‹ Défense de Dantzig en 1813. Journal de siège. Journal personnel et notes du général de division de Campredon, commandant le génie du 10e corps. Lettres diverses. Annotés et publiésChapitre 5 sur 47 · Commandant le génie de la Grande-armée · texte numérisé non relu

Commandant le génie de la Grande-armée

2. Victor de Gampredon, frère du général qui écrit ces lignes, commandait en chef le génie du 3« corps, sous Ney.

3. De Poitevin de Maureillan, beau-frère du général de Gampredon, commandait en chef le génie du 4" corps, sous le prince Eugène. 1

AVANT Lii BLOCUS 3

A cette date même, le 9, partde Wilna l'ordre de retraite.

Le major général Berthier, prince de Neufchàtel, au maréchal Macdonald, duc de Tarente.

Wilna, le 9 décembre 1812.

Monsieur le duc de Tarente,

L'armée est en ce moment à Wilna, mais tout porte à penser que Sa Majesté va se déterminer à lui faire repasser le Niémen pour prendre ses quartiers d'hiver sur ce fleuve. Ce mouvement exige que vous manœuvriez en conséquence avec votre corps d'armée, afin de vous mettre en harmonie avec nous dans la nouvelle ligne que nous prendrons sur la rive gauche du Niémen. L'intention de Sa Majesté est donc. Monsieur le Maréchal, que vous vous rapprochiez de votre nouvelle ligne d'opération en vous approchant de Tilsit, afin de couvrir Kœnigsberg et Dantzig ; mais Sa Majesté me charge de vous faire connaître qu'il faut que votre mouvement se fasse le plus lentement possible à moins d'y être forcé par ceux de l'ennemi.

L'armée va se porter sur Kowno, qu'elle conservera comme tête de pont, et c'est sur ce point que vous nous ferez parvenir vos rapports. Donnez-nous de vos nouvelles le plus souvent qu'il vous sera possible.

Le prince de Neufchàtel, major général, ALEX.\NDRE.

Remarquons que la lettre du major général est écrite ]

comme si l'Empereur était présent; rien n'y transpire \

du désarroi de l'armée ; l'ordre est donné comme pour \

un mouvement volontaire et prévu, dont le but serait {

de prendre des quartiers d'hiver sur le Niémen. Le ;

17 décembre, le messager n'est pas encore arrivé à des- ■

tination, et cependant, de sa rapidité dépend le sort d'un |

corps d'armée. j

n décembre 1813. — Point de nouvelles ni de

Victor, ni de Ghasseloup, ce qui m'inquiète fort. ;

Nous espérons en avoir incessamment de Wilna. ■

Cette privation de nouvelles est cruelle. |

Les froids varient sans cesse depuis 0 jusqu'à 20° I

au-dessous de zéro. Dans ce moment-ci, il est à 15". •

Je suis toujours occupé de mon gouvernement * et j

d'une manière pénible ^. \

Tandis que le 10® corps, ignorant le danger qui le me- : nace, reste sur la Dwina, la Grande-armée a repassé le ] Niémen, découvrant entièrement la droite de Macdonald. j Les maréchaux n'ont pas pu s'arrêter à Kowno, dont la j tête de pont est devenue inutile, le Niémen gelé ne for- ] mant plus obstacle à la marche des Russes. \

Le 18 décembre enfin l'ordre arrive. j

48 décembre. — Le Maréchal duc de Tarente n'a ;

reçu que le 18 l'ordre de départ daté du 9 décembre j

1. L'Empereur avait ordonné la levée d'une contribution de j guerre sur la Gourlande. i

2. Lettre du général de Gampredon. Nous ne désignerons le | journal et les lettres du général par aucun en-tête spécial, | puisqu'ils forment le fond de cette publication.

de Wilna, porté par le major prussien Schenck, qui passa par Tilsit et s'arrêta chez le général Baczko, dont il devait épouser la fille, M"** Julia. La sœur cadette est mariée au comte Schwerin , descendant du fameux maréchal.

19 décembre. — Le mouvement de retraite du 10<= corps d'armée a commencé.

20 décembre. — Je suis allé coucher au quartier général du Maréchal, à Yaisgut, au delà de Janischki.

Il faut se hâter de gagner le Niémen, avant les Russes, Le Maréchal se met à la tête de la 7* division polonaise. Tout le reste du 10^ corps est composé de troupes prussiennes. Une partie marche avec lui sous les ordres du général Massenbach, tandis que le général d'Yorck, avec l'autre partie, suit à quelque distance sans vouloir hâter sa marche.

Le 21, couché à Chansy, avec le général Tavril.

Le 22, à Kourtviani, avec le quartier général, dans le château de la comtesse Giudesca, où je m'étais arrêté en allant à Mittau.

Le 23, à Kroji, dans le couvent des Carmes (quartier général).

Le 24, déjeuné avec le maréchal chez le curé de Koltiniany. Froid énorme de 26°. Couché à Schelel, quartier général, chez un misérable juif. J'y donnais asile à M. Sadet, consul de France.

C'est là que mes équipages m'ont rejoint.

Le 25, à Veynouti, quartier général, dans une

maison abandonnée, avec le général Tavril. — Scène fâcheuse entre le Maréchal et le colonel Blin.

Le 26, àCoadjuten, premier village prussien (quartier général), logé chez le chantre.

Le Maréchal reçoit la nouvelle de l'avantage remporté à Picktuppônen par le général Bachelu, qui y prit deux bataillons russes et une pièce de canon.

Le général Paluzzi, au service de la Russie, sorti de Riga à la poursuite du lO" corps, harcelait l'arrièie-garde, tandis que le général Laskow cherchait à nous devancer à Memel et à couper nos communications. Le général Laskow avait atteint Picktuppônen, sur la route du 10* corps, lorsque l'avant-garde s'y présenta. Le général Bachelu , avec sa brigade et six escadrons prussiens formant l'avant-garde, les culbute et se porte rapidement sur Tilsit et Ragnit, qu'abandonne sans combattre le général russe Tettenborn, accouru pour s'emparer de la tête de pont établie parCampredon lors du passage du Niémen.

Le 28, couché à Picktuppônen, chez le pasteur. La môme nuit, le général Bachelu entre avec sa brigade dans Tilsit. Jusque-là, les marches forcées que nous avons été obligés de faire par un froid très rigoureux et toutes les intempéries de la saison n'ont occasionné aucun murmure.

Le 28, à Tilsit, quartier général, logé chez le général Bacsko. L'avant-garde se mit en marche à midi et se dirigea sur Ragnit, où elle entra.

Le 29, la brigade du génie et les troupes de

ctte arme ont pris la route de Kœnigsberg par un t'Miis affreux.

iJn espérait, une fois à Tilsit, pouvoir respirer quelque ^ :a derrière la ligne du Niémen, et se défendre en attendant les nouvelles du grand quartier général.

Le 31, à 9 heures du matin, le Maréchal reçoit la nouvelle de la défection des Prussiens. Départ à 11 heures. La 7' division s'était heureusement toute réunie à Tilsit. Le général Massenbach, avec ses troupes, ne passa le Niémen qu'à 8 heures du matin, pour aller joindre le général d'Yorck.

Nous allons coucher à Melauken (très forte journée). Beaucoup de parlementaires russes se présentent dans la journée.

Depuis le commencement de la retraite, le général d'Yorck ralentissait la marche de son corps de troupes malgré les instances du Maréchal, si bien que, le 30, depuis deux jours on était sans nouvelles de lui. Le duc de Tarente avait passé le Niémen et pris position sur la rive gauche, mettant fort heureusement le fleuve entre l'ennemi et lui, tandis que le général d'Yorck était encore sur la rive droite, d'oîi il écrivait la lettre suivante, cherchant à déguiser sa défection sous les apparences d'une mesure imposée par la nécessité.

Le général d'Yorck au maréchal Macdonald, duc de Tarente.

Taurrogen, le 30 décembre 1812.

Monseigneur, Après des marches très pénibles, il ne m'a pas été

possible de les continuer sans être entamé sur mes flancs et mes derrières. C'est ce qui a retardé la jonction avec Votre Excellence, et, devant opter entre l'alternative de perdre la plus grande partie de mes troupes et tout le matériel qui assurait ma subsistance, ou de sauver le tout, j'ai cru de mon âevoir de faire une convention par laquelle le rassemblement des troupes prussiennes doit avoir lieu dans une partie de la Prusse orientale qui se trouve, par la retraite de l'armée française, au pouvoir de l'armée russe. Les troupes prussiennes formeront un corps neutre, et ne se permettront pas d'hostilités envers aucun parti ; les événemens à venir, suite des négociations qui doivent avoir lieu entre les puissances belligérantes, décideront sur leur sort futur.

Je m'empresse d'informer V. E. d'une démarche à laquelle j'ai été forcé par des circonstances majeures.

Quel que soit le jugement que le monde portera sur ma conduite, j'en suis peu inquiet, le devoir envers mes troupes et la réflexion la plus mûre me la dictent. Les motifs les plus purs, quelles que soient les apparences, me guident. En vous faisant. Monseigneur;, cette déclaration, je m'acquitte do mes obligations envers vous, et vous prie d'agréer les assurances du plus profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, etc.

G"' d'Yorck.

C'était en réalité une défection et une défection cruelle, inattendue, de la part de troupes qui avaient jusque-là brillamment fait leur devoir. Elle était, depuis quelques jours déjà, méditée par un officier mécontent de la suprématie française et personnellement impatient de l'autorité de Macdonald. Le général d'^Yorck, cédant aux sollicitations des Russes, manquait à la foi des traités, abandonnait des compagnons d'armes dans la situation la plus difficile ; nous sommes fondés à qualifier cette conduite de trahison. Mais si des sentiments peu avouables avaient pu le disposer à prendre une pareille décision, il faut bien reconnaître qu'il obéissait au cri patriotique de tout ce qui était Prussien, à la haine de l'oppresseur, car nous étions alors, pour la Prusse, l'oppresseur; elle n'était que par force notre alliée.

Soit hasard, soit ménagement, la défection ne se produisait qu'une fois nos troupes sorties du territoire russe.

Le général Massenbach, suivant l'exemple de son chef, écrivait :

Le général Massenbach au Uaréchal duc de Tarante.

Monseigneur,

La lettre du général d'Yorck aura déjà prévenu V. E. que ma dernière démarche m'est prescrite et pie je n'en pourrai changer rien, parce que les memres de prévoyance que Y. E. fit prendre cette

uit me parurent suspectes de vouloir peut-être me retenir par force, ou désarmer mes troupes dans le jas présent. Il me fallut prendre ce parti dont je me luis servi pour joindre mes troupes à la convention ïue le général commandant a signée, et dont il me donne l'avis et l'instruction.

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