Bavière et les ducs } de Saxe^ celle du roi de Saxe étant sur le point d'être signée, les troupes auxiliaires qui se trouvent dans la garnison ne peuvent, sans crime et sans risque
d'être traitées comme rebelles, continuer à servirune cause qui leur est tout à fait étrangère. La garnison de Dantzig serait donc réduite aux seules troupes françaises et napolitaines qui s'y trouvent, et ce motif sera plus que suffisant pour légitimer V. Exe. vis-à-vis de tout le monde, et pour ne pas persister plus longtems à défendre une place qu'elle a conservée depuis tant de mois à son souverain.
L'empereur Napoléon ayant quitté l'armée et étant de retour à Paris, je me vois dans l'impossibilité d'accorder à V. Exe. la demande qu'elle me fait relativement à l'envoi d'un courrier.
Quel que soit le parti que vous prendrez, mon Général, je dois vous déclarer avec franchise que j'exécuterai ponctuellement les ordres que j'ai reçus relativement à votre garnison, si vous laissez venir les choses à l'extrémité, et l'événement prouvera à V. Exe. si je suis homme de parole.
Si elle veut m'envoyer un officier général muni de pleins pouvoirs pour traiter d'un arrangement, j'ai donné les ordres au général Tourtchaninoff, qui commande à Langfuhr, de le recevoir avec les égards qui lui sont dus; mais en même tems, j'ai l'honneur de vous prévenir, mon Général, que, regardant toute correspondance ultérieure comme parfaitement inutile, je ne recevrai plus, excepté la réponse à cette lettre, d'autre parlementaire qu'avec le drapeau blanc.
Nuit du 10 au i î et journée du ii . — L'ennemi
commence à travailler à des batteries sur le plateaul du Stolzenberg.
On place dans la nuit les fougasses à bombe5| de l'ouvrage de droite. i
D'après les dispositions de l'ennemi, on avait jugé| qu'il commencerait de nouveaux travaux dans la| nuit et on avait placé dans le vallon de Weinberg . la compagnie franche pour se jeter sur les tra-| vailleurs. Mais l'ennemi n'entreprenant rien, cettef compagnie s'élança dans les boyaux en avant du| poste du Sergent et y fit un carnage terrible. La| perte de l'ennemi fut estimée à 200 hommes, parmi! lesquels 4 officiers. |
Pendant que cette expédition se passait, l'ennemil s'était approché de nouveau en avant d'Heiibude et* avait lancé des fusées et des boulets creux sur le quartier de Lang-garten, mais ce fut sans effet. Le feu prend dans la journée au TerrhofT par une bombe lancée des batteries d'Ohra.
Soirée et nuit pluvieuses.
Même tems que la veille, journée belle, point de froid.
Le Gouverneur répond à la troisième lettredu duc de Wurtemberg.
Réponse du général Rapp au duc de Wurtemberg.
Monseigneur, Si V. A. R. est persuadée qu'il ne reste à
ma garnison que pour vingt-cinq jours de vivres.
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les renseignemens quelle a sont loin d'être exacts, et je ne vois pas quelle confirmation elle peut en avoir par la prise du capitaine Marnier.
La reddition de la place qui m'est confiée, Monseigneur, est tellement éloignée qu'il n'est pas tems de la négocier. A l'époque convenable seulement mes parlementaires se présenteront.
V. A. R. prévient qu'elle n'en recevra plus qu'avec le drapeau blanc ; je la prie d'observer que ma garnison ne consentira jamais à des humiliations, et qu'à la dernière extrémité, il lui restera plus d'un moyen de négociation assez déterminant peut-être pour que V. A. veuille bien les admettre. Mes désirs sont d'ailleurs parfaitement conformes avec les intentions de V. A. R. , pour cesser, dès ce moment, toute correspondance relative à des propositions de cette nature.
Je ne finirai cependant pas, Monseigneur, sans témoigner à V. A. R. tous mes regrets sur son refus de l'envoi d'un officier à mon souverain, la présence de S. M. à Paris ne serait pas un obstacle. Ce moyen ne peut porter aucune espèce de préjudice aux intérêts des puissances coalisées, et il est le seul, au contraire, qui puisse avancer les arrangemens de Dantzig.
S'il était possible de s'accorder à ce sujet, j'enverrais un officier général à Langfliur pour donner plus d'étendue aux motifs d'utilité réciproque de cet envoi.
Comte Rapp.
Nuit (lu 1 1 au 13 et journée du i2. — L'ennemi perfectionne ses batteries et on peut déjà découvrir, à la pointe du jour, que l'une d'elles sera placée sur la grande rue du Stolzenberg et battra le saillant de la lunette Cafarelli, et qu'une autre, plus à gauche, pourra enfiler sa face droite, et, entre les deux, un grand emplacement pour des mortiers. On découvre, dans l'espace intermédiaire entre ces deux batteries, quelques embrasures dirigées sur la maison crénelée de l'étang.
On continue les travaux entrepris et on s'occupe de réparer les dégâts à mesure qu'ils sont connus. On a été dans la plaine d'Heûbude et on a trouvé la trace de nos coups précisément dans l'emplacement occupé par l'ennemi, ce qui prouve que nos boulets l'ont fait déloger hier.
Belle journée, point de froid. Beau soleil.
Nuit du 12 au 15 et journée du 15. — L'ennemi perfectionne ses travaux. On reconnaît à la pointe du jour que presque tout le plateau du Stolzenberg est couronné par une suite de batteries, soit de canons, soit de mortiers, disposées à peu près en crémaillère; on aperçoit également que l'ennemi, par des traverses en arrière de sa ligne, cherche à se dérober aux revers et aux enfilades des batteries d'Istrie et Kirgener. Il continue à tirer des incendiaires vivement jour et nuit.
Le génie continue les travaux entrepris et les réparations journalières. L'artillerie s'est enfin déterminée à amener des obusiers dans l'avancée de
Frioul pour enfiler le boyau qui est absolument dirigé sur cet ouvrage. Cette seule pièce produit un très grand effet. Les traverses que l'ennemi élève en arrière de sa ligne font voir combien les ouvrages du Zigankenberg seraient redoutables pour lui, s'ils étaient armés convenablement.
Très belle journée, tems doux. — Vers midi, le gouverneur reçoit une quatrième lettre du duc de Wurtemberg qui l'invite à envoyer un officier général à Langfuhr. Le Gouverneur répond en l'annonçant pour le lendemain.
Nuit du i 3 au i4 et journée du i4. — Les Russes perfectionnent leurs batteries et en commencent uue nouvelle de six embrasures en avant du boyau enfilé par l'avancée de Frioul. Ils ont déjà plus de 25 embrasures en face du Frioul.
L'épaississement des lunettes d'Istrie et Gaulaincourt est terminé. On s'occupe toujours de celui des lunettesLeclercetGafarelli,ainsique des réparations des batteries Frioul et de l'avancée. L'obusier placé dans ce dernier ouvrage produit un excellent effet.
Le général de division Heudelet et le colonel de Richement vont, vers 4 heures du soir, en parlementaires à Langfuhr ; ils ont une conférence de 2 heures avec le duc de Wurtemberg.
Tems doux, mais nébuleux et pluvieux dans la soirée.
Nuit du 14 au 15 et journée du 15. — Les Russes perfectionnent leurs batteries et on peut déjà distinguer 28 embrasures quoiqu'elles ne soient pas
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encore totalement démasquées. Ils ne présentent |
pas encore de pièces sur leurs batteries en face du 'j
Bischofsberg, mais ils tirent beaucoup de toutes '}
les autres. Ils construisent de très hautes traverses 'j
dans celles en face du Bischofsberg pour se garantir |
des enfilades à droite et à gauche. ^
On place des fougasses à grenades le long de la j
contrescarpe de l'avancée de Frioul. |
Du reste, même direction dans les travaux sur le 1 front d'attaque. |
Versuneheureaprèsmidi.lecommandantRichaud, sous-directeur des fortifications de Dantzig, est tué roide d'un boulet de canon aux batteries Frioul, au moment où il montait sur la banquette.
Belle journée, tems doux.
Nuit du 15 au 16 et journée du 16. — Les Russes perfectionnent leurs batteries et on entend dans la nuit de grands mouvemens relatifs sans doute à leur armement.
La compagnie franche, armée de petites échelles, surprend le poste de Kabrun et le passe au fil de l'épée 1.
Très beau tems, un peu froid, beau soleil.
Vers 3 heures après midi, l'ennemi tire une salve de 50 coups de canon. Un officier russe, aux avantpostes, annonce que c'est pour la prise de Stettin.
Gejour-là, j'avais le gouverneur à dîner chez moi.
Nuit du 1 6 au 17 et journée du 1 7. — Toutes les
1. Lieutenants Rosay et Surimont. La compagnie franche fut bientôt surnommée « compagnie infernale ».
batteries du plateau du Stolzenberg sont complètement démasquées, et commencent à tirer à 9 heures 1/2 du matin. Leur feu se soutient très vivement pendant une grande partie de la journée, et la plupart des bombes éclatent en l'air au-dessus du Bischofsberg. L'ennemi lance aussi beaucoup de bombes sur la ville. Plusieurs de ces batteries se trouvaient à peu près dans le prolongement de quelques faces, mais l'intention de l'ennemi parut moins être de les ricocher que d'accabler les deux lunettes avancées. L'ennemi, ayant su probablement que nous avions placé des fougasses le long de la contrescape des batteries Frioul et de l'avancée, et se trouvant d'ailleurs très incommodé par l'obusier placé dans ce dernier ouvrage qui enfilait l'un de ses boyaux, amena, le soir, six petits mortiers à la Gohorn dans ses tranchées, à 150 toises de ces ouvrages, et les inonda d'obus de 5 pouces pendant que les batteries d'Ohra en lançaient, de leur côté, de 10 pouces. Bientôt les terre-pleins, les parapets et les fossés furent bouleversés, et une bombe étant tombée sur l'une des fougasses de la batterie de gauche les fit toutes sauter.
Nos batteries tirèrent 3 400 coups. L'artillerie du Bischofsberg répondit d'abord avec beaucoup de vigueur; on employait deux machines à mettre les grains de lumière dans les batteries. Mais son feu ne se soutint pas. L'obusier de l'avancée de Frioul est retiré sous prétexte qu'il attire tout le feu de l'ennemi sur ce petit ouvrage.
Le génie s'occupe jour et nuit des dégradations faites par une artillerie aussi formidable que celle de l'ennemi. Les traverses, sur les faces droites de la lunette Cafarelli et du bastion Mittel, sont terminées.
Journée froide, mais belle.
Le soir et la nuit, du vent et de la pluye.
Nuit du 17 au i 8 et journée du i 8. — Les Russes continuent un feu terrible sur le Bischofsberg et font sauter un coffret de cartouches dans la lunette Leclerc.
Ils portent jusqu'à 12 le nombre des mortiers dirigés sur les batteries Frioul et l'avancée, les placent dans le point le plus voisin des ouvrages de Frioul et parviennent encore à faire sauter les fougasses de la face droite de ce dernier ouvrage, en l'inondant d'une pluie de bombes.
On parvient constamment à réparer les dégradations du Bischofsberg, mais cela devient beaucoup plus difficile aux batteries Frioul et à l'ouvrage avancé. Il faut passer toutes les nuits à relever et à replanter les palissades qui sont emportées à chaque instant. Nous avons tiré 3 000 coups.
Vers une heure après midi, un parlementaire vient annoncer qu'une salve de 50 coups que l'ennemi venait de tirer a pour objet de célébrer la prise de Stettin, dont la garnison, disait-Il, est prisonnière de guerre.
A 7 heures, un autre parlementaire se présente avec une lettre pour le Gouverneur. Le général de
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service lui fait des difficultés à cause de la circonstance de la nuit. Il se retire en annonçant qu'il reviendra demain.
Beau tems, assez doux.
Nuit du J 8 au i 9 et journée du 19. — Les Russes couronnent la crête du ravin qui sépare leurs tranchées des batteries Frioul et qui passe à 40 toises environ de l'avancée et à 50 ou 60 de Frioul. A la pointe du jour, on aperçoit leurnouveau travail; une espècede demi-placed'armesenavantde leur parallèle avec boyau de communication en arrière. Ils font pendant ce travail un feu très vif de leurs mortiers. Ils le continuent pendant toute la journée. Ils tourmentent surtout les ouvrages de Frioul.
Dans cette même nuit, voulant prendre leur revanche de l'expédition de la compagnie franche sur KabruD, ils tentent d'enlever le poste de la batterie Gudin. Ils viennent armés de petites échelles et se jettentdans les fossés ; mais bientôt les troupes, à droite et à gauche de ce petit poste, engagent la fusillade et on leur lance quelques grenades qui les font retirer promptement. Un d'eux, qui avait déjà franchi la ligne d'abattis qui est à droite de la batterie, est fait prisonnier ; plusieurs sont blessés et le reste s'enfuit, abandonnant ses échelles sur le bord de la contrescarpe.
Le parlementaire n'est pas revenu, comme il l'avait annoncé. Il paraît que son but était d'observer les avant-postes et les positions de nos troupes
du côté de Langfuhr pour l'attaque de la nuit. On a su que ce parlementaire portait une lettre pour le gouverneur et une pour le prince Radziwill, dont l'objet est facile à deviner.
On continue les mêmes travaux. Nos avantpostes ne prévinrent pas des mouvemens de l'ennemi;, en sorte qu'il ne fut pas inquiété de toute la nuit, quoiqu'il se trouvât fort près des batteries Frioul.
Belle journée, tems doux, un peu froid.
Nuit du i 9 au 20 et journée du 20. — Ils commencent une batterie en arrière du poste du Sergent que nous avions été obligés d'évacuer la veille. On la découvre dès le matin. Elle est de deux pièces et paraît dirigée vers la lunette Leclerc et enfiler sa face droite. Ils tirent des batteries en arrière quelques obus sur la maison crénelée, à la naissance du vallon de Weinberg. Ils continuent leur feu sur le Biscliofsberg et les batteries Frioul et abattent un pan de muraille du corps de garde de la batterie de droite, de manière que la gorge en est ouverte. Ils tentent sur la batterie de l'allée de Langfuhr, dite Fitzer, la même opération qu'ils avaient tentée la veille sur Gudin et y donnent trois assauts avec des échelles ; mais ils ne sont pas plus heureux; on leur tire plusieurs coups de mitraille et ils laissent sur place deux morts et un blessé.,
Le poste était défendu par un détachement du 1" régiment westphalien. Cette attaque a eu lieu à 4 heures 1/2 après midi. On continue à réparer
les dégâts commis par l'artillerie ennemie. On bouche par des sacs de terre la brèche faite au mur de gorge de la batterie de droite.
Même tems que la veille.
Nuit du 20 au 2 i et journée du 21 . — Les Russes prolongent leur tranchée qui couronne le ravin en avant des batteries Frioul, à droitejusqu'à Schottenhauser, et à gauche jusqu'au poste du Sergent, en se rapprochant à 40 ou 50 toises des batteries à même distance du vallon de Weinberg. De là, ils dirigent un boyau allant aboutir à l'extrémité droite de leur batterie de six pièces, la plus rapprochée des batteries Friûul. De manière que la batterie que l'on avait découverte la veille se trouve enclavée dans cette nouvelle tranchée.
Dans la même nuit, ils démasquent deux nouvelles embrasures à la batterie qui est placée sur un mamelon de la crête qui domine Schidlitz, à la hauteur du corps de garde de la tête duStolzenberg. Ils ont en batterie cent quarante bouches à feu, dont soixante et dix de 24, trente de 12, quarante mortiers ou obusiers.
Temps doux, un peu brumeux.
Le Gouverneur, après avoir consulté le comité de défense, prend la résolution d'abandonner les ouvrages de Frioul et le faubourg d'Ohra.
D'après les détails que nous venons de donner sur les travaux de l'ennemi, et en jetant les yeux sur le plan, on verra que, par l'occupation du poste du Sergent, il se trouvait pour ainsi dire à la gorge des
batteries Frioul. Ses deux parallèles, extrêmement; rapprochées de ces ouvrages, et le vallon en arrière, ; parfaitement dérobé aux vues de la place, lui per-] mettaient d'y rassembler des forces considérables' pour se jeter tout à coup dans le vallon de Wein- i berg, qu'enfilaient les dernières batteries, et d'atta-' quer à la fois la réserve, les batteries et les ouvrages \ avancés. Ces batteries, labourées par une quantité 1 incroyable de bombes et de boulets, se trouvaient ! fort endommagées, malgré le soin qu'on mettait àl réparer toutes les dégradations à mesure qu'elles i étaient faites, et elles n'offraient plus qu'une faible i résistance par elles-mêmes, en sorte que le salQti non seulement de leur garnison, mais même des 1 troupes placées à la coupure, se trouvait très coni- | promis, en cas que la réserve, attaquée elle-même, | ne pût venir à leur secours. Toutes ces raisons, réunies à différentes considérations relatives aux circonstances particulières où se trouvait la garnison S déterminèrent l'évacuation volontaire et totale de ces batteries et de tous les ouvrages de Schottland. Telle fut la fin de la défense du faubourg de Schottland, défense remarquable par la bravoure et l'opiniâtreté avec lesquelles chaque pouce de terrain fut disputé à l'ennemi. Les moindres postes ne furent abandonnés qu'après avoir été pris et repris plusieurs fois, et avoir coûté des pertes considérables à l'ennemi.
1. Défection des troupes étrangères qui, sans passer à l'ennemi, réclamèrent de ne pas être employées à l'extérieur. Les Bavarois, puis les Polonais, eux-mêmes, demandèrent à ce que l'on prit cette mesure à leur égai'd.
La première coupure ne fut évacuée que longtems après que l'ennemi fut établi à 150 toises en avant, sur des hauteurs qui la plongeaient complètement et d'où les batteries l'accablaient d'obus et de mitraille.
Enfin, quant aux batteries Frioul et aux ouvrages de la seconde coupure, l'ennemi fut obligé de cheminer vers eux avec la plus grande circonspection, sous la protection de batteries formidables qui ne cessaient de les foudrojer nuit et jour, et lorsqu'il en fut à 120 toises environ, malgré les effets terribles de son artillerie, il ne jugea pas encore devoir se hasarder à les attaquer de vive force, et il employa plusieurs jours à les inonder d'une pluie de bombes et d'obus. On ne peut trop admirer la constance avec laquelle les troupes résistèrent à tous ces divers genres d'attaque. Enfin, le terre-plein, les parapets et les corps de garde étaient complètement bouleversés, les fougasses en partie éventrées et presque toutes les défenses détruites; on ne se détermina à évacuer ces petits ouvrages que lorsque l'ennemi, par le développement lent et successif de ses tranchées, en avait déjà, pour ainsi dire, tourné la gorge.
En résumant, on verra que l'ennemi fut obligé de suivre, contre de faibles ouvrages commencés presqu'en même tems que ses batteries, la marche lente et successive réservée à l'attaque de la fortification permanente la mieux soignée, de déployer un appareil considérable d'ai'tillerie et d'y employer
près de trois mois. Les rapports les plus exacts font monter au moins à 4000 hommes les pertes qu'il fit dans toutes ces diverses attaques.